Tribune de Genève - 3 septembre 2010
Frédéric Vormus
Tel père, tel fils, oserait-on dire. L'héritier du groupe Swatch, Nick Hayek, semble partager avec son défunt père une certaine hostilité à l'endroit des milieux financiers. Swatch Group a porté plainte hier contre UBS et Credit Suisse. En raison de mauvais conseils, les deux banques lui auraient fait perdre plusieurs dizaines de millions dans des placements risqués. Les chiffres exacts ne sont pas connus mais devraient dépasser les 30 millions de francs. Ce montant représente la somme des commandements de payer que Hayek père avait envoyés à UBS le 24 avril 2009. La porte-parole du groupe biennois déclarait dans le Tages- Anzeiger du 16 avril dernier que Swatch était en discussion avec la nouvelle direction d'UBS au sujet de sommes d'argent réclamées par l'horloger. La plainte déposée marque donc l'échec des négociations et laisse augurer une guerre judiciaire qui s'annonce houleuse.

Un homme en colère
Les déclarations faites par Nick Hayek ne laissent planer aucun doute sur ses intentions: «UBS n'ayant entrepris aucun effort pour résoudre le problème, nous avons porté plainte. Nous allons faire valoir nos droits.»
Très en colère, il a d'ailleurs ironisé sur la nouvelle et coûteuse campagne de communication de la grande banque: «Dans votre publicité, vous affirmez que vous avez tracé une ligne claire. Mais nous constatons que ce n'est absolument pas juste dans notre cas.» Il est vrai que le texte publicitaire affirme qu'UBS n'aura pas de répit avant que le client ne soit convaincu d'avoir choisi la bonne banque. Il sera difficile d'en persuader l'héritier de la dynastie!
A fonds perdus
En effet, Swatch pense avoir été trompé par les conseils financiers erronés prodigués par UBS. Le groupe a investi dans des fonds «Absolut Return». Ceux-ci étaient censés assurer un rendement positif quelle que fût l'orientation des marchés financiers. La crise de l'immobilier en 2007 est passée par là et les fonds insubmersibles ont commencé à couler. Sur les 7 milliards de francs qui étaient placés dans ce type de produit, le Tages-Anzeiger a estimé au printemps 2009, que trois auraient disparu pendant la crise. Aujourd'hui, sur les 216 fonds «Absolut Return» encore actifs, seuls 13 d'entre eux auraient généré des rendements positifs.
Cela explique pourquoi Swatch n'est pas le premier à porter plainte. D'après le même journal alémanique, au moins deux investisseurs privés auraient accusé le Credit Suisse de les avoir également mal conseillés et de ne pas les avoir rendus suffisamment attentifs aux risques inhérents à ce type de placements.
Contacté, le principal établissement bancaire du pays se contente d'un laconique: «Nous confirmons le dépôt d'une plainte. UBS ne commente pas des affaires judiciaires en cours.»
Il est aujourd'hui difficile de juger l'impact qu'une telle plainte aura sur les deux géants bancaires helvétiques. Les montants en jeu ne sont pas énormes mais les effets sur la clientèle pourraient l'être déjà plus. Surtout si ces prochains mois nous assisterons à un procès médiatique opposant les tenants de l'économie réelle, incarnés depuis maintenant deux générations par la famille Hayek, aux représentants du monde de la finance.
