L'ex-président exécutif de Jaquet Droz doit lui donner un nouveau souffle.
L'Agefi - 10 décembre 2009
Bastien Buss

Manuel Emch. DR
La société horlogère Romain Jerome (RJ Watches) veut tirer un trait sur «le cataclysme» qui l'a ébranlée cet été. Pour poursuivre son épopée sur de nouvelles bases, l'entreprise a recruté Manuel Emch, ancien CEO de Jaquet Droz, marque appartenant au Swatch Group. Au sein de l'entreprise basée à Genève, des désaccords très profonds entre le conseil d'administration et la direction avaient conduit cet été au licenciement de l'ex-CEO Yvan Arpa et de quatre autres employés, proches du directeur général. Les raisons précises de ce congédiement n'ont jamais été officialisées. Et ce n'est pas hier, lors de la cérémonie d'annonce devant la presse de l'arrivée de Manuel Emch, que davantage de clarté a été fournie. Il a simplement été précisé que différentes procédures judiciaires étaient toujours en cours. Le 29 septembre, la Cour de Justice de Genève avait notamment indiqué qu'Yvan Arpa n'avait pas commis de faute ni de déloyauté à l'égard de son ancien employeur. Un feuilleton juridique qui ne fait donc que débuter.
Pour bon nombre d'observateurs, le succès de Romain Jerome Watches était pourtant étroitement lié à son ancien CEO. Il avait mené cette marque jeune et déficitaire sur les devants de la scène horlogère, notamment avec sa collection baptisée en toute humilité «légendes ». La montre Titanic ADN, dont le boîtier contenait d'authentiques fragments du mythique paquebot, n'avait en effet pas laissé indifférent, en bien ou en mal d'ailleurs. Sous l'ère Arpa, c'est en outre un réseau de quelque 150 points de vente qui avait été mis en place et la société, en mains d'une entité d'investissement sous la houlette du prince saoudien Fahd Al Saoud, réalisait - avant-crise - un chiffre d'affaires de quelque 20 millions de francs, avec une dizaine d'employés. La société n'a voulu ni confirmer ni infirmer ces chiffres, révélés à l'automne par Yvan Arpa. Toujours est-il que l'entreprise a affirmé que ce contentieux n'avait eu aucune répercussion sur ses ventes. Comme il est désormais de coutume dans le monde horloger, elle a déclaré accuser cette année un recul de ses activités «moins important que la moyenne du secteur». Mais là ne réside pas l'essentiel. Malgré ce contexte troublé, pour Manuel Emch, reprendre le sceptre de cette société «constitue un nouveau défi très intéressant à relever ». Il prendra ses nouvelles fonctions le 1er janvier 2010. CEO aguerri et designer reconnu, avec un track record impressionnant à moins de quarante ans, l'ancien membre de la direction élargie du Swatch Group, numéro un mondial de l'horlogerie, a exposé son intention de poursuivre une stratégie basée sur la philosophie «des légendes», tout en explorant ce concept via de nouvelles pistes. Il a toutefois concédé que tous les éléments stratégiques n'étaient pas encore en place.
«Le conseil d'administration a de réelles ambitions et les moyens d'y parvenir. Des investissements considérables seront effectués», a indiqué François Tissot, membre du conseil d'administration et par ailleurs ancien directeur général de Chopard, sans donner de détail à ce propos. Manuel Emch avait passé huit ans à la tête de l'horloger Jaquet Droz, le transformant en une entité à la croissance stratosphérique. L'an passé, la société avait ainsi écoulé quelque 2500 montres, pour un chiffre d'affaires, selon nos estimations, de 45 millions de francs. C'est-à-dire 50 fois supérieur à celui d'il y a dix ans. Un succès que Manuel Emch tentera de réitérer. En terres genevoises cette fois-ci et dans une structure indépendante. Pour sa part, Yvan Arpa s'est lancé récemment un nouveau défi horloger, avec la marque Black Belt, qui s'inspire de l'univers du karaté.
