Le groupe prospère et le fils sort le cigare

3 minutes read
Le groupe biennois va poursuivre son expansion et investit en conséquence.

Tribune de Genève - 11 mars 2011

Katarzyna Gornik



Un sourire, une attitude, un look… Nick Hayek rayonne à la place du patriarche de la famille Swatch. Est-ce la récupération d'une recette qui a fait ses preuves? Des tics et mimiques, simple héritage filial? A moins que ces «petits jeux de scène» ne soient plutôt un hommage, à voir le fils allumer un cigare «à la manière de». La société a d'ailleurs fait honneur à l'absent. Un chiffre d'affaires record, un objectif de ventes à 10 milliards à réaliser dans les prochains trois ans…

Swatch Group_330012_0

La prospérité de «l'affaire familiale» est totalement garantie. En 2010, Swatch a créé plus de 1600 emplois. Ce n'est pas fini, affirme le CEO du groupe biennois, qui estime le besoin de «sang neuf» à plus de 1000 personnes. «Nous avons eu des retards. Dans beaucoup de magasins, il manque des produits. Notre grand défi en 2011 sera de livrer pour répondre à la grande demande des marchés.»

Concernant l'impact de la hausse du franc par rapport à l'euro et au dollar, mais surtout l'extrême volatilité des taux de change, Nick Hayek a indiqué que la société ne pouvait guère faire plus que «chercher des moyens pour absorber ces coûts supplémentaires», mais pas en augmentant les prix. Soulignant que l'industrie a toujours dû «faire avec» l'imprévisible et les mauvaises surprises.

Gros investissements

En revanche, la société subit aujourd'hui la diminution des stocks qui ont fondu comme neige au soleil, à cause du ralentissement mondial. La réponse du groupe est déjà en marche: des investissements annuels de l'ordre de 200 à 250 millions. Par exemple, dans l'achat de terrains à La Chaux-de-Fonds, à Boncourt, dans le Jura, ou la décision, tombée avant-hier, d'investir 66 millions pour doubler dans les trois à cinq?ans la surface du site de Breguet, à la vallée de Joux. «Swatch a besoin de nouvelles lignes de production», s'est exclamé Nick Hayek.

Dernier axe d'expansion, l'acquisition de nouvelles firmes. Hormis des groupes comme Bulgari, qui vient de passer dans l'escarcelle de LVMH, pour plus de 4 milliards d'euros. «Il y a eu des rumeurs selon lesquelles nous étions intéressés. Cela n'a jamais été le cas. Nous ne serions pas prêts à mettre autant d'argent dans une société de ce genre», a ironisé Nick Hayek. D'autant plus que le secteur des «bijoux», visant à diversifier les activités du groupe, se révèle de toute façon moins profitable que celui des montres. «Les bijoux ne sont pas identifiables à un pays et l'impact du Swiss made n'y fait pas effet.» D'ailleurs, selon Nick Hayek, ce segment représente moins de 10% du total du chiffre d'affaires. Tandis que Tissot, positionné dans le «moyen de gamme», est un modèle de réussite, aux yeux du «patron». Avec 3 millions de pièces, la marque représente justement environ 10% du total de la marque. «Tissot a réalisé plus de profit que l'ensemble de LVMH», a encore souligné Nick Hayek.

Une croissance «made in Swatch»


U Un bénéfice net en hausse de 41,5%, à 1,1 milliard de francs en 2010. Un chiffre d'affaires brut qui a bondi de 18,8%, à 6,4 milliards. A en croire Nick Hayek, Swatch a bien fait d'admettre «une rentabilité moindre» et refusé d'agir «à court terme» en ne cédant pas à la tentation de licencier du personnel, au beau milieu de la crise. «Nous sommes confrontés à une croissance extraordinaire, dans les pays émergents mais aussi dans le reste du monde, sauf bien sûr dans des pays comme la Grèce et le Japon», a-t-il également souligné. Le groupe a pourtant subi, comme toutes les sociétés exportatrices, l'impact du franc fort. Le taux de change défavorable a d'ailleurs coûté au groupe 100 millions de francs sur les deux premiers mois de 2011. Malgré ce contexte, et s'appuyant sur une demande solide dans tous les segments du groupe, le fils du fondateur de Swatch affiche une confiance absolue dans les performances de la société. L'objectif, annoncé au début de février, d'un chiffre d'affaires de 10 milliards de francs à court terme est parfaitement atteignable, a-t-il confirmé.

Swatch Group_330012_1