Jean-Christophe Babin

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Le patron de TAG Heuer vit à cent à l'heure… sans jamais perdre ni son sourire, ni son air décontracté. Question d'organisation et surtout de nature.

En fond d'écran de son téléphone portable, le visage de son plus jeune enfant, le cinquième, disparaît derrière une énorme paire de lunettes jaunes. Jean-Christophe Babin, président et CEO de Tag Heuer, le regarde avec un sourire, replie les branches rouges de ses propres lunettes, des TAG Heuer évidemment, se cale dans son siège et reprend sa narration.

 

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Jean-Christophe Babin, président  et CEO de TAG Heuer depuis 2000. TAG HEUER/DR Une entreprise à diriger, une famille nombreuse, des passions multiples, de la voile à l'automobile, quel est donc le secret de cet homme qui ne semble jamais débordé? «Les PDG ont une chance extraordinaire, ils ont la liberté absolue d'organiser leur temps.» Jean-Christophe Babin ne s'en prive pas, et assemble les pièces de son existence au gré de ses besoins ou de ses envies; il se consacre à ses enfants à 20 heures, au marché américain deux heures plus tard. Le tout en parfaite décontraction. «Je suis plutôt jeans et baskets rouges que cravate. C'est d'ailleurs une bonne façon de créer une dynamique interne, d'abolir les symboles de hiérarchie.» L'ouverture n'est pas que vestimentaire et les VIP qu'il côtoie n'ont rien changé à sa vision du monde. Avec TAG Heuer, de Brad Pitt à Tiger Woods, il en rencontre pourtant de nombreux, dans tous les coins de la planète. Aujourd'hui, c'est Londres et Lewis Hamilton. Une soirée en l'honneur des pilotes britanniques de Formule 1. Le temps du vol, il revient sur les grandes étapes de son parcours. Une petite entorse à ses habitudes. En avion, sur les long-courriers qu'il affectionne, Jean-Christophe Babin préfère écouter son iPod, dévorer un livre («Les livres perdent beaucoup lorsqu'on doit en fragmenter la lecture sur trois semaines»), visionner un film. «L'idée du voyage m'emballe toujours, c'est fantastique de se lever le matin au bord du lac Léman et de se retrouver dix heures plus tard dans la fébrilité de Manhattan.» Du consulting à l'horlogerie A 49 ans, Jean-Christophe Babin s'est imposé comme l'une des figures incontournables de la planète horlogère. Son sourire, son énergie, son style amical et décontracté sont aussi solidement ancrés dans le paysage que les montres qu'il produit, de la mythique «Carrera» aux nouvelles «SLR calibre S». Et pourtant, lorsqu'il reprend en 2000 les rênes de l'entreprise, propriété du groupe LVMH, il n'y connaît pas encore grand-chose. Venu du monde du consulting et de la grande consommation – il a travaillé successivement pour Procter & Gamble, Boston Consulting Group et Henkel –, il découvre d'abord l'esthétique des montres. «Il y a un apprentissage nécessaire lorsqu'on travaille avec des produits qui ont tous en commun de mesurer 40 millimètres, d'être ronds et d'avoir trois aiguilles. C'est, pour une marque, un défi fantastique de raconter une histoire, d'exprimer son savoir-faire et de laisser son empreinte dans un cadre aussi restreint,» s'enthousiasme-t-il. Il relance l'innovation dans une marque qui, au cours des années nonante, s'était surtout distinguée dans le design et la communication. Il s'impose un cadre, «prestige et performance», et ne dévie plus des valeurs fondamentales de TAG Heuer, la quête du centième de seconde, du millième. «La maîtrise du temps passe par celle de ses fractions infinitésimales.» Ses efforts s'inscrivent dans la durée: «Une marque ne se déclare pas «haut-de-gamme» du jour au lendemain simplement parce qu'elle met sur le marché des produits à 80?000 francs. Dans le luxe, le niveau de prix se mérite, c'est le fruit d'un effort continu. Dans l'horlogerie, on a parfois tendance à perdre un peu le sens des réalités.» La simplicité, cette richesse Pas de complications inutiles dans les montres qu'il produit («on ne met pas des vis juste pour faire joli»), et pas de complications chez l'homme non plus. Lorsqu'on lui demande une bonne adresse à Morges où il habite, il répond sans hésiter: «s'asseoir au bord du lac et regarder le Mont-Blanc.» Et pour Paris, que le patron français de TAG Heuer connaît bien, pas d'hésitation non plus: c'est Montmartre et ses allures de petit village. Dans le garage de sa maison, sur les rives du Léman, Jean-Christophe Babin a trois voitures: une Porsche (idéale pour la Vue des Alpes, c'est vraiment une voiture qui se pilote»), une Ferrari («pour les longs trajets») et une Alfa («quand j'en ai envie»). L'homme vit à cent à l'heure, mais révèle tout de même, au chapitre de ses envies secrètes, l'espoir de reprendre un jour une année sabbatique. «L'idée d'un plaisir hédoniste, de partager avec ma famille quelque chose que j'ai vécu il y a très longtemps.»
Tribune des Arts - Octobre 2008 - No. 365

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