Jeudi soir, à Saint-Croix, le duo devenu trio avec l'arrivée pour deux jours de Yannick Emery, responsable du blog de la Fondation de la haute horlogerie, botte en touche et dort à l'hôtel. La longue douche froide du jour a tempéré les envies d'exploits et la volonté de repartir à sec a pris le dessus.
Le lendemain, après un saut chez De Bethune pour revoir brièvement Denis Flageollet et ses ateliers de recherche qui mêlent des technologies de pointe aux outils d'antan, la route emmène la petite patrouille en direction de la Côte-aux-Fées. Premier village en pays neuchâtelois, il est aussi la porte d'entrée sur le Val-de-Travers: le pays des fées, de l'absinthe et d'une horlogerie qui s'est faite connaître jusqu'en Chine alors que le cheval était encore le moyen de transport de référence. Il suffit pour cela de traverser le village de Fleurier par exemple avec sa rue «Bovet-de-chine». Les «Restaurant de l'Industrie» s'égrènent également le long des routes. On se sent ici plus qu'avant dans un pays de machines-outils, d'huile fine, de métal coupé et de limaille sur le sol.

La météo continue à jouer au chat et à la souris avec les nuages. A Môtiers, Kari Voutilainen nous attend pince à barbecue à la main, loupe autour du cou. Il est 13h, le Veloptuous Times apporte la viande et tout le monde passe à table pour tester les talents de ce maître Finlandais ayant élu domicile aux pays des horlogers. La relation de Kari Voutilainen avec l'horlogerie gravite exclusivement autour de la passion pour cette fine mécanique. C'est pourquoi, lorsqu'il est arrivé, l'attitude résignée de nombreux employés considérant leur travail comme un simple gagne-pain l'a passablement surpris.
Après une visite de sa maison, une demeure de maître où le second étage sert de lieu de vie à sa famille et tout le reste à l'activité de sa marque, le Veloptuous Times se déplace de quelques mètres dans le village pour découvrir une distillerie d'absinthe. Alcool mythique de la région réputé pour rendre fou lorsqu'on en abuse, l'absinthe a repris sa place parmi les spiritueux fins et sa préparation reste toujours auréolée de secrets et de mystère.

Le ciel reste de mauvaise humeur et en fin de journée nous attaquons l'une des dernières ascensions importantes du voyage. Arrivés au Mont Travers, entre prairies et tourbières, nous préparons nos tentes pour la nuit, la plus aqueuse que nous aurons vécue jusqu'à présent. Le ciel déverse des litres d'eau, et par chance le matériel tient bon. Le réveil se fait dans la brume avec une jeune biche qui passe au loin en curieuse.
Ce samedi matin commencera réellement avec le café et le petit-déjeuner d'un restaurant de campagne près des Ponts-de-Martel. La route n'est plus très longue jusqu'à la Chaux-de-Fonds où Giulio Papi d'APRP nous attend chez lui avec sa famille. Le Veloptuous Times s'arrête néanmoins à la boucherie du village pour acheter là encore les steaks qui prouveront la qualité du maître ès barbecue que Giulio Papi peut être également.
C'est tout sourire que Giulio Papi nous ouvre sa porte et il ne le quittera pas de tout notre passage. Le test culinaire commence immédiatement car la faim s'est installée. De fait, quelques qualités communes commencent à apparaître chez les horlogers auxquels nous rendons visite. Côté cuisine, ils semblent s'être mis d'accord pour le barbecue à gaz, pratique, rapide et fiable. Et effectivement, Giulio Papi fait preuve d'un véritable entraînement et ses crevettes comme ses steaks fondent dans la bouche. Il soulignera d'ailleurs que tous les horlogers qu'il a connus partagent le même point commun: un goût prononcé pour la bonne chère ainsi qu'un coup de fourchette plus musclé que la moyenne.

Famille italienne oblige – lui et sa femme sont originaires de la Péninsule -, les discussions s'enchaînent et l'après-midi s'écoule naturellement autour de la grande table de la salle à manger. Il faut donc réveiller quelques muscles assoupis pour se remettre en selle, direction le musée JeanRichard pour Willy Schweizer, son conservateur, et Dimitra Fréchelin, responsable de la communication de la marque, ainsi que de Girard-Perrgaux, qui nous attendent.
Ce mardi, une exposition sur les outils de l'horlogerie y ouvrira ses portes. Le Veloptuous Times a pu s'y glisser en avant-première et réussi à découvrir un pan passionnant de l'horlogerie. Sans outil, l'artisan n'est rien et tout bon travail ne s'obtient qu'avec de bons instruments. C'est donc de l'autre côté du rideau que cette exposition emmène le visiteur. Des tours manuels d'antan aux premiers ordinateurs, on voit défiler une autre histoire au fil des vitrines.
Le Veloptuous Times entre alors dans une période de pause qui durera jusqu'au lundi matin. A La Chaux-de-Fonds, Louis Chevrolet, enfant du cru et fondateur de la célèbre marque automobile, est à l'honneur et des dizaines de modèles ont envahi les rues. Comme quoi la mécanique, qu'elle soit grande ou petite, fait toujours vibrer les murs de cette ville.

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