Le grand retour de l'or jaune

2 minutes read
Le repli sur le métal jaune traduit un besoin de sécurité. Aux marques de limiter la répercussion du cours de l'or sur le client final.

Le Matin Dimanche - 27 mars 2011

Ivan Radja



Si Nicole Kidman en personne montre la voie, la tendance est donc solide: la Ladymatic qu'elle arbore pour Omega depuis décembre se décline désormais aussi en version or jaune. Intégral. «L'or jaune a toujours fait partie de nos collections, mais nous élargissons l'offre avec ce modèle», explique Stephen Urquhart, CEO d'Omega. Pour qui s'amuse à faire un peu de lèche-vitrines dans les travées de Baselworld, il n'y a pas de doute: le métal suprême est de retour. Parfois mélangé à l'acier. «Dévolu jusqu'ici aux Anglo-Saxons, le bicolore se laisse apprivoiser, et les boîtiers font désormais la part belle à ce jeu de tonalités entre un argenté traditionnel et l'éclat de l'or», a résumé le président du comité des exposants suisses, François Thiébaud, le jour de l'ouverture de Baselworld.

Trend_330207_0

L'or jaune ne supplante pas (encore) le rose, très en vogue depuis quelques années, mais la demande est là. Culturelle ou générationnelle, selon que l'on se trouve en Asie ou en Occident. «En Chine par exemple, le marché incontournable, les clients considèrent que l'or jaune a une valeur plus durable, analyse Alexis Gouten, de Gouten Distribution. Sous nos latitudes, la demande d'or jaune émane plutôt d'une clientèle classique, d'un certain âge, assez aisée, où l'on porte des parures jaunes, qui se marient mal avec du rose.» Que ce soit pour des motifs culturels ou générationnels, on se laisse séduire par des montres affichant de l'or, car «on y voit un investissement, une garantie dans la durée», ajoute-t-il. La crise, puis l'embrasement du Moyen-Orient et l'abîme atomique du Japon ont ravivé le sentiment d'impermanence. Dès lors, «le retour à l'or constitue la réponse ethno-psychologique au sentiment de précarité existentielle», estime Olivier Bernheim, CEO de Raymond Weil. «Tout peut basculer très vite, rien n'est acquis, observe Marc-Michel Amadry, CEO d'Ebel. D'où le retour aux montres humbles, durables, ce vintage des années 50, 60, 70, et l'or jaune en fait partie.» Ebel joue gagnant, elle qui n'a jamais abandonné ses lignes bicolores, acier et or jaune ou rose, très prisés en Amérique du Sud notamment.

Conjuguer ce regain de popularité avec l'envolée du cours de l'or, passé de 200?dollars l'once en 2002 à 1425 dollars aujourd'hui, sans répercuter la hausse sur le client final, pose une intéressante équation aux manufactures. «Les chaînons sont plus fins, parfois juste soulignés d'un trait d'or», explique Marc-Michel Amadry. Pour le designer Xavier Perrenoud, de l'atelier XJC à La Chaux-de-Fonds, «le retour sur le bicolore se fait de façon plus subtile que dans les années 70-80. En raison du cours de l'or, on affine, on en pare le bout d'une aiguille. En outre, il existe aujourd'hui des techniques inconnues il y a vingt ans, pour économiser l'or dans la manière de fabriquer les composants.»Trend_330207_1