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Un maître-horloger égrène ses souvenirs

Un maître-horloger égrène ses souvenirs - Souvenirs
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Fils, petit-fils et arrière-petit-fils d'horlogers, Jean-Claude Nicolet évoque ses souvenirs de maître-horloger avec en filigrane les grands bouleversements qui ont marqué l'histoire des garde-temps

A l'image du titre de son ouvrage «Miettes de vie» (Editions Mon Village), Le Chaux-de-Fonnier Jean-Claude Nicolet ne prétend pas refaire l'histoire. Le ton n'est jamais didactique, l'esprit nullement académique. Cet ancien horloger-rhabilleur partage avec le lecteur les petites histoires d'autrefois. Qu'il évoque la légende de Daniel-Jean Richard, les frasques d'un grand patron de l'horlogerie ou le dur quotidien des ouvriers jurassiens, le récit reste merveilleusement anecdotique. Certes, le livre de Jean-Claude Nicolet porte essentiellement sur les Montagnes neuchâteloises et la vallée de Joux où il a passé toute son existence. Mais l'auteur aurait eu des anecdotes tout aussi savoureuses à conter sur le vallon de Saint-Imier et Bienne, où là aussi l'industrie des garde-temps a façonné la vie quotidienne durant les derniers siècles. Un monde qui, contrairement à l'univers paysan, n'a pas inspiré une littérature spécifique. Le témoignage de Jean-Claude Nicolet n'en est que plus précieux.

«Les crises font partie de l'histoire»
Le Musée Neuhaus vient d'inaugurer une toute nouvelle exposition permanente dédiée à l'industrie locale. C'est donc dans ces lieux recelant les merveilles de l'horlogerie biennoise que nous avons invité notre Chaux-de-Fonnier à une interview à bâtons rompus. Entretien en forme de visite commentée.

Un destin commun
L'horlogerie unit dans un destin commun l'ensemble des localités de l'Arc jurassien, c'est là le premier constat qui s'impose au fil du parcours du Musée Neuhaus. Ainsi, Bienne est aujourd'hui l'une des métropoles horlogères les plus importantes. Mais au 18e siècle, l'horlogerie disparut presque complètement, et ce n'est que dans la seconde moitié du 19e que la Cité seelandaise devint véritablement une ville horlogère grâce notamment à l'arrivée de nombreux Chaux-de-Fonniers telle la dynastie Brandt d'Omega.

Jean-Claude Nicolet: «Il me semble que les crises économiques ont toujours fait partie du paysage horloger et de la vie de mes ancêtres. En 1870 et 1880, la concurrence américaine due à la mécanisation et à la standardisation ont causé la perte de maintes enseignes renommées. Ensuite, 1920 marque la disparition rapide de la montre de poche au profit de la montre-bracelet. En 1930 et 1937, la grande crise mondiale ainsi que l'apparition de la montre étanche et de la montre automatique firent le bonheur de Rolex et le malheur de beaucoup d'autres. Et vers les années 1960, ce fut la révolution du quartz qui secoua le monde horloger, entraînant la disparition de 60 000 places de travail en Suisse.

»En 1921, mon père comme maints horlogers neuchâtelois, a dû quitter les Ponts-de-Martel pour aller travailler dans la vallée de Joux. De retour au pays, il fut à nouveau au chômage en 1932. Pour survivre, avec ma mère alors enceinte, ils devaient faire de la tourbe pour un grand-oncle; ils gagnaient à eux deux 5 fr. par jour. L'horlogerie est un merveilleux métier quand les affaires marchent, mais en période de chômage, la vie devient vite misérable.»

Merci la France
«J'ai promis que je roulerais dans une voiture française jusqu'à ma mort, lance Jean-Claude Nicolet. Sans les élèves français. on aurait dû fermer l'Ecole d'horlogerie. De 1974 à 1984, je n'avais plus un seul Suisse, tout le monde pensait que le quartz allait tuer la montre mécanique... Et aujourd'hui, mes anciens élèves occupent des postes clés dans les entreprises les plus prestigieuses.»

Un credo payant
Jean-Claude Nicolet devant l'une des vitrines abritant la collection de montres Rolex, prêtée au Musée par l'ancien patron de la manufacture biennoise, Harry Borer: «Il faut rendre justice à Rolex qui n'a cessé de croire à la montre mécanique, alors que tout le monde ne jurait que par le quartz. C'est également Rolex qui a lancé les premières montres étanches en 1927, puis les montres-bracelets automatiques en 1932. A l'époque, c'était quelque chose de fantastique.»

L'avenir
Jean-Claude Nicolet: «L'avenir est incontestablement dans la montre mécanique haut de gamme, c'est le seul segment qui, pour l'instant, reste difficilement délocalisable en Asie ou ailleurs. Mais l'industrie haut de gamme produit d'énormes bénéfices sur un nombre de pièces dangereusement réduit...»

Rêves d'inventeur
«J'ai toujours cherché l'extrême simplicité. J'ai élaboré la pendule la plus simple du monde comprenant aucun engrenage et une seule roue. De même, j'ai fabriqué une pendule avec 20 complications, mais c'était la montre compliquée la plus simple possible...»

«Miettes de vie, souvenirs d'un maître-horloger» par J.-Cl. Nicolet, Ed. Mon Village Sainte-Croix.