«Laisse-moi t'améliorer, «t'Audemars Piguetiser », propose Beyoncé à son partenaire sur le refrain de son tube Upgrade U. Quand la reine duR&B,ex-leader du groupe Destiny's Child, encense l'un des fleurons de l'horlogerie helvétique, c'est toute la Suisse qui devient glamour. Mieux, quelques versets plus loin, son compagnon Jay-Z – poids lourd du rap avec 30 millions d'albums vendus aux USA en dix ans, et une fortune qui dépasse les 500 millions de dollars – enfonce le clou en assénant «ma montre, un grand merci à Audemars/je t'en commande une dès demain…». Près de trente ans après la naissance du mouvement hip-hop, les fanatiques du clinquant font des oeillades incendiaires aux gardiens du temps de la vallée de Joux. Dans la galerie du luxe ostentatoire dialectisée par la culture rap, la manufacture horlogère est vue comme la référence dans sa branche, au même titre que Ferrari, Vuitton ou Chanel. Comment l'enseigne du Brassus s'estelle retrouvée sur les lèvres de ces deux icônes de la culture urbaine américaine? S'agit-il d'un onéreux placement de produits? D'une campagne publicitaire déguisée? «Rien de tout cela, tranche François Bennahmias, directeur d'Audemars Piguet à New York. Ce sont les vedettes qui sont venues vers nous et non l'inverse.» Pour l'administrateur- délégué de la marque, Georges-Henri Meylan, l'opération est une franche réussite: «Le rap peut avoir des paroles assez crues. Cela choque sans doute davantage l'opinion ici qu'aux Etats-Unis. Mais dans le cas de Jay-Z, c'est un homme qui présente très bien.» Références multiples Les prémices de cette idylle entre la marque vaudoise et le monde du hip-hop trouvent leur origine en 2002, lorsque JayZ mentionne le nom de la firme sur son titre Show You How. Ce n'est que trois ans plus tard qu'Audemars Piguet se résout à rapprocher son nom de celui du rappeur, avec une série limitée de son célèbre modèle Royal Oak. «C'était un hommage rendu à quelqu'un qui est parti de tout en bas pour arriver au sommet, insiste François Bennahmias. La série limitée était composée de cent pièces (ndlr: 50 en acier à 23 500 dollars, 30 en or rose à 43 900 dollars et 20 en platine à 69 500 dollars) pour saluer les dix ans de carrière d'un artiste accompli, doublé d'un businessman redoutable. Et puis surtout, dans le cas de Jay-Z, on parle d'un homme qui possédait une quinzaine de pièces Audemars Piguet avant même que nous commencions à parler d'une éventuelle association.» Leader d'opinion, Jay-Z a popularisé le nom de la marque au sein de la communauté hip-hop, si bien que les références affluent dans bon nombre de chansons. Les rappeurs Young Jeezy, Lil Wayne, Freeway, Ludacris, Jim Jones et Fat Joe ont déjà loué la manufacture vaudoise à maintes reprises. En dépit de son statut de golden boy black, Jay-Z traîne aussi avec lui la réputation d'un milieu rap. Un univers aux accents voyous, qui a pour sale habitude de remplir tribunaux et tribunes nécrologiques. Jay-Z lui-même, alors qu'il était adolescent à Brooklyn, a vendu de la drogue. Associer un ancien dealer à la tradition helvétique, un pari osé. «Le mérite en revient à la direction du groupe, reconnaît le PDG nord-américain. Personne n'avait pris le risque d'adjoindre son image à des personnes de la culture populaire afro-américaine. Lorsque j'ai évoqué le parcours atypique du bonhomme et ce qu'il a accompli en tant qu'homme d'affaires, le directoire a accepté.» Des propos étayés par Georges-Henri Meylan: «Le feeling est tout de suite passé. C'est comme notre association avec Arnold Schwarzenegger… Au début les gens étaient sceptiques et ne voyaient que les muscles. Les esprits ont évolué avec son poste de gouverneur. Il faut admettre que les gens puissent changer de vie.» Cette publicité gratuite a-t-elle dopé les ventes de la manufacture outre-Atlantique? «Impossible à quantifier, poursuit François Bennahmias. Concernant la Royal Oak Offshore Jay-Z, nous avons vendu les cent pièces en deux mois, ce qui est assez époustouflant pour une série limitée. Mais nous avons surtout observé un rajeunissement de notre clientèle. Plusieurs pères sont venus avec leur fils de 18 ans leur offrir une montre pour l'obtention du diplôme de fin d'études.» Au Brassus, l'attachée de presse, Nathalie Crausaz, se souvient d'un nombre important de e-mails suite à la sortie de cette montre: «L'impact fut extrêmement positif aux USA et ailleurs dans le monde, c'est indéniable. Jay-Z, poids lourd du rap et compagnon de Beyoncé. AP/KEVORK DJANSEZIAN 24 Heures / JEAN-FRÉDÉRIC DEBÉTAZ / www.24heures.ch |