
Herbert Gautschi, CEO de Vincent Bérard depuis octobre 2006. DR
“ Jamais l'horlogerie! ” s'était promis Herbert Gautschi, CEO de Vincent Bérard. Né en 1965 dans le Seeland, à quelques kilomètres de Bienne, il était enfant lorsque la grande crise horlogère des années septante ravagea la région. “ Ma famille ne travaillait pas dans la branche, mais on sentait la crise tout autour de soi ”, se souvient-il encore. Chômage, faillites, fermetures, il y avait de quoi refroidir les ardeurs. Sorti de l'école de commerce, il entama donc sa carrière chez Natural Lecoultre, dans un tout autre domaine, celui des transports. Mais on n'échappe pas si facilement à son destin. Herbert Gautschi n'a qu'une petite vingtaine d'années lorsqu'un nouveau venu installe ses bureaux juste en face de Natural: c'est Severin Wunderman qui vient lancer les montres Gucci. La collaboration entre les deux entreprises s'instaure naturellement, l'une confiant à l'autre ses transports et sa logistique. C'est un premier pas vers l'univers des montres, mais il est encore un peu trop tôt. A 21 ans, Herbert Gautschi quitte tout et s'embarque sac au dos pour un tour du monde qui durera treize mois. De l'Asie à l'Amérique, il avale les kilomètres en compagnie de Silvia, celle qui deviendra sa femme quelques années plus tard. “ L'une de mes plus belles expériences ”, souligne-t-il aujourd'hui.
Débuts horlogers chez Gucci
A peine rentré au pays, il retrouve les montres Gucci et devient Operation Manager. Le voici de plain-pied dans cette horlogerie qu'il ne voulait pas rejoindre, et qu'il ne quittera plus! “ C'était une période extraordinaire, l'entreprise explosait littéralement. A mon arrivée, nous étions huit et trois ans plus tard il y avait déjà une centaine de collaborateurs! ” Il y reste de 1988 à 1994, jusqu'à ce jour où, Gucci n'ayant pas renouvelé sa licence, il doit bâtir un plan social pour une entreprise en pleine santé de 450 employés. L'exercice est difficile pour cet homme qui aime avant tout créer des structures, construire des réseaux, développer avec ses partenaires des relations de confiance qui perdurent à travers les années. Il s'acquitte néanmoins de la tâche, et trouve même le temps de faire du sport, enchaînant deux marathons par année. L'homme est modeste, il faut s'y reprendre à plusieurs fois pour lui faire lâcher son meilleur temps: 3 heures 25 minutes!
Un passage par les montres Fila, qu'il reprend avec deux associés, et le voici, à la fin des années nonante, dans l'équipe de direction d'une société de private label. “ On m'avait engagé pour exploiter les affaires, mais je me suis vite rendu compte qu'il s'agissait plutôt d'un sauvetage. ” Il retrousse ses manches, diversifie sa base de clientèle, séduit des marques comme Guess Collector ou Nautica, toutes deux propriété du groupe Timex. Il en rencontre les patrons, alors à la recherche d'une marque de très haut de gamme pour leur portefeuille. Parallèlement, début 2006, il fait la connaissance de Vincent Bérard, fondateur trois ans plus tôt de la marque éponyme.
Tout s'enchaîne alors très vite. Herbert Gautschi fait les présentations, et en octobre tout est signé. Vincent Bérard appartient désormais à Timex, il en devient le CEO; Vincent Bérard, l'homme, gardant la haute main sur la création. “ Nous sommes deux capitaines, résume-t-il, nous cherchons le chemin ensemble, lui comme créateur et moi du côté commercial. ”
Triathlon et cours du soir
Sur un plan personnel, ce mois d'octobre 2006 est plutôt riche en événements. Quelques jours à peine après avoir signé les contrats qui font de lui le CEO de Vincent Bérard, Herbert Gautschi s'envole pour Hawaï où il participe à son premier Ironman; un triathlon de l'extrême qui lui coûtera 14 heures d'efforts ininterrompus, enchaînant 3800 mètres à la nage, 180 kilomètres à vélo et un marathon pour terminer! Il en parle avec pudeur, retenue, dans un français impeccable que teinte à peine une légère touche d'accent. Ce germanophone a appris les langues sur le tas. “ Je ne suis pas un homme de diplômes ”, aime-t-il à expliquer. “ Je n'ai pas de MBA à montrer ”, mais plutôt un parcours où, six ans durant, il cumule travail et cours du soir, tisse ses réseaux, soigne ses relations. Autant de qualités qu'il met désormais au service de sa marque.
Appuyée sur le très haut de gamme, distribuée par un réseau sélectif et plutôt restreint, affichant une production modeste d'une centaine de pièces par année, Vincent Bérard ne souffre pas trop de la crise. “ Nous n'avons jamais prévu de faire des milliers de pièces, et le groupe Timex nous donne le temps, nous ne sommes pas pressés. ” Du coup, Herbert Gautschi rencontre ses clients, détaillants, mais aussi collectionneurs. “ Je livre beaucoup de pièces personnellement, cela me permet d'être à l'écoute de nos acheteurs, de comprendre ce qu'ils recherchent: de la substance, des finitions d'exception, une valeur d'investissement qui ne s'érode pas.
En 3 dates
• 15 octobre 2006… mon premier ironman à Hawaï
• 6 octobre 2006… la reprise de Vincent Bérard
• 12 juillet 1991… mon mariage avec Silvia
