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La voiture du futur

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Le patron de Swatch Group conserve intacte sa foi d‘entrepreneur. Que ce soit pour la Swatch, dont il défend les mérites très actuels vingt-cinq ans après sa création, ou pour son projet dans les énergies propres, Nicolas Hayek démontre qu‘il reste l‘industriel de référence en Suisse.

Le patron de Swatch Group conserve intacte sa foi d‘entrepreneur. Que ce soit pour la Swatch, dont il défend les mérites très actuels vingt-cinq ans après sa création, ou pour son projet dans les énergies propres, Nicolas Hayek démontre qu‘il reste l‘industriel de référence en Suisse.

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Entretien.
Par Stéphane Benoit-Godet et Francesca Argiroffo (RSR)

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Nicolas Hayek: «Je suis devenu superriche sans le vouloir, sans jamais l‘avoir planifié.» 

    

Vous avez signé de bons résultats en 2007, surtout grâce au moyen et haut de gamme. Les ventes de la Swatch se maintien­nent- elles?

Pour la Swatch, les ventes augmentent en volume et en francs. L‘année dernière, nous avons donné une grande fête à Lugano pour la 333 millionième Swatch. Il n‘y a jamais eu dans le monde horloger une marque qui a produit ne serait-ce que le 10e de ce nombre. La Swatch contribue beaucoup à notre développement et à faire tourner les usines nécessaires à la fabrication des composants horlogers à des prix accepta­bles en Suisse.


Est-ce que les ventes augmentent fortement grâce à la Chine et à l‘Inde?

Qu‘est-ce que cela veut dire augmenter fortement? Certains vous diront que 9 % c‘est bien. Quant à nous, nous avons augmenté de 32 % l‘année dernière, alors qu‘est-ce qui est fort?

    

Est-ce que vous êtes stimulé par la concurrence?

Il faut diviser les horlogers en dehors de notre groupe en trois catégories. Il y a des marques comme Rolex, Patek Philippe, ou encore Breitling et les autres qui fabriquent leurs propres pièces, pas toutes car ils en achètent chez nous aussi. Et ils dessinent, fabriquent des montres comme le public se l‘imagine d‘un industriel qui fabrique de A à Z un produit. D‘autres achètent des boîtiers, des mouvements et mettent le tout ensemble en donnant leur nom et ils disent ainsi qu‘ils sont horlogers. Et il y en a même qui vendent des sous-vêtements et achètent la montre terminée pour eux et soudain se mettent à vendre également des chronomètres...


Il y a plus de 600 marques de montres sur le marché actuellement, n‘est-ce pas trop?

Il y a aussi 7,5 millions d‘habitants, il n‘y en a pas trop, il en faudrait encore plus. Le nombre de marques ne me gêne pas du tout, si elles sont toutes réellement suisses. Mais si elles sont fabriquées ailleurs qu‘en Suisse et qu‘elles reviennent ici pour y appliquer le Swiss made, là, cela ne me plaît pas. Mais la plupart des marques suisses sont honnêtes


Vous dites que c‘est un danger de ne pas faire dans le bas de gamme, car l‘industrie risque de revivre la crise d‘il y a vingt­cinq  ans, pourquoi?

C‘est un danger mortel que de ne plus avoir de base de production dans un pays. Regardez les Anglais, ils avaient gardé uniquement le luxe avec Rolls-Royce et Jaguar. Et maintenant ils n‘ont plus d‘industrie automobile. Nous possédons 165 usines dont 95 % en Suisse, et quelques-unes à la frontière française, allemande et italienne. Si nous n‘avions pas cet outil et Swatch pour l‘utiliser à fond, l‘industrie horlogère ne pourrait pas fonctionner.


Le prix moyen des montres a fortement augmenté ces dernières années. Si le Suisse moyen ne peut pas s‘offrir autre chose qu‘une Swatch, n‘est-ce pas un danger?

Non, vous n‘êtes pas tout à fait bien informé. Les Suisses sont les plus gros acheteurs de Swatch Group. Beaucoup peuvent s‘offrir des CK, Tissot, Mido, Longines. Là où cela a beaucoup augmenté, ce sont les montres avec les diamants. C‘est Breguet, Patek, Rolex, par exemple. Sinon, nous avons toujours su garder des prix raisonnables et les gens continuent ainsi d‘acheter.

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En Suisse, nous avons beaucoup de chercheurs très doués. Ils n‘ont simplement pas la vision, il faut leur dire où aller. Nicolas Hayek

 

Mais Omega est devenue une marque chère.

Si vous enlevez Omega, Léon Hatot, Jaquet Droz, Glashütte, Blancpain et Breguet, soit 6 marques, il en reste 13 dans le groupe qui sont abordables. Et si vous ne trouvez pas une jolie montre pour 100 ou 200 francs, je vous envoie un catalogue


A propos des ébauches, vous en avez diminué le nombre livré aux autres horlogers, et vous allez arrêter à partir de 2011, pourquoi cette politique?

Je me suis aperçu que dans le développement et la production de nouveaux mouvements, presque tout le monde dormait. Nous livrions à toute l‘industrie horlogère suisse, pas seulement les mouvements, mais les ébauches aussi. Les ébauches c‘est quoi: ce sont les parties de mouvement qui ne sont pas encore assemblées, et que vous pouvez décorer vous-même en disant que ce sont des pièces uniquement faites par vous. Je pouvais me contenter de laisser faire et gagner de l‘argent. Mais cette industrie mourra si elle ne repose que sur une seule compagnie! De plus, quelques fabricants produisaient de fausses montres mais avec des mouvements fabriqués chez nous. J‘ai dit stop et c‘était courageux. Je perdais plusieurs millions de francs de chiffre d‘affaires et j‘obligeais ainsi les autres à produire leurs propres mouvements dans l‘intérêt de toute l‘industrie à long terme.


Le font-ils vraiment?

J‘ai fait beaucoup de choses dans ma vie pour l‘intérêt général. J‘ai été attaqué de tous les côtés, même par la presse en disant que, à cause de moi, des tas de gens allaient mourir de faim. Pourtant, l‘industrie horlogère a continué d‘augmenter son chiffre, année après année, avec nos ébauches et nos mouvements. J‘espère qu‘ils arriveront à produire des mouvements de qualité. Pour l‘instant, nous n‘avons pas vu beaucoup de réalisations convaincantes.


Sentez-vous un ralentissement des ventes?

Non.


Par rapport à la formation dans l‘horlogerie, il y a toujours un manque de personnes qualifiées?

Si nous n‘avons effectivement pas assez de personnes formées, comment se fait-il que, chaque année, l‘horlogerie suisse arrive à augmenter le nombre de pièces vendues? Nous devons en effet avoir des horlogers pour inventer des modèles et les produire. Chez Breguet, j‘ai réalisé une expérience. J‘ai pris 40 ingénieurs, horlogers et développeurs, je leur ai demandé de rester toute la journée et de sortir l‘idée que chacun avait en tête, même si les autres allaient se moquer de lui. Huit heures plus tard, nous avions sorti 40 idées de nouvelles montres. Donc oui, nous avons du personnel qualifié... mais nous n‘en avons pas assez! Il nous en faut toujours plus à cause de notre forte croissance.


Est-ce que toutes les commandes passées à la Foire de Bâle 2007 ont été livrées?

Non. Nous n‘avons pas assez de capacité, bien que Swatch Group ait investi en Suisse depuis 2007 plus de 450 millions de francs dans de nouvelles usines, machines, installations, surfaces, etc. Nous devons présenter à Bâle des produits de qualité, parfaitement testés. La plupart des produits importants de Bâle 2007 seront livrés à partir de la fin de l‘année 2008.


Parlons de votre passion pour la voiture, votre nouveau projet de moteur à hydrogène.

En tant qu‘être humain je m‘intéresse à l‘univers. J‘ai pris conscience que la Terre est fragile et que les catastrophes climatiques actuelles sont dues à l‘augmentation du CO 2 , au réchauffement.


Que peut faire un industriel?

Si vous avez les moyens et l‘énergie d‘entreprendre quelque chose, il faut le faire. Moi, j‘ai décidé de réaliser quelque chose à l‘époque par mes connaissances techniques. J‘ai aidé à développer il y a vingt-deux ans la voiture solaire qui s‘appelait Spirit of Biel lancée en Suisse et qui a gagné toutes les courses solaires en Australie.


Le soleil vous a inspiré à ce moment-là alors?

Oui. Cette énergie solaire énorme mais perdue, en quelque sorte, me fascine. Si nous parvenons à la concentrer et à la stocker pour l‘utiliser plus tard dans une voiture ou dans une maison, nous pourrions résoudre un problème énorme. J‘ai fait breveter une voiture avec des cellules photovoltaïques transparentes qui rechargent la batterie, lui permettant de parcourir 500 km. Mais il nous faut encore du temps pour développer cela à l‘échelle industrielle y inclus le développement de la pile à combustible.


C‘est-à-dire?

Cela fonctionne très bien dans le prototype... Seulement, il faut que cela fonctionne dans votre voiture pendant sept ans avec un coût inférieur à 10 000 francs, car si vous devez changer votre moteur tous les six mois et qu‘il coûte 40 000 francs, ce ne sera plus d‘aucun intérêt. C‘est notre défi.


Vous êtes ambitieux car vous avez dit que vous vouliez sortir ce produit dans deux ans.

Non, je n‘ai pas dit cela. Ce sont des discussions qui ont eu lieu avec le Paul Scherrer Institute. Nous sommes en train d‘effectuer toutes les recherches possibles depuis plusieurs années pour sortir la technologie. Toute la planète automobile y travaille aussi: Nissan, Toyota, General Motors, Mercedes-Benz, etc. Nous pensons pouvoir résoudre tous les problèmes d‘ici à deux ans. Ces problèmes résolus, vous pourrez acheter la voiture.

    

Pourquoi la Suisse est-elle mieux placée qu‘un autre pays pour relever ce défi?

Nous avons beaucoup d‘avantages. Pas de compagnies pétrolières qui disent rechercher des énergies nouvelles alors qu‘elles doivent vendre leurs stocks pour ne pas mettre la clef sous la porte. Pas d‘industries automobiles qui ont des usines de production de moteurs à combustion à amortir. Mais nous avons surtout des tas de chercheurs très doués et très expérimentés dans le domaine de l‘énergie. La Suisse est, avec ses chercheurs, à la pointe du succès.


Les constructeurs automobiles vous ont contacté depuis...

Oui...


Beaucoup, ils se sont tous alignés?

Il y a beaucoup de gens intelligents qui cherchent des solutions et qui ont besoin d‘un tout petit peu d‘aide car, s‘ils se montrent capables de réaliser le 90 %, ils ont néanmoins besoin des 10 % auxquels nous pouvons contribuer.


Vous pourriez signer avec un partenaire européen?

Nous annoncerons peut-être avant la fin de l‘année avec quel constructeur nous allons travailler.


Est-ce qu‘il ne faudrait pas mettre à disposition votre technologie afin qu‘elle devienne un standard pour plusieurs constructeurs?

Nous allons faire payer des licences sur notre technologie et nous allons peut-être fabriquer en Suisse des composants. Cela pourrait devenir un standard pour plusieurs constructeurs. Ou nous pourrions proposer des appareils domestiques qui vous permettront de produire vous-même votre hydrogène avec un panneau solaire sur votre toit.


Combien êtes-vous prêt à investir dans ce projet?

Nous n‘avons pas fixé de limite pour le moment.


La Smart, combien cela vous avait coûté?

A peu près 4 milliards. Mais le Gouvernement français nous a donné une grande partie des investissements.


Pour vous, cette opération a­t-elle été positive à la fin?

Oui, assez positive. Swatch Group a été payé pour son travail de consultant sur la Smart et nous avons récupéré l‘intégralité du capital investi. A l‘époque, les constructeurs avaient une frousse terrible d‘investir dans l‘hybride, et dans l‘électrique pour lequel nous nous étions mis d‘accord au début de notre partenariat. Maintenant ils veulent tous y aller.


Si vous vous mariez avec un constructeur automobile, vous tenterez cette fois d‘avoir la majorité, alors?

Non, ils vont être trop jaloux! Nous avons une holding qui s‘appelle Belenos, le dieu de la lumière chez les Celtes. Cette compagnie a commencé avec 21 millions de francs investis par Hayek Engineering, Swatch Group, Deutsche Bank, etc. Pourquoi Hayek Engineering: je ne voulais pas que les actionnaires de Swatch Group disent que mes hobbies leur coûtent de l‘argent. Et nous avons refusé de nous associer à des banques cantonales, car beaucoup d‘entre elles réclament des bénéfices déjà après la deuxième année alors que nous faisons de la recherche sans atten­dre de bénéfices les trois premières années. Cette holding créera des joint-ventures avec des partenaires comme Swiss Hydrogen à Fribourg avec l‘objectif de vous permettre de produire de l‘hydrogène à la maison avec des petits appareils. La seconde joint-venture concerne la pile à combustible que nous réalisons avec un constructeur automobile dont vous aurez le nom probablement  vers la fin de l‘année. Là, nous sommes partenaires à 50/50.


C‘est ingérable 50/50...

Si vous êtes le président, c‘est très gérable. En Suisse, par exemple, nous pouvons ouvrir avec vous une boutique à 50/50 avec pour mission de vendre seulement des Omega. Et comme c‘est nous qui les livrons, nous avons une majorité automatique.


La Deutsche Bank a aussi mis beaucoup d‘argent.

Oui mais nous avons tous investi beaucoupd‘argent, mais la majorité a été apportée par Hayek Engineering et Swatch Group. Ensemble, nous avons plus du 60 % pour le moment.


UBS et CS avaient été contactés à l‘époque?

Non. Nous savions qu‘ils étaient dans un marasme terrible et qu‘ils ne seraient pas intéressés à se lancer dans des choses de ce goût-là. Avec la Deutsche Bank, par contre, nous avons déjà participé ensemble au financement de l‘avion solaire de Piccard. Il faut manifester une véritable envie pour s‘investir dans l‘écologie.


Si vous croisiez Marcel Ospel, ex­patron de UBS que vous connaissez bien, qu‘est-ce que vous aimeriez lui dire?

Je ne discuterai pas avec Marcel Ospel. Cela ne servirait à rien. Il m‘a téléphoné quand UBS a voulu augmenter son capital. Nous avions donné l‘ordre à notre caisse de pension de voter contre à l‘assemblée générale. Et Ospel, qui me considérait comme un ami, car nous avons souvent travaillé avec eux comme banque, n‘a pas fait la différence entre l‘amitié et l‘intérêt général. Il m‘a téléphoné pour me dissuader de le faire. Je lui ai répondu: «Vous faites des coups absolument incroyables, vous faites du mal à toute la société, vous détruisez des milliards et en plus de cela vous faites une augmentation de capital qui exclut des gens qui pendant plus de vingt ans étaient vos actionnaires. Et vous vous attendez à ce que je vous dise que vous pouvez faire ce que bon vous semble? Non, je ne vous suivrai pas là-dessus.» Mais si je le vois à nouveau, je lui parlerai de musique, de théâtre. Mais plus de la banque.

 

Source: Bilan - 24 septembre 2008