Revolution #5 - Septembre 2009
Nicolas Paratte
En créant sa société d'art horloger au printemps 2003, Vincent Bérard décide de réaliser son rêve, ou plutôt sa vision d'une horlogerie différente. Six ans plus tard, la marque qui porte son nom a pris son envol. Rachetée en 2006 par le Groupe américain Timex, elle est devenue une véritable petite entreprise sur les hauts de la Chaux-de-fonds (Suisse), incarnant totalement les idées de son créateur.

Le patron Herbert Gautschi et l'artiste-horloger Vincent Bérard, le duo à la tête de l'entreprise sur les hauts de La Chaux-de-Fonds. © Revolution / DR
C'est dans l'ancienne ferme surplombant magnifiquement la cité horlogère Neuchâteloise que se révèle entièrement l'univers de Vincent Bérard. Au milieu d'une nature bucolique, ce Français d'Avignon de 50 ans y trouve son inspiration au gré des saisons, matérialisant dans ses montres autant de thèmes différents tels que les feuilles et le vent ou encore la neige et le froid. Se décrivant volontiers comme artiste horloger, car il est aussi peintre, poète, sculpteur et plasticien à ses heures, le Chaux-de-Fonnier de coeur a consacré de nombreuses années à bâtir les fondations de sa marque.
Arrivé en Suisse il y a plus de 30 ans, Vincent Bérard a été formé à l'établi de l'horloger-rhabilleur de l'Ecole de la Vallée de Joux. Il a ensuite poursuivi son parcours au Musée international d'horlogerie (MIH) de La Chaux-de-Fonds en tant que technicien en restauration d'horlogerie ancienne, avant de travailler sur des complications pour de prestigieuses manufactures. Charmé par la ville ouvrière au passé horloger et architectural réputé, il décide de s'y établir définitivement en rénovant entièrement les ateliers jouxtant la ferme trois fois centenaire qu'il acquiert au Boulevard des Endroits. Fin 2004, il y achève la réalisation entièrement manuelle de sa montre “ quatre saisons Carrosse ”. Cette impressionnante pièce d'horlogerie de 91 mm de diamètre et 32 mm de hauteur de boîte se décline en quatre variations uniques, chacune personnalisée aux couleurs changeantes des saisons.

"Quatre Saisons Carosse" Automne © Revolution / DR
L'EXPANSION
En octobre 2006, la société Vincent Bérard est rachetée par le groupe Timex basé à Middlebury dans le Connecticut, entre Boston et New York. Le groupe, qui produit sous licence et distribue les montres bas de gamme des marques Guess, Valentino ou encore Versace, voulait dans son portefeuille une “ perle ” de la haute horlogerie. “ de cette union du pur artisanat et de l'industrie est née une collaboration fructueuse et extrêmement satisfaisante pour les deux parties ”, explique Herbert Gautschi, CEO de la marque et initiateur du rachat.
Pour ce natif de Bienne (suisse) de 44 ans, l'alchimie a tout de suite fonctionné. Elle a débouché sur une production de concepts et de créations méticuleusement étudiés et planifiés. Le mariage a aussi permis de renforcer le marketing et une distribution internationale auprès de 12 revendeurs soigneusement sélectionnés, de Tokyo à Los angeles, en passant par Djakarta, Singapour, Kuala Lumpur, Bangkok, Kiev, ou encore St-Moritz. “ Nos acheteurs sont des collectionneurs exigeants, à la recherche de valeurs, de pièces horlogères authentiques et uniques ”, raconte Herbert Gautschi, passionné de vente depuis toujours. Ce dernier n'hésite de ce fait pas à livrer personnellement les créations de Vincent Bérard à chaque client autour du globe. “ Il est important d'avoir un lien avec sa clientèle, de la connaître ”, estime le patron pour qui la qualité du service est primordiale après celle du produit. La société emploie aujourd'hui plus de 20 collaborateurs. Grâce au plan d'investissement de Timex, elle est d'ailleurs l'une des rares firmes de la région à continuer d'engager du personnel dans le climat de conjoncture actuel. En 2010, 10 collaborateurs supplémentaires devraient encore venir renforcer les effectifs.

Le mouvement mécanique de la Luvorene I est constitué de cinq ponts en fuseaux suggérant les marches d'un escalier en colimaçon. Sa forme s'inspire du nénuphar. © Revolution / DR
La PHILOSOPHIE
La démarche de la jeune entreprise est axée essentiellement sur le développement de produits horlogers mécaniques de haute précision, à grande complication, sous forme de montres, pendules et horloges. Cette année, elle devrait produire 120 à 130 pièces au maximum. Pour Vincent Bérard, la vraie tradition horlogère n'est pas de refaire ce qui a déjà été fait, mais de faire progresser cet art par l'apport d'idées et d'inventions nouvelles. Il considère ainsi que “ ce ne doit pas être la technique qui conditionne la forme de la montre, mais bien la forme qui oblige la technique à se réinventer ”. Lui et son équipe ont donc remodelé l'ancienne et volumineuse montre de carrosse pour notamment réaliser la collection de montres-bracelets Luvorene I.
Les prix de ces garde-temps produits en quantités limitées oscillent entre 79'000 et 84'000 francs suisses. La saillie en arceau caractéristique du boîtier a été conservée. Le mouvement mécanique offre quant à lui la particularité de cinq ponts en fuseaux qui se détachent sur autant de niveaux suggérant les marches d'un escalier en colimaçon. La gamme Luvorene II sera pour sa part dévoilée lors de l'inauguration des nouveaux locaux à la fin du mois de septembre. Toutes les opérations, y compris la fabrication de la boîte, du cadran, l'assemblage et la décoration sont réalisées de manière artisanale au sein de l'entreprise à La Chaux-de-Fonds. Car Vincent Bérard désire tout maîtriser. S'il est aujourd'hui entouré d'un management professionnel et a le soutien d'un grand groupe horloger, ce “ compagnon du temps ” n'en demeure pas moins un artisan soucieux de l'identité de ses créations, qu'il s'agisse de ses montres ou du design intérieur de sa ferme récemment rénovée et servant d'écrin à ses objets d'art.

La collection de montres-bracelets Luvorene I s'inspire largement de l'ancienne montre "Quatre Saisons Carrosse". © WORLDTEMPUS / DR
