La carte postale du Swiss Made

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Aujourd'hui, Victorinox ce sont des montres, des bagages, des vêtements, des parfums. Tous des produits dérivés du célébrissime couteau de poche en rouge et blanc. Petit tour des ateliers.
Tribune des Arts - Octobre 2010Marco CattaneoVictorinox_329064_0

C'est une carte postale, une Suisse idéale où des prairies verdoyantes, entretenues comme des terrains de golf, viennent lécher le pied des montagnes, sous un ciel forcément bleu. Peut-on rêver meilleur écrin pour la très helvétique Victorinox que ce petit village d'Ibach, à cinq minutes de Schwyz? La société est installée là depuis la fin du XIXe  siècle, elle y a son siège et son usine d'où sortent tous les jours 60 000 couteaux de cuisine, et autant de couteaux de poches, rouges pour la plupart; car si toutes les nuances de la gamme pantone sont disponibles, les clients, eux, réclament d'abord l'original.
 
900  personnes travaillent ici, sur les 1700 que compte le groupe, et produisent dans une ambiance industrielle des couteaux entièrement “Swiss made”, avec cette obsession de la qualité qui est leur meilleure garantie de succès. “La marge de tolérance pour l'épaisseur des lames n'est que de 0,02 millimètre”, souligne fièrement Urs Wyss, responsable de la communication qui nous guide dans un dédale de machines vertes ou grises, conçues et fabriquées sur place pour un bon tiers d'entre elles.

 

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À peine le seuil franchi, on bute sur d'énormes lessiveuses où des milliers de lames tournent et tressautent, charriées par un fleuve de céramique. Elles y perdent en huit heures les imperfections laissées par une première découpe à l'emporte-pièce. Et ce n'est que l'une des innombrables étapes que traversent chaque année les 2500  tonnes d'acier du stock pour se métamorphoser en grandes ou petites lames, en limes à ongles, en décapsuleurs.
 
 
Vers une marque globale
 
L'entreprise s'est bien sûr diversifiée, depuis ce jour de 1891 où Karl Elsener emportait son premier marché en fournissant à l'armée suisse ses couteaux de soldats. Toujours familiale, mais chapeautée par une Fondation qui en garantit l'indépendance, elle est désormais emmenée par Carl Elsener, arrière-petit-fils du fondateur, et se transforme peu à peu en marque globale. Victorinox, longtemps synonyme de couteau de poche, propose aujourd'hui des montres, Swiss made elles aussi, de la bagagerie, des vêtements et même des parfums.

 

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On trouve ses produits dans plus de 130 pays, et dans la salle d'expédition d'Ibach, les étiquettes annoncent d'improbables destinations: Moscou, Sydney, Ashgabat et bien sûr Shanghai. Pour les couteaux comme pour le reste, la Chine est bien la nouvelle frontière, là où la croissance se mesure toujours à deux chiffres.
 
Est-ce pour cela que, dans la cour de l'usine, les ouvriers se retrouvent deux fois par jour pour dix minutes d'une gymnastique qui ressemble étrangement au Tai-chi, comme s'ils étaient dans un parc public de Beijing? Ou est-ce juste la trace d'un capitalisme éclairé, délicieusement anachronique, qui rend l'entreprise responsable de la santé et des postes de travail de ses employés?

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