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Stanislas de Quercize

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Après trois ans passés à la tête de Van Cleef & Arpels, il s'est profondément attaché à ce monde rêvé «où les roses n'ont pas d'épines et les lions pas de griffes, un Eden d'avant ce jour où Eve croqua la pomme»
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Stanislas de Quercize, président et CEO de Van Cleef & Arpels.

Stanislas de Quercize, l'homme qui parle aux fées

Après trois ans passés à la tête de Van Cleef & Arpels, il s'est profondément attaché à ce monde rêvé «où les roses n'ont pas d'épines et les lions pas de griffes, un Eden d'avant ce jour où Eve croqua la pomme»
«Les ateliers sont toujours sous les toits, c'est là que la lumière de Paris est la plus belle.» Stanislas de Quercize, président et CEO de Van Cleef & Arpels, se promène entre les établis de bois poli, marqués d'entailles, où s'empilent les outils des sertisseurs. Entre ces meubles qu'habillent de lourds tabliers de cuir pour que rien ne se perde des matières précieuses que travaillent la quarantaine de «mains d'or» de la maison; des meubles usés et chaleureux, aussi vieux peut-être que le célèbre joaillier de la place Vendôme, qui célébra son centenaire en 2006. Il montre ici une fée qui émerge de la cire bleue, là une pierre d'exception, s'arrête pour détailler le serti mystérieux, inventé en 1933, salue chacun, connaît le travail de tous. A 51 ans, dont trois déjà passés à la tête de Van Cleef & Arpels, Stanislas de Quercize est ici chez lui, en étroite symbiose avec la maison et cet univers du luxe qui lui va si bien, mélange «où s'expriment tout à la fois la rigueur et l'émotion». L'homme ne manque ni de l'une, ni de l'autre. La rigueur, il l'a apprise chez Procter, bien sûr, où démarra sa carrière, mais plus encore au sein du groupe Richemont qu'il a rejoint voici dix-huit ans, chez Dunhill et Montblanc d'abord, chez Cartier ensuite, alternant les postes entre Paris, Londres et New York. Au total, dix ans passés à l'étranger, accompagné de sa femme et ses trois enfants. Quant à l'émotion, il la vit profondément. Il aime l'univers féerique de Van Cleef & Arpels, un monde rêvé «où les roses n'ont pas d'épines et les lions pas de griffes, un Eden d'avant ce jour où Eve croqua la pomme». Un message universel, fondé sur l'amour et l'affection, qui explique le succès planétaire de la marque dont les clients se répartissent aujourd'hui à parts presque égales entre l'Europe, l'Amérique et l'Asie, servis par un réseau de boutiques, 65 déjà, qui s'étoffe d'année en année. En février 2009, ce sera Milan, et une première présence sur le marché italien. Révéler l'éphémère en le coulant dans la durée Stanislas de Quercize saisit sa montre, la retourne, la remonte, joue avec comme on joue avec le temps. Car sa Maison, perçue d'abord comme joaillière, est aussi horlogère, elle dont le premier garde-temps vit le jour en 1908. Lui, pourtant, ne se souvient pas de sa première montre; «Je ne vis pas tellement dans le souvenir, la montre qui m'intéresse le plus, c'est la prochaine que nous créerons». Dans le respect, évidemment, des valeurs de la Maison: offrir ce qu'il y a de meilleur, proposer «un style reconnaissable à vingt mètres», révéler l'éphémère et le fragile en le coulant dans la durée. L'horlogerie, c'est aussi pour Van Cleef & Arpels l'occasion de célébrer la féminité, d'offrir aux femmes autre chose qu'une réplique de montre masculine dont on a simplement réduit le diamètre. «Nous avons un but, c'est la poésie», résume Stanislas de Quercize. Les cadrans s'ornent donc de fées ou, comme la très belle «Midnight in Paris», du ciel étoilé tel qu'on le voit depuis la place Vendôme. «Pour donner l'heure, il y a le téléphone portable, c'est largement suffisant»; «mais si notre montre nous interpelle, nous demande ‘‘quel est ton souhait?'' – et c'est l'idée de la fée –, nous pousse à regarder les étoiles, alors elle nous grandit, nous aide à penser plus large et fait de nous des femmes et des hommes un peu meilleurs.» Le respect de la nature
Prétentieux? Pas le moins du monde, Stanislas de Quercize dit tout cela avec simplicité, animé par le désir réel de «donner du sens». Il goûte ainsi ce moment où la main de l'homme transforme ce que la nature offre de plus beau. «Lorsque j'étais adolescent à Reims, je faisais régulièrement les vendanges, et j'aimais l'idée que les meilleurs champagnes naissent de ce raisin». La nature, si intensément présente dans les créations de Van Cleef & Arpels, n'est jamais très loin non plus dans le discours de son patron. Passionné de voile, il la respecte lorsqu'il navigue, parce que «la mer est grande, qu'il y a le vent, les courants, et qu'on ne fait pas toujours ce qu'on veut.» Il la regarde, le matin, lorsqu'il court dans le Bois de Boulogne et s'étonne à chaque fois d'y croiser quelques lapins.
Il l'observe enfin grâce à la photo, une autre passion chez cet homme qui n'en manque décidément pas. Bizarrement, il n'en fait pas lui-même, «ou pas encore», tempère-t-il après une pause. Non, ce qui l'intéresse, c'est la richesse du monde vue à travers le regard d'un autre, et savoir que ce regard est différent du sien. Dans sa Maison, la création est collective, lui se rêve simplement en homme d'âme et d'équipe», qui en assure la mise en musique. Marco Cattaneo Tribune des Arts - No363 - Juillet-Août 2008
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