Interview de Paolo Marai

2 minutes read
Le responsable des marques Versace, Valentino et Ferragamo chez Timex, Paolo Marai, n'a aucun doute sur le succès des marques de mode à l'avenir. Il est cependant plus critique quant au modèle économique de la licence.

Luxes par Bilan - 29 septembre 2010

Fabrice Eschmann / BIPH


Les montres de mode, ou « fashion brands », connaissent un succès grandissant. Au Salon Mondial de l'Horlogerie Baselworld, les grands noms de la haute couture, de la chaussure ou de la maroquinerie côtoient, en nombre toujours plus important, les marques traditionnelles. Un phénomène qui traduit la réalité du marché, où les griffes de mode n'hésitent plus à investir le terrain de l'horlogerie de luxe. Interview avec Paolo Marai, président et CEO de Vertime – une société du groupe Timex qui gère la licence des montres Versace – et responsable de la branche Luxury Watches chez Timex – qui compte les marques sous licence Valentino et Ferragamo.

Timex_328989_0



Fabrice Eschmann: Comment expliquez-vous le succès grandissant des marques de mode ?
Paolo Marai: Cela tient d'abord au fait qu'un certain nombre de marques traditionnelles a perdu son « sex appeal », son pouvoir d'attraction. Les gens ne se reconnaissent plus dans ces montres et préfèrent s'identifier à de grands couturiers ou de grands créateurs.

Vous avez gagné des parts de marché sur l'horlogerie traditionnelle ?
Oui. Nos concurrentes ne sont pas les autres marques de mode, au contraire ! Il existe une dizaine de marques « fashion luxe » : Versace, Ferragamo et Valentino, mais aussi Chanel, Gucci, Hermès, etc. Ces marques concurrencent l'horlogerie traditionnelle, avec l'avantage de pouvoir s'appuyer sur des noms prestigieux et une communication globalisée.

Le prix de l'un de vos modèles Ferragamo approche les 250'000 fr. N'est-ce pas trop élevé pour une marque de mode ?
Nous n'avons que quelques pièces de ce genre, et ce sont des « talking pieces », destinées à un marché de niche. Notre gamme de prix se situe entre 3'000 et 15'000 francs, avec des pointes à 80'000 francs pour certains modèles féminins.

Un segment qui a beaucoup souffert de la crise…
Oui, notre chiffre d'affaires a chuté de 30% en 2009. Mais les ventes repartent très fort, au Moyen Orient et en Asie notamment. Là-bas, les femmes préfèrent s'acheter cinq montres à 1'000 euros plutôt qu'une seule à 5'000 euros !

Allez-vous augmenter le nombre de vos marques sous licence ?
Le modèle de licence à deux désavantages majeurs : premièrement, la licence à une durée limitée, et rien ne garantit son renouvellement ; deuxièmement, plus la marque en question connaît le succès, plus il est difficile de renouveler la licence, les exigences partant à la hausse.

Quelle est alors la solution ?
Nous réfléchissons à acquérir notre propre marque, pas juste la licence. Nous avons quelques idées, mais évidemment, tout est question de prix…

Timex_328989_1