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Des courroies à la place des engrenages

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A la veille de ses 150 ans, TAG Heuer s'offre la Monaco V4, l'une des montres mécaniques les plus innovantes de son histoire. L'aboutissement d'un long et tortueux périple.

Tribune des Arts - Décembre 2009
Sylvie Guerreiro
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Nous étions peu à y croire, tant le concept est novateur. Difficile en effet d'imaginer une montre à courroies! Présentée en 2002 à l'état de projet puis en 2004 à BaselWorld en tant que prototype qui, deux ans plus tard, fonctionnait enfin mais n'était toujours pas fiable, ce qui se voulait d'abord une concept watch sort cette fois pour de vrai, oserais-je dire. Non pas en pièce unique destinée à montrer de quoi TAG Heuer est capable, mais en édition limitée de 150 pièces. Son nom: Monaco V4, comme “4 barillets montés sur une platine en V orientée à 13 degrés”, à l'instar des cylindres d'un moteur de course haut de gamme.

Mais que diable s'est-il passé pendant tout ce temps? Des échecs et des victoires inespérées, et surtout des tonnes calculs, de tests et de sueur versée. Il a d'abord fallu faire face aux détracteurs mais aussi à sa propre peur de ne jamais aboutir. Car le défi était sans précédent, ne s'appuyant en rien sur des domaines existants ou des principes connus de l'horlogerie. Un peu comme Descartes et son doute méthodique, il fallait faire table rase de son éducation horlogère, tout inventer, tout réinventer. A tel point que si le projet n'avait pas été divulgué, il aurait certainement été abandonné.

“Au départ, nous n'avions pas mesuré tous les problèmes techniques que cela poserait”, nous a-t-on confié. L'idée était de faire fonctionner une montre de la même manière qu'un moteur automobile où la courroie de distribution assure la synchronisation du mouvement des soupapes et des pistons dans le cycle de combustion. L'intérêt des courroies plutôt que des engrenages? Esthétique, bien sûr. Imaginez les nouvelles possibilités ainsi offertes niveau design… Technique aussi, notamment de par leur capacité à mieux amortir les chocs.


Fonctionnelle et design


La montre devait être fonctionnelle mais avec un design très fort. Le calibre serait donc carré et le boîtier, finalement en platine 950, présent au minimum, histoire de laisser pleinement s'exprimer la star. Quant aux courroies, au nombre de cinq, elles devaient être extrêmement fines pour consommer le moins d'énergie possible. On les imagina donc aussi épaisses qu'un cheveu, en polyéther bloc amide, non pas lisses mais dentées. Tandis que la masse oscillante, d'habitude ronde, serait linéaire et suffisamment petite pour armer quatre barillets. C'est pourquoi elle est en tungstène, montée sur les plus petits roulements à billes jamais conçus. Puis vint la question de la fabrication en série à des coups accessibles, tout en respectant la charte de qualité que s'impose la marque. Et là, rebelote, il fallut à nouveau tout repenser.

Pour que naisse cette très grande complication – conçue pour permettre la pratique des sports les plus extrêmes – il a fallu mettre en place une équipe de Recherche et Développement entièrement dédiée au projet, menée de main de maître par Guy Semon. Et si une partie des composants, comme les roulements à billes, sont fabriqués à l'extérieur de l'entreprise et les courroies réalisées hors de la sphère horlogère, tout est décoré, assemblé à la main et contrôlé dans les ateliers TAG Heuer de La Chaux-de-Fonds.

Le résultat est stupéfiant. Au verso, s'affiche comme sur grand écran la masse oscillante qui, à chaque déplacement entre les deux paires de barillets inclinés et couplés par deux courroies, laisse entendre un doux ronronnement. Au recto, les trois courroies de transmission courent dans un espace ouvert souligné d'angles polis alors que les ponts de la platine dénuée de cadran imposent avec force, voire brutalité, leur surface brossée sur laquelle se détachent des aiguilles savamment bleuies. Pour le moment, on estime à 18 mois la durée de vie des courroies, même si on pense qu'elles dureront beaucoup plus longtemps. Mais le but est d'arriver à cinq ans. Alors, un simple coup marketing? Ho que non!

 

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