L'Agefi - 11 novembre 2010
Propos recueillis par Stéphane Gachet
L'industrie horlogère s'est emparée du débat sur les devises, qui a atteint une importance historique avec la double faiblesse du dollar et de l'euro. Les techniques de hedging sont toujours plus souvent évoquées. En théorie, une certaine couverture semble possible. Nick Hayek, président exécutif de Swatch Group décrit une réalité moins docile.

Stéphane Gachet: Swatch Group tente-t-il de se protéger contre les effets de change?
Nick Hayek: Il y a une volatilité telle qu'il est impossible de se prémunir contre les effets de change.
La couverture, notamment à travers des contrats à terme est toujours possible.
Nous avons fait le calcul, mais le hedging nous coûterait beaucoup trop cher dans la configuration de marché actuel. Il n'y a aucun moyen de se couvrir.
Qu'en est-il d'une éventuelle couverture naturelle?
Si nous voyons que le dollar baisse, nous pouvons investir dans des points de vente aux Etats-Unis, par exemple. Mais notre véritable couverture naturelle reste l'or. Nous en utilisons près de dix tonnes par année. Nous pouvons toujours en faire des réserves si le cours n'est pas trop élevé, ce qui n'a pas vraiment été le cas cette année. Il ne faut pas oublier non plus que tous nos coûts sont ne sont pas en francs. Nous avons aussi beaucoup de frais à l'étranger, notamment dans les activités marketing. Ce qui constitue une certaine couverture naturelle.
De quel ordre?
10% d'avantage, contre 90% de désavantage.
La problématique devise n'est pas nouvelle. Comment se fait-il qu'elle soit si difficile à maîtriser?
La vraie complication reste la volatilité extrême, dont les effets sont très marqués: une baisse d'un cent de dollar sur un an signifie un manque de 28 millions de francs sur le chiffre d'affaires final.
Dans le milieu, on évoque souvent des jeux sur les prix de transfert, entre une société-mère en Suisse et des filiales à l'étranger. Qu'en est-il chez Swatch Group?
Nous ne jouons jamais sur les prix de transfert. Nous n'avons pas d'agents pour la distribution et nous nous refusons de faire payer un transfert de charge à notre clientèle finale. Nous sommes très attentifs à ne pas augmenter les prix. Nous vendons des objets qui ont une certaine valeur et qui doivent la garder. Nous ne pouvons pas faire évoluer les tarifs, à la hausse comme à la baisse, au gré du cours de certaines devises.
Quitte à abandonner une partie des marges.
Notre politique est immuable: nous visons d'abord les parts de marché, les marges et le profit viennent ensuite.
Quels effets la volatilité des devises aura-t-elle sur l'exercice 2010?
L'objectif des six milliards sera atteint. Tout ce qui peut être réalisé en plus dépend des taux de change. Mais il faut arrêter de spéculer sur le résultat exact.
C'est finalement la seule inconnue qui vous résiste.
En monnaie locale, la demande est très planifiable, malheureusement, on ne peut pas la mesurer de cette manière. Prenez l'exemple de la Grande-Bretagne: en monnaie locale, nous y enregistrons une croissance de l'ordre de 20%, mais, en francs, le résultat est négatif. Le plus déterminant est de bien maîtriser ses coûts.
L'exercice 2010 est certainement le plus marquant du point de vue des devises.
Historiquement, lorsque l'euro était faible, le dollar était fort. Nous avons toujours réussi à maintenir un certain équilibre, surtout du fait que nos marques présentent des forces différentes au niveau régional. Cette année, avec un euro et un dollar faible, tout est différent.
Est-ce une invitation pour la BNS?
La direction de la BNS ne dort pas. Elle est consciente que la force du franc est trop élevée.
