Les boutiques horlogères ayant pignon sur la célèbre rue ont réalisé un important volume de ventes cet été. Les Chinois l'arpentent en continu, et ne poussent pas la curiosité au-delà.
WORLDTEMPUS – 13 août 2010
Louis Nardin
Les détaillants présents sur la rue du Rhône sont radieux, ceux situés hors de ce couloir du luxe n'affichent pas le même enthousiasme. L'été touchant à sa fin, les boutiques d'horlogerie genevoises commencent à tirer les premiers bilans d'une saison estivale qui s'est avérée très profitable pour la plupart. Les marques établies ont été clairement plébiscitées, en particulier des touristes chinois venus en nombre et des acheteurs locaux qui renouent avec leurs envies de belles montres.
Succès des marques établies«L'été 2009 s'était déjà avéré profitable, celui-ci l'a été encore plus, s'exclame Beat Dreier, directeur de la boutique Gübelin sise au croisement de la rue du Rhône et de la place du Molard, un lieu stratégique. Nous avons noté une forte hausse de la fréquentation, en particulier de touristes chinois. Ces derniers raffolent des marques connues qui sont de loin nos meilleures ventes.» Les Patek Philippe, Breguet, Jaeger-Lecoultre, Omega ou encore Longines trouvent ainsi facilement grâce aux yeux de la clientèle asiatique. «Les acheteurs locaux se font aussi plus présents, note le directeur. Au final, cela se traduit par un chiffre d'affaires en forte croissance.»
A à la boutique Les Ambassadeurs, toujours à la rue du Rhône, le directeur Pierre Jacques relève les mêmes points, pour le même résultat. «Nous notons une forte hausse des ventes, grâce notamment à la clientèle chinoise qui achète des pièces d'entrée de gamme aussi bien que des montres d'exception. Par ailleurs, on constate auprès de la clientèle locale une forte croissance de l'intérêt pour les marques possédant une histoire et une légitimité fortes, grâce leur puissance symbolique incarnant un certain statut. Les Russes comme les ressortissants du Moyen-Orient restent présents mais sont devenus moins actifs qu'auparavant.»
Tourisme profiteurNéanmoins, le ton change quelques rues plus loin. «En 9 ans, je n'ai jamais connu un taux de fréquentation et de ventes aussi faible», regrette Denis Asch, propriétaire de la boutique l'Heure Asch spécialisée dans les marques de niche et située dans une rue piétonne filant vers la vieille ville, la rue de la Cité. S'il constate lui aussi que la clientèle genevoise reprend goût à acheter des montres, il remarque également qu'elle prend désormais plus de temps pour se décider. Quant aux touristes étrangers, peu d'entre eux s'arrêtent pour passer la porte. La rue du Rhône et son aura internationale semblant dominer clairement les esprits. Mais un facteur nouveau expliquerait cette baisse.«Un autre phénomène se renforce, poursuit le détaillant. Pour les pièces plus exceptionnelles et valant souvent plusieurs dizaines de milliers de francs, la concurrence internationale s'est durcie. Parmi ce genre d'acheteurs, qui voyagent beaucoup, certains viennent s'informer ici mais réalisent leurs achats chez des détaillants étrangers pratiquants souvent des rabais importants, une conséquence directe de la crise que l'industrie vient de traverser. Le marché s'en trouve faussé et les prix plus difficiles à maintenir.»
Rue doréeLa rue du Rhône capte-elle donc l'essentiel du commerce de montres de luxe genevois? L'enchaînement unique au monde des plus grands noms horlogers se succédant tout le long plaide dans ce sens. Le prix des pas-de-porte ou des loyers, qui peuvent atteindre des centaines de milliers de francs par mois, prouvent que le volume de ventes réalisé sur à peine plus de 200 mètres atteint des montants colossaux et chiffrables en dizaines de millions mensuellement. Les commerçants concernés restant d'une discrétion totale sur les montants, restent des estimations.
«La rue du Rhône jouit d'une notoriété naturelle, renchérit Philippe Vignon, directeur de l'Office du tourisme de Genève. Nous parlons évidemment de l'horlogerie dans nos messages promotionnels mais sous un angle global. Et pour des renseignements concernant des points de vente, nous mentionnons tout au plus que de la rive gauche de la ville héberge un certain nombre d'enseignes. La configuration de la rue du Rhône avec son nombre impressionnant de boutiques et sa réputation internationale font l'essentiel du travail.»
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