La rouille comme concept inoxydable

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Chaque montre «Titanic-DNA» de Romain Jerome témoigne de la légende du transatlantique géant éventré par un iceberg. Il fallait oser le concept hérétique d'oxydation dans une horlogerie suisse qui ne jure que par le poli bloqué..

Chaque montre «Titanic-DNA» de Romain Jerome témoigne de la légende du transatlantique géant éventré par un iceberg. Il fallait oser le concept hérétique d'oxydation dans une horlogerie suisse qui ne jure que par le poli bloqué..

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Montre «Titanic-DNA» de Romain Jerome en acier et titane avec lunette en acier oxydé stabilisé et cadran noir, sur bracelet en caoutchouc noir. Etanche à 50 mètres. Fond avec médaillon gravé personnalisable. Mouvement mécanique à remontage automatique. Série limitée à 2012 pièces.

D'abord, un choc visuel. Une montre ronde, mais pas du tout comme les autres: une lunette pas très… nette, c'est-à-dire oxydée, ce qui serait une abomination horlogère s'il ne s'agissait d'une transgression parfaitement assumée et ajustée à l'objet de la montre; des griffes-ergots massives, presque «industrielles», pour caler cette lunette; un cadran qui ne semble pas… terminé, mais dont on s'aperçoit qu'il est comme couvert d'une pulvérisation charbonneuse; des vissages apparents, aussi «techniques » que la couronne de remontage; des aiguilles elles aussi très spéciales; une alliance de matériaux inhabituels…
La montre «Titanic-DNA» de Romain Jerome (Titanic pour le célèbre transatlantique naufragé en 1912, et DNA pour ADN, acronyme devenu synonyme d'hérédité génétique) cumule ainsi les marqueurs esthétiques et les références culturelles. On découvre que l'acier oxydé a été «imbibé» de fragments métalliques de la coque du Titanic, remontés à la surface par ceux qui ont découvert l'épave au large de Terre- Neuve. Cette fusion s'est opérée au chantier naval Harland Wolff de Belfast (Irlande), qui avait construit le premier Titanic et qui lancera en 1912 un Titanic II promis à de belles tempêtes médiatiques. On réalise aussi que le cadran, noir mat, contient effectivement des poussières du charbon retiré des soutes mêmes du Titanic, par 3840 mètres de fond. On comprend alors mieux les choix stylistiques de Romain Jerome: le rétrofuturisme des lignes du boîtier massif, à mi-chemin entre Jules Verne et Blade Runner, la qualité horlogère (mouvement de la manufacture Lajoux-Perret) mariée à l'obsolescence techno-industrielle de la lunette oxydée (une première dans l'industrie horlogère). Le pont jeté entre l'allure Belle Epoque et les canons du goût horloger contemporain. Soit un vrai «concept»; assez fort pour être décrié, mais capable de susciter l'émotion des amateurs, qui ont immédiatement préempté cette série limitée (2012 pièces, par référence au Titanic II lancé en 1912). C'est ainsi que la rouille s'est trouvée élevée du rang de peste indésirable au rang de symbole adorable d'un nouvel art du temps.
Cette oxydation donnera à chaque pièce sa personnalité propre. Comme le Mémento Mori des anciens cadrans solaires, la rouille rappellera à chaque porteur de «Titanic- DNA» la vanité de ses vanités horlogères et l'usure fatale du temps. Nous venons peut-être d'assister à la naissance de la première montre… «philosophique»!

Faire de la rouille une oeuvre d'art: provocation ou inspiration?
Une inspiration tirée de l'art contemporain qui, à travers ses diverses représentations de l'éphémère, voit en la rouille – matière vivante qui s'oxyde au fil du temps – le symbole absolu du temps qui passe. Un brin de provocation, puisque cette rouille est le fruit défendu de l'horlogerie, qui la combat depuis des siècles!

Quel est l'ADN esthétique de cette montre?
Le design des pièces de la collection «Titanic-DNA» a été pensé autour du Titanic. Au-delà de la lunette en acier oxydée et des poussières de charbon du cadran (éléments issus du navire), les aiguilles prennent la forme de l'ancre du paquebot. Le design de la petite seconde à 9 h rappelle les compteurs des machines à vapeur. Pour le tourbillon, les différents niveaux du cadran ont été imaginés à partir des ponts du navire. Typographie, formes rondes, céramique, or, platine: autant de symboles pour rappeler les goûts de la Belle Epoque.

Quelle autre légende après le Titanic?
Le Titanic est incontestablement la plus grande légende maritime. La prochaine légende sera très célèbre, si ce n'est la plus renommée dans son univers. Nous l'avons pensée luxueuse, limitée et inaccessible. Elle apportera des nouvelles matières à l'horlogerie, ainsi qu'une vision très créative…

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Le Titanic, dans toute sa splendeur… éphémère.

Grégory Pons

 

Tribune des Arts - No358- Février 2008