Le Barcelone de Juan-Carlos Torres

4 minutes read
Le CEO de Vacheron Constantin évoque avec passion sa ville natale, où il se rend trois ou quatre fois par an pour se ressourcer.
LUXES par BILAN - Septembre 2009

 Ludovic Chappex

 «Je suis né à Barcelone mais j'ai grandi à Genève depuis l'âge de 3 ans. Mes premiers vrais souvenirs de cette ville sont donc liés aux vacances d'été. Ce sont d'abord des odeurs, des sons et des sensations de toucher qui s'entremêlent avec des souvenirs visuels plus récents. Je me revois enfant accompagnant mon grand-père dans ces bars à vins où les personnes âgées jouent aux dominos sur des tables en marbre. J'entends encore le «clac-clac» de ces dominos sur les tables, je me souviens des odeurs de fumée… La ville a profondément changé depuis les Jeux olympiques de 1992. Barcelone est devenue une cité. Du fait du tourisme de masse, certains lieux ont perdu leur âme: il faut aller à la rechercher dans des quartiers qui ont gardé un caractère authentique.

 

Vacheron Constantin_326442_0

Juan-Carlos Torres © Luxes par Bilan / DR


Ses quartiers


Quand je suis à Barcelone, je passe la plupart de mon temps à me balader à pied. Je me ressource en contemplant l'esthétique, notamment au Barrio Gotico (quartier gothique), fait de petites ruelles ombragées. J'aime aussi beaucoup le Barrio Chino, un quartier pas forcément recommandable le soir mais qui a réussi à s'urbaniser depuis quelques années. C'est là qu'on trouve le Musée d'art moderne, absolument magnifique. Je me rends aussi régulièrement au Barrio Gràcia, le quartier où je suis né, un lieu autrefois très populaire et aujourd'hui habité par la classe moyenne. On y trouve plein de petits commerces avec une vraie vie de quartier. C'est un peu le Carouge de Barcelone. Et c'est aussi le seul endroit où l'on célèbre chaque année la Festa Major de Gràcia, une fête traditionnelle qui se déroule au mois d'août: chaque rue a sa propre décoration et organise son bal. A 50 mètres près se trouvent deux orchestres et deux décorations différents. On passe d'une atmosphère à l'autre en se laissant guider par les musiques. Je vous laisse imaginer l'ambiance…


Ses restaurants


A midi, je conseille de filer au Restaurant Barceloneta, près du nouveau port (plutôt qu'au port olympique, très froid). C'est un bel établissement avec une vue sur le port et les bateaux, qui propose une fantastique paella. L'un des rares endroits où l'on peut encore fumer le cigare à l'extérieur, sur une belle terrasse ombragée… J'ai une adresse immanquable pour la cuisine traditionnelle: le Botafumeiro à Paseode Gràcia. C'est un immense restaurant où vous pouvez manger midi et soir avec un service à l'espagnole. Vous n'attendez jamais plus de deux minutes même lorsque s'y trouvent des centaines de personnes. C'est un peu comme une grande brasserie parisienne mais… espagnole. Un lieu très animé. J'adore!

Je suis aussi un inconditionnel du Passadis del Pep, en face du vieux port. Il faut réserver une ou deux semaines à l'avance, mais ensuite il ne reste plus qu'à s'asseoir et à se laisser servir… Une quinzaine de plats de poissons se succèdent, selon l'arrivage et l'humeur du chef et le tout est servi avec un vin de la maison. Succulent! Pour de la très grande gastronomie, il faut se rendre au Restaurant El Raco de Can Fabes, à SanCeloni, à 15 kilomètres de Barcelone. Il s'agit d'un Relais & Châteaux situé dans un village perdu de la banlieue profonde. Le propriétaire a conservé son hôtel-restaurant à l'endroit de sa naissance. Un sacré personnage, qui s'était opposé publiquement à la cuisine moléculaire.

 

Vacheron Constantin_326442_1

La Plaza Real dans le Barrio Gotico © Luxes par Bilan/Jacques Pierre/Hemis.


Ses balades et lieux fétiches


Ma balade préférée conduit au sommet du Montjuic, même si l'endroit est très touristique. Une fois là-haut, pour autant que le temps soit clair, la vue est exceptionnelle. On voit toute la ville, les plages et la mer. Chaque façade, chaque porte, chaque fenêtre est une oeuvre en soi. L'Art nouveau domine. A l'époque, chaque bourgeois voulait construire sa maison et faire mieux que son voisin, d'où ce déferlement créatif.

A Barcelone, même les carrelages au sol ou les lampadaires ont du cachet. De là-haut, on se rend compte que la ville est petite. Il n'y a pas cet aspect grandiose de Paris avec son architecture haussmanienne majestueuse mais répétitive. Une fois dans le parc, il ne faut pas manquer le Musée Miró. Depuis le nouveau port, je conseille d'aller à pied jusqu'au port olympique, et de là, de prendre un taxi pour aller jusqu'au Forum. Quinze ans plus tôt, il n'y avait même pas d'eau à cet endroit. C'était le quartier miséreux de Barcelone qui a été entièrement rénové.

C'est aujourd'hui un endroit résidentiel, de couleur bleu argenté, aménagé par Herzog & de Meuron et qui marque le début de Diagonal Mar. Dès 17 heures le samedi, aprè les courses, quand le soleil commence à décliner et qu'il fait plus doux,un petit orchestre s'anime sur la Plaça Sant Jaume, en plein Bario Gotico: les gens commencent la sardane, une danse encercle interdite du temps de Franco, où s'exprime toute l'âme catalane. Il faut absolument voir ça! N'importe qui peut venir grossir les rangs. Je trouve extraordinaire de voir de petits vieux arriver avec leur canne et leurs courses, poser toutes leurs affaires au milieu du cercle et danser. Il n'y a pas de voitures, seulement cette musique qui résonne. Cela donne la chair de poule.

Le dimanche avant de reprendre l'avion, je fais mon pèlerinage au parc Güell, havre de paix rempli de mosaïques dans les montagnes, à l'opposé de Montjuic. C'est frais, très agréable pour une promenade familiale avec une vue spectaculaire sur la ville.»

 

Vacheron Constantin_326442_2

Marque
vacheron_constantin_black_bg_white_276x155