Les Métiers d'Art

La Manufacture convie le génie humain dans ses créations.
Trajectoire - Automne 2011

Fabrice Eschmann

 

Pour perpétuer son savoir-faire ancestral, Vacheron Constantin a créé la cellule des métiers d'art. Une graveuse, un guillocheur, une émailleuse et un sertisseur participent à la réalisation des montres de la collection.

 

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L'aventure humaine nous correspond bien !» Christian Selmoni a le sens de la formule. Le directeur artistique de Vacheron Constantin n'aurait pu mieux résumer la mission que se donne la manufacture
genevoise depuis sa création: restituer la place qu'ils méritent aux métiers d'art. Car l'émaillage, le sertissage, la gravure ou encore le guillochage participent de ce génie humain que jamais aucune machine ne pourra remplacer. Corollaire, ces savoir-faire précieux et complexes tendent à disparaître si rien n'est fait pour les perpétuer. Le temps, d'ordinaire si conciliant avec ses gardiens, joue cette fois contre eux. Pour ne pas briser la chaîne du savoir, pour que cet héritage continue de susciter des vocations, Vacheron Constantin a créé la collection Métiers d'Art. Une «aventure humaine» bâtie sur la culture, dans les sens du terme qui définissent l'Homme: l'art et la civilisation. Les coffrets «Métiers d'Art – Les Masques», «Métiers d'Art – La Symbolique des Laques» ou encore «Métiers d'Art – Chagall & l'Opéra de Paris» sont ainsi devenus autant de ponts jetés entre les peuples et à travers les siècles. Dernière création en date: la Montre Colombes, une pièce unique qui réunit sur le même cadran quatre techniques ancestrales de décoration. Réalisée pour la vente aux enchères caritative Only Watch, elle préfigure une nouvelle ligne: «Métiers d'Art – Perspectives d'Art».

Les arts de l'ornementation ont fait la réputation de Genève dès le XIe siècle. Orfèvres, graveurs et émailleurs sont parmi les premiers à établir leurs ateliers dans le quartier de Saint-Gervais, l'un des plus anciens de la ville. Ils prennent rapidement le nom de cabinotiers, car installés dans d'étroits mais lumineux cabinets, aux derniers étages des immeubles. Ce n'est donc pas un hasard si les horlogers, dès le XVIIIe siècle, élisent domicile dans ces mêmes murs. La création y est foisonnante, l'ambiance électrisante. C'est ce terreau qui donnera naissance, en 1755, à ce qui deviendra Vacheron Constantin.

«L'horlogerie a toujours vécu à travers les métiers d'art», se plaît à rappeler Christian Selmoni. Dans sa bouche, la phrase prend une signification particulière. Car derrière ces techniques, le directeur artistique voit d'abord des femmes et des hommes, leurs doutes et leurs émotions, leurs repères et leurs visions. Un univers créatif qui va devenir un véritable terrain d'expression pour la manufacture. Car, à la dimension traditionnelle des métiers d'art, elle en ajoute une seconde: la dimension culturelle. Bien plus que la démonstration déjà impressionnante des savoir-faire de Vacheron Constantin, la collection devient le témoin de l'ingéniosité humaine. L 'Homme à travers l'Art.

Perspectives d'Art

Terrain d'expression pratiquement infini, la collection «Métiers d'Art» n'a pas fini de surprendre. Pour la vente aux enchères caritative Only Watch, au bénéfice de la lutte contre la myopathie de Duchenne, Vacheron Constantin a réuni sur un seul cadran tous les savoir-faire de sa cellule métiers d'art. Quatre professionnels – une graveuse, un guillocheur, un sertisseur et une émailleuse ont ainsi pour la première fois travaillé sur le même objet, l'un après l'autre. Inspirée de la technique du pavage périodique, ou tessellation, cette Montre Colombes représente un dessin de Maurits Cornelis Escher, dessinateur et graveur hollandais célèbre pour ses trompe-l'œil. Une volée de colombes sont ici imbriquées les unes dans les autres. « Nous cherchions depuis longtemps à faire quelque chose avec Escher, relève Christian Selmoni. Les « Métiers d'Art» nous l'ont permis !»


Les Masques


Quel objet de culture autre que le masque tribal pouvait mieux cristalliser cette ambition ? Présent dans toutes les civilisations, à toutes les époques, il incarne parfaitement ce génie humain à l'origine de la beauté. Rétrospectivement, cela apparaît comme une incroyable évidence. La réalité est plus complexe: «Nous avons commencé par étudier les costumes, poursuit Christian Selmoni. Puis une de nos stagiaires, qui venait des Etats-Unis, est arrivée avec des images de totems. Jusqu'au jour où je suis tombé sur le livre «L' Homme et ses Masques», présentant la collection du musée genevois Barbier-Mueller.»
Dévoilé au Salon International de la Haute Horlogerie en 2007, «Métiers d'Art – Les Masques» inaugure une collection hors du commun. Pour le premier coffret, quatre masques sont choisis: l'un provenant d'Asie, l'autre des Amériques, le troisième d'Océanie et le dernier d'Afrique. Scannés, ils sont ensuite miniaturisés, gravés dans de l'or massif avant d'être artificiellement vieillis à l'aide d'anciens traitements galvaniques et chimiques. Pour obtenir l'effet du vert-de-gris par exemple, le maître graveur a l'idée de déposer une fine poudre de cuivre sur l'or, puis de l'oxyder. Le résultat est plus que réaliste.

 

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La Symbolique des Laques


Vacheron Constantin ne le sait pas encore, mais l'aventure humaine dont Christian Selmoni parle aujourd'hui débute véritablement à ce moment-là. A 9'700 kilomètres de Genève, de fabuleux artisans
s'émeuvent devant «Les Masques». Les responsables de Zôhiko, vénérable maison japonaise de laques traditionnelles sise à Kyoto depuis 1661, découvrent l'extraordinaire travail de gravure, mais aussi une marque horlogère ouverte sur le monde et ses peuples. Ils ont alors une idée audacieuse: contacter Vacheron Constantin pour lui proposer ses services.«Nous nous sommes rencontrés une première fois à Paris, puis une seconde à Kyoto», se souvient le directeur artistique. Les deux maisons ne mettent pas long à s'entendre. Grand spécialiste de l'art du maki-e, Zôhiko fera la démonstration de son savoir-faire ancestral sur des créations Vacheron Constantin. Signifiant littéralement «image semée», le maki-e, technique de décoration prédominante au Japon dès le XVIIe siècle, consiste à saupoudrer de la poussière d'or ou d'argent sur de la laque naturelle encore humide. Présentée en 2010, la Symbolique des laques représente les «Trois amis de l'hiver». L'année suivante, la deuxième série de trois montres est dédiée au monde aquatique et met en scène la tortue, la grenouille et la carpe, figures choisies dans l'immense patrimoine symbolique d'Extrême-Orient. Déjà pont entre cultures, la collection «Métiers d'Art» devient un pont entre nations. Pour la première fois, un art traditionnel lointain utilise l'horlogerie suisse comme support d'expression.

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Chagall & l'Opéra de Paris
Tout différent, mais non moins représentatif, est l'opus «Métiers d'Art – Chagall & l'Opéra de Paris». Là encore, le partage est au centre de l'histoire. Hommage tout à la fois au peintre Marc Chagall et aux plus grands compositeurs classiques de tous les temps, cette série fait la part belle à la technique genevoise de la peinture miniature en émail grand feu. La poudre d'émail est ici surbroyée, de manière à obtenir une sorte de peinture après mélange avec de l'huile. Appliquée au pinceau, elle est passée au feu plusieurs fois, couche après couche.Le projet, qui court encore sur deux ans, consiste à réaliser quinze montres uniques représentant la fresque monumentale du plafond de l'Opéra de Paris – œuvre de Marc Chagall. La première pièce représente la partie centrale du plafond, 200 m2 fidèlement reproduits dans 777 mm2. Un exploit! Les quatorze suivantes – dont l'une a déjà été présentée – mettent en scène les détails de la fresque consacrés aux compositeurs célèbres.

 

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BIPH

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