Bilan - 30 mars 2011
Michel Jeannot
«Swatch Group a l'intention de ne plus rien produire ni livrer à des horlogers tiers. Le processus est en préparation. Toute une équipe (…) a été mise en place pour en discuter avec la Comco.» Cette annonce de Nicolas G. Hayek en décembre 2009 a fait l'effet d'une bombe sur l'horlogerie suisse, en grande partie dépendante des livraisons du groupe biennois pour de nombreux composants de la montre. Le discours du Swatch Group s'est affiné depuis et son CEO précise qu'il n'est nullement question de ne plus livrer aux tiers, mais que le groupe entend pouvoir choisir ses partenaires et qu'il ne laissera pas tomber les clients fidèles.

Quinze mois après l'annonce surprise, le dossier a peu avancé. A ce stade, la Commission de la concurrence demeure discrète sur les discussions en cours, visiblement encore dans une phase préparatoire. Patrik Ducrey, directeur suppléant de la Comco, en charge du dossier horlogerie, dit ne pas encore connaître avec précision quels composants Swatch Group n'entend plus livrer à ses concurrents. Du côté du groupe biennois, on affirme que tous les composants produits à l'interne sont concernés.
Dans tous les cas, l'accord qui devra être trouvé différera selon le composant concerné. S'il est admis que la position du Swatch Group n'est pas dominante sur le composant en question, le groupe biennois pourra agir à sa guise. Si, en revanche, la position dominante du Swatch Group est avérée sur tel ou tel composant (à l'évidence sur les organes réglants), l'issue devra être négociée. Car dans ce cas le refus de livraison serait qualifié de refus illicite d'entretenir des relations commerciales, donc d'abusif au sens de la loi sur les cartels. Dans cette hypothèse, comme le suggère Patrik Ducrey, il est envisageable que l'accord à l'amiable de 2004 (concernant le refus du Swatch Group de poursuivre les livraisons d'ébauches) serve de modèle. Comprenez que Swatch Group obtiendrait gain de cause sur le fond, mais assorti d'une échéance jugée suffisante pour que ses concurrents aient le temps de se retourner. De toute évidence, ce n'est pas pour demain. Mais les concurrents les moins bien lotis seraient bien inspirés de ne pas trop tarder pour s'engager dans des solutions alternatives.
