La marque de Granges a devancé ses concurrentes en prenant contact avec l'organisation il y a plus d'une année.
L'Agefi - 7 janvier 2009Bastien BussElle a pris de vitesse nombre de ses concurrentes suisses. Les horlogers helvétiques ne jurent plus que par la Chine comme relais de croissance à leurs activités. Notamment depuis que le marché américain s'est écroulé l'année passée. Dans ce contexte, la marque soleuroise Titoni a quelques longueurs d'avance sur certains de ses concurrents. La société sise à Granges y déploie d'ailleurs ses activités depuis plus de cinquante ans, l'Empire du Milieu étant même devenu et de loin son principal débouché. Titoni fait ainsi partie de ces marques suisse dont le succès est méconnu dans son propre pays mais qui rayonne ailleurs. Mieux, elle pourrait encore accroître sa réputation puisqu'elle sera représentée à l'Exposition universelle de Shanghai, qui se tiendra du 1er mai au 31 octobre 2010, dans le cadre du pavillon des trois villes suisses Genève-Bâle-Zurich. Il ne s'agira donc pas de celui de la Confédération, dont le partenaire horloger n'est autre que Swatch, marque du groupe éponyme, numéro un mondial.
Comment cette société qui ne fait jamais parler d'elle en Suisse, ou presque, a-t-elle damé le pion aux autres horlogers, même les plus prestigieux ? «C'est en fait assez simple. Nous avons été les premiers à prendre contact il y a plus d'une année. Et nous avons abouti. A la base, nous aurions préféré le pavillon officiel de la Suisse, mais la place était déjà prise», se réjouit Toni Jost, directeur marketing de la société familiale, qui se réjouit de cette formidable plateforme que constituera l'Exposition, avec ses quelque 70 millions de visiteurs attendus.
Titoni compte une soixante de collaborateurs et vient de fêter l'an passé ses 90 ans. Elle est active dans le moyen de gamme mécanique (90% de sa production). Entreprise indépendante, elle ne dévoile pas d'autres chiffres, mais selon nos estimations elle produit quelque 140.000 pièces par an. «L'Asie, et particulièrement la Chine, sera toujours notre marché de prédilection», complète le directeur marketing. Selon une étude qui date d'il y a trois ans, la société était la troisième marque horlogère suisse la plus citée dans l'Empire du Milieu, d'après Toni Jost. Titoni y possède d'ailleurs douze boutiques en propres, ainsi qu'un réseau dense de détaillants. Pour comparaison, la Suisse ne compte que trois points de vente, à Lucerne, Interlaken et Genève. «Mais là aussi, ce sont essentiellement les touristes chinois que nous visons.» L'ironie de l'histoire veut que cette marque avait été mise à tort au ban de ses concurrents. Ce qui explique peut-être son inclination asiatique. Accusée il y a une quinzaine d'année de produire des montres trop similaires à celles de Rolex, ce que bon nombre d'autres horlogers faisaient alors, elle avait été exclue manu militari de la Fédération de l'industrie horlogère suisse, alors que les autres n'avaient pas été inquiétées par le plaignant. Le conflit était même remonté jusqu'au Tribunal fédéral. L'instance suprême avait toutefois tranché en faveur de Titoni. Qui avait finalement pu retrouver sa place dans l'association faîtière.