Un système uniformisé est-il possible?

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L'identification et le suivi des produits deviennent de plus en plus courants dans le monde industriel alors que l'horlogerie hésite encore. L'expérience de Philip Morris pourrait faire des émules.

WORLDTEMPUS – 6 mai 2011

Nicolas Paratte



Le système de traçabilité d'un cigarettier peut-il être appliqué à une industrie comme l'horlogerie? L'identification standardisée des produits permet-elle de lutter efficacement contre la contrefaçon et les marchés parallèles? Voilà quelques-unes des interrogations posées lors du 4e Petit-déjeuner Horloger organisé jeudi par le bureau neuchâtelois de la Société Suisse de Chronométrie (SSC). En effet, si le marquage des montres a toujours été le souci des horlogers au travers des siècles, le besoin de mettre aujourd'hui en place un système plus sophistiqué est palpable dans la branche. La question se pose toutefois quant à la meilleure solution à adopter.

Sécuriser la chaîne de distribution

Philipp Morris International (PMI), qui produit chaque année 800 milliards de cigarettes, a mis en œuvre voici 10 ans une technologie standardisée pour lutter contre la contrefaçon et la contrebande. Actuellement, son système Codentify, introduit en 2007, est capable d'authentifier chaque paquet de cigarettes et chaque carton de 50 cartouches dans 20 pays. Il permet à toute personne de savoir via des centres d'appels si son produit est vrai ou faux grâce à un code-barres unique parmi des milliards de milliards de combinaisons. «Il y a quatre ans, en Allemagne, nous avons réduit en peu de temps 70% du marché de la contrefaçon», a expliqué Philippe Chatelain, directeur du tracking des produits chez PMI.

 

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Mais l'avantage principal des mesures prises par la multinationale est avant tout la sécurisation de la chaîne de distribution en évitant les flux parallèles: «Notre système de traçabilité peut dire en tout temps où va notre production, ce qui nous permet de lutter concrètement contre la copie et de rappeler nos produits en cas de problème».

Surmonter le scepticisme

La mise en place d'une solution de traçabilité standardisée dans l'horlogerie, capable d'identifier à 100% la production, n'est néanmoins pas réaliste selon Michel Arnoux, responsable du département contrefaçon auprès de la Fédération horlogère suisse (FH): «Ce n'est pas possible de mettre tout le monde autour d'une table pour créer des règles d'identification communes». L'expert justifie ce point de vue notamment par le besoin de différenciation des marques et par le niveau plus élevé de complexité technique de la branche.

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Pour Philippe Chatelain, les technologies de traçabilité de PMI sont au contraire susceptibles de servir à d'autres industries afin de combattre les mêmes fléaux. «Certaines entreprises dans le secteur alimentaire ou des soins par exemple nous ont déjà demandé conseil». Le coût de protection – 0,5 centime pour 1000 cigarettes – ou encore le vol de volumes, au-delà de la contrefaçon, sont autant de facteurs qui plaident en faveur d'un suivi systématique des marchandises, estime le spécialiste. «Il y a dix ans, je pensais aussi qu'il n'était pas possible de se mettre d'accord. Il faut arriver à se rassembler pour lutter». D'après Philippe Chatelain, le système en soi est simple et facile à appliquer à l'horlogerie: «Il suffit de créer des normes et de les appliquer ensemble. En mettant un code invisible et un autre visible sur les montres, l'affaire est faite».

 

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Commentaire


Outre la question de la mise en application et celle, plus épineuse encore, de rassembler les horlogers autour d'un projet commun, c'est bien de la nécessité même d'une traçabilité en horlogerie qui prête à réflexion. Actuellement, le marché gris, soit la vente hors canaux de distribution officiels, permet aux marques de réduire leurs stocks et d'assurer une rentrée d'argent sans écorner leur image. Pratique aussi indispensable que répandue, elle permet la stabilité du système actuel. Rendre toutes les montres clairement identifiables modifierait profondément cet équilibre et déboucherait sur de nouveaux processus de distribution et de vente. Aujourd'hui, les marques s'intéressent toujours plus à trouver des moyens de vendre via Internet vu le succès de sites proposant des articles de luxe. Si l'on ajoute l'influence des réseaux sociaux, toujours plus puissants et prisés tant des clients que des marques, la transparence sur les pratiques de tous les intervenants de la production à la vente deviendra toujours plus forte. Il se pourrait dès lors qu'une traçabilité infaillible devienne nécessaire.

Louis Nardin