Gold'Or - Avril 2011 Fabrice Eschmann
«Après notre semaine de présentation à Genève en janvier, on ne pensait pas aller à Bâle. Mais beaucoup de monde a souhaité nous y voir. Alors on s'est trouvé un endroit!» Thomas Meyer, CEO de la toute jeune marque Manufacture Rodolphe Cattin, paraît soulagé en lâchant ces mots. Soulagé d'avoir dégoté un local, en face de Baselworld juste de l'autre côté de la route – «il restait quelques places dans l'enceinte de la foire, mais très mal placées»; soulagé surtout de l'accueil réservé à ses montres, dessinées par le designer Rodolphe Cattin qui avait, en octobre 2009, claqué la porte du groupe Franck Muller. Associés au sein de cette nouvelle marque, les deux hommes n'ont pas ménagé leurs efforts pour la mettre sur pieds.

Arrivé à l'horlogerie par passion, Thomas Meyer a un parcours atypique: «J'ai fait du commerce de bois tropicaux pendant de nombreuses années, explique-t-il. Mais je me suis rendu compte que c'était un domaine qui n'avait pas d'avenir.» En 2004, il entre alors chez Aquanautic, marque genevoise créée en 2002, afin d'y développer les marchés. Puis il intègre Bertolucci à Marin, où il prend le poste de directeur commercial. Une fonction qu'il n'assurera que huit mois avant de revenir chez Aquanautic, comme directeur général cette fois. Il y restera jusqu'en 2009.
Un routard de l'horlogerie
Rodolphe Cattin est quant à lui un vieux routard de l'horlogerie. Natif de Porrentruy, le designer s'est fait connaître chez Longines dès 1984, où ses trois célèbres collections «Rodolphe by Longines » ont été à chaque fois écoulées à plus de 60'000 exemplaires. Reprenant sa liberté, il lance en 1996 sa propre griffe, laquelle est rachetée en 2005 par le groupe Franck Muller basé à Genthod, près de Genève. Groupe qu'il quitte avec fracas en 2009, accusant ses propriétaires de délaisser la marque.

Thomas Meyer et Rodolphe Cattin se sont rencontrés au JCK Show de Las Vegas il y a six ans. «Nous sommes toujours restés en contact, raconte le premier. Lorsque, début 2010, je recroise Rodolphe et lui expose mon envie de faire des montres, il me fait part à son tour de son intention de recréer une marque. Des amis communs, distributeurs, nous encouragent alors à nous lancer ensemble. Ça a été l'étincelle!»
Deux décisions sont rapidement prises : créer une marque complète, avec plusieurs collections et de véritables profondeurs de gammes ; et consulter l'avis des marchés avant de se lancer dans la production. «De janvier à avril 2010, nous n'avons fait que ça, poursuit Thomas Meyer. Avec mon expérience des marchés internationaux, nous avons approché une dizaine de distributeurs et de détaillants clés à travers le monde. Il en est ressorti une vraie demande pour les montres femmes.»
Une marque pour les femmes
La niche est définie. Les dessins sont peaufinés et les prototypes réalisés durant l'été. Au lancement officiel en décembre, Manufacture Rodolphe Cattin présente déjà une quarantaine de modèles dans cinq collections : deux pour femmes (Adore et Utopia), trois pour hommes (Vision One, Witness et Tempovision). «Nous faisons 60% de montres femmes, précise le CEO. Ce ne sont pas des montres hommes réduites et serties, mais de vraies pièces dessinées pour la gente féminine.»

La création, le suivi et la commercialisation sont assurés par les deux associés. La réalisation des montres est quant à elle confiée à des sous-traitants de La Chaux-de-Fonds et environs. Les mouvements à quartz sont fournis par Soprod, les mouvements mécaniques viennent de la société Concepto. « Nous n'avons jamais cherché à cacher cela, souligne Thomas Meyer. Le terme «Manufacture» qui figure dans le nom de notre marque se veut un hommage à l'organisation industrielle de La Chaux-de-Fonds vers 1900, quand la ville entière était une grande manufacture!»
Les prix s'échelonnent entre 2'000 et 30'000 francs, avec des sommets à 200'000 pour certains tourbillons. Les premières livraisons sont prévues pour mars 2011. Les deux associés espèrent produire 1'500 pièces cette année, 2'500 l'an prochain et 3'000 en 2013.
BIPH
