Le fabricant de mouvements du Swatch Group est soupçonné d'abus de position dominante.
Tribune de Genève - 16 septembre 2009
Pierre-Yves Frei

La Commission de la concurrence (Comco) a annoncé hier l'ouverture d'une enquête à l'égard de l'entreprise ETA pour établir si celle-ci a oui ou non profité de sa position dominante sur le marché des mouvements horlogers. Les motifs? En 2008, alors que la crise économique n'avait de loin pas déployé tous ses effets désastreux sur le monde du luxe, ETA avait annoncé qu'elle augmentait de 8 à 12% le prix de ses mouvements horlogers.
Cette hausse avait déclenché des hauts cris dans les milieux concernés et abouti à une plainte auprès de la Comco en novembre 2008, laquelle avait alors ouvert une enquête préalable.
Détail d'importance, ETA appartient au groupe Swatch et fournit en mouvements plusieurs marques horlogères du bas au haut de gamme.
Cependant, ETA fournit également des composants et mouvements à des marques concurrentes, et cela depuis toujours.
Tensions entre ETA et ses clients
«Sa domination sur le marché est historique, précise René Weber, analyste financier chez Vontobel. ETA a fait partie de ces entreprises que Nicolas Hayek a sauvées du marasme horloger des années?70-80. Mais quand le marché s'est emballé, dans les années 2000, les tensions sont apparues entre ETA et ses clients.»
En 2002, Swatch avait décidé unilatéralement de ne plus fournir d'ébauches – mouvements de base – aux marques tierces. La concrétisation de cette mesure n'aurait signifié ni plus ni moins que l'impossibilité pour ces dernières de produire des montres. La Comco fut immédiatement saisie. Deux ans plus tard, la procédure s'acheva par un accord qui stipulait qu'ETA fournirait aux tiers des ébauches jusqu'à la fin de l'année 2010.
Depuis lors, plusieurs marques tierces ont investi et continuent de le faire dans les appareils de production de pièces détachées et de mouvements. C'est ainsi que l'on a suivi la décision de Rolex d'étendre ses capacités dans ce domaine, celle du groupe Richemont de racheter le secteur des composants de Roger Dubuis, celle de la maison Chopard d'étendre ses moyens de production à Fleurier, celle de l'entreprise indépendante Breitling de mettre au point son premier mouvement chronographe exclusif, etc.
Pour autant, il faut du temps et de l'argent pour développer ces appareils industriels. Il faut aussi compter avec tous ceux qui ont décidé de continuer à se fournir chez ETA. D'où la levée de boucliers lors de l'annonce de la hausse des prix en 2008.
«Nous trouvons cette plainte très injuste, explique Béatrice Howald, porte-parole du groupe Swatch. Les plaignants oublient un peu vite que nous avons beaucoup investi dans la formation du personnel et dans les infrastructures de production. C'est nous qui avons pris ces risques. La preuve qu'ils ne respectent pas ce travail, c'est qu'ils maintiennent leur plainte alors même que le marché a plongé, qu'ils ont annulé l'essentiel de leurs commandes alors même que nous continuons à supporter notre appareil de production.»
L'analyste financier René Weber (Vontobel) est d'avis que cette plainte ne devrait pas aboutir, notamment du fait de cette conjoncture très défavorable. Mais pas seulement: «Le prix des mouvements représente souvent bien peu de chose, surtout quand ils sont utilisés par des marques actives dans le haut luxe et qui proposent des modèles à plusieurs dizaines de milliers de francs.»LIRE AUSSI: le communiqué de Swatch Group
