Le SIHH ouvre aujourd'hui ses portes à Palexpo. Or, dans une période dominée par la crise économique, la fréquentation devrait reculer d'environ 15%.
Pierre-Yves Frei
Tribune de Genève - 19 janvier 2009
Du luxe en veux-tu en voilà! Avec peut-être moins d'apparat que l'année dernière. Il s'agit de se concentrer sur l'essentiel en ces temps de crise et de réduction de voilure: le produit, ou plutôt les produits. £
Le Salon international de la haute horlogerie 2009 ouvre aujourd'hui ses portes à Palexpo, et pour une semaine. Comme d'ordinaire, le simple quidam n'y est pas convié. La manifestation s'adresse aux VIP et aux professionnels. Le très haut luxe s'entoure volontiers d'un voile d'exclusivité et de mystère.
«Au niveau des clients, nous imaginons une baisse de fréquentation d'environ 15%, reconnaît Fabienne Lupo, présidente de la Fondation de haute horlogerie. Le changement de date de notre salon cette année et la crise l'expliquent. Mais cela laissera plus de temps aux marques et à leurs clients pour avoir des contacts de qualité.»
Exportation en baisse
Ce luxe que l'on dit volontiers anticyclique peine tout de même en ce moment. Les exportations suisses de montres au mois de novembre ont fléchi de 15,3% par rapport à la même période une année plus tôt, pour s'établir à 1,5 milliard de francs. Ces statistiques ont apporté de l'eau au moulin de ceux qui, conscients de la gravité de la crise, excluent que le luxe en sorte indemne. A voir. Car si les modèles compris entre 500 et 3000 francs, ont subi en novembre un recul de 30%, ceux qui se trouvent au-delà de cette fourchette n'ont enregistré eux qu'une faible chute de 5,4%.
C'est typiquement sur ce dernier segment que table depuis 1991 le Salon de la haute horlogerie, où se côtoient un petit cercle de marques, 17 en tout, pour la plupart aux mains du groupe Richemont. C'est en ce sens que ce salon fera véritablement figure de test. Il permettra de voir si le haut luxe plie moins que les autres segments sous la tempête économique.
Rien n'est moins sûr. Dans le domaine de la joaillerie, les premiers signes ne sont guère encourageants. Le groupe Tiffany Co, deuxième détaillant au monde sur ce segment, a révélé le 14 janvier dernier que les très attendues ventes de Noël n'avaient pas connu le rebond tant espéré. Les revenus engrangés entre le 1er novembre et le 31 décembre se sont établis à 690 millions de francs suisses contre 870 un an plus tôt.
«Le luxe subit sans aucun doute l'actuelle mauvaise conjoncture, lance Alessandro Migliorini, analyste chez Helvea. On le voit dans tous les domaines et l'horlogerie n'y échappe pas. Le premier semestre 2009 sera assez sévère. Et des victimes ne sont pas à exclure surtout si elles ont principalement misé sur le marché américain, très atteint.»
Le Moyen-Orient résiste
Contacté par la Tribune de Genève et interrogé sur le comportement de ses ventes à Noël, le groupe Richemont a préféré ne rien en dire pour l'instant. L'information ne sera révélée qu'aujourd'hui. Mais selon six analystes contactés par l'agence Bloomberg, le groupe Richemont pourrait annoncer que ses ventes de Noël ont stagné pour la première fois en quatre ans.
Quant à un redémarrage en ce début de 2009, il est peu probable. La crise est globale et même les pays émergents en souffrent. Il n'y a guère que le Moyen-Orient, seule région vers laquelle les exportations de novembre avaient connu une forte progression (18,3%), qui pourrait atténuer le choc.
Nul doute que le haut luxe retrouvera un jour ses couleurs. Et ses fastes. Mais en attendant, la nouvelle édition du SIHH se parera d'une certaine sobriété.
Tribune de Genève - 19 janvier 2009

© Pierre Abensur / L'édition 2009 du SIHH se parera d'une certaine sobriété.
Du luxe en veux-tu en voilà! Avec peut-être moins d'apparat que l'année dernière. Il s'agit de se concentrer sur l'essentiel en ces temps de crise et de réduction de voilure: le produit, ou plutôt les produits. £
Le Salon international de la haute horlogerie 2009 ouvre aujourd'hui ses portes à Palexpo, et pour une semaine. Comme d'ordinaire, le simple quidam n'y est pas convié. La manifestation s'adresse aux VIP et aux professionnels. Le très haut luxe s'entoure volontiers d'un voile d'exclusivité et de mystère.
«Au niveau des clients, nous imaginons une baisse de fréquentation d'environ 15%, reconnaît Fabienne Lupo, présidente de la Fondation de haute horlogerie. Le changement de date de notre salon cette année et la crise l'expliquent. Mais cela laissera plus de temps aux marques et à leurs clients pour avoir des contacts de qualité.»
Exportation en baisse
Ce luxe que l'on dit volontiers anticyclique peine tout de même en ce moment. Les exportations suisses de montres au mois de novembre ont fléchi de 15,3% par rapport à la même période une année plus tôt, pour s'établir à 1,5 milliard de francs. Ces statistiques ont apporté de l'eau au moulin de ceux qui, conscients de la gravité de la crise, excluent que le luxe en sorte indemne. A voir. Car si les modèles compris entre 500 et 3000 francs, ont subi en novembre un recul de 30%, ceux qui se trouvent au-delà de cette fourchette n'ont enregistré eux qu'une faible chute de 5,4%.
C'est typiquement sur ce dernier segment que table depuis 1991 le Salon de la haute horlogerie, où se côtoient un petit cercle de marques, 17 en tout, pour la plupart aux mains du groupe Richemont. C'est en ce sens que ce salon fera véritablement figure de test. Il permettra de voir si le haut luxe plie moins que les autres segments sous la tempête économique.
Rien n'est moins sûr. Dans le domaine de la joaillerie, les premiers signes ne sont guère encourageants. Le groupe Tiffany Co, deuxième détaillant au monde sur ce segment, a révélé le 14 janvier dernier que les très attendues ventes de Noël n'avaient pas connu le rebond tant espéré. Les revenus engrangés entre le 1er novembre et le 31 décembre se sont établis à 690 millions de francs suisses contre 870 un an plus tôt.
«Le luxe subit sans aucun doute l'actuelle mauvaise conjoncture, lance Alessandro Migliorini, analyste chez Helvea. On le voit dans tous les domaines et l'horlogerie n'y échappe pas. Le premier semestre 2009 sera assez sévère. Et des victimes ne sont pas à exclure surtout si elles ont principalement misé sur le marché américain, très atteint.»
Le Moyen-Orient résiste
Contacté par la Tribune de Genève et interrogé sur le comportement de ses ventes à Noël, le groupe Richemont a préféré ne rien en dire pour l'instant. L'information ne sera révélée qu'aujourd'hui. Mais selon six analystes contactés par l'agence Bloomberg, le groupe Richemont pourrait annoncer que ses ventes de Noël ont stagné pour la première fois en quatre ans.
Quant à un redémarrage en ce début de 2009, il est peu probable. La crise est globale et même les pays émergents en souffrent. Il n'y a guère que le Moyen-Orient, seule région vers laquelle les exportations de novembre avaient connu une forte progression (18,3%), qui pourrait atténuer le choc.
Nul doute que le haut luxe retrouvera un jour ses couleurs. Et ses fastes. Mais en attendant, la nouvelle édition du SIHH se parera d'une certaine sobriété.