Les plus belles heures d'une complication majeure.
Revolution #3- Mars 2009
Jack Forster

Grande sonnerie phase de Lune de Daniel Roth © Daniel Roth
Le terme de sonnerie s'applique à un mécanisme horloger qui délivre une indication sonore de l'heure « en passant » - une expression familière également aux joueurs d'échecs qui ont un jour ou l'autre réduit à néant les espoirs d'un adversaire malchanceux en réalisant la prise du même nom. dans leur principe, la répétition minutes et la sonnerie diffèrent par leur manière de rendre compte de l'heure : la première délivre cette indication à la demande alors que la seconde le fait automatiquement, au passage des heures et des quarts. La grande sonnerie indique les heures pleines ainsi que les heures et les quarts à chaque quart alors que la petite sonnerie frappe les heures et uniquement les quarts à chaque quart d'heure. il existe encore des modèles qui se limitent à sonner les heures en passant.
Les garde-temps à sonnerie connurent une avancée décisive au cours du xViie siècle avec le développement d'un mécanisme de râteaux - le même système de sonnerie encore utilisé de nos jours sur les répétitions. il repose sur la présence d'une série de limaçons rotatifs qui permettent à un jeu de râteaux pour les heures et les quarts de tomber sur un échelon, à une distance qui correspond à l'heure et au quart corrects en fonction de la rotation des limaçons. L'intégration simultanée d'un rouage de répétition et d'un rouage de sonnerie en passant donne naissance à une montre grande et petite sonnerie répétition minutes – un garde-temps qui sonne les heures et les quarts en passant ainsi que les heures, les quarts et les minutes à la demande. La combinaison de ces deux complications dans un seul mécanisme horloger incarne probablement le plus haut degré de développement de chacune de ces complications, de sorte que le lecteur ne sera guère surpris d'apprendre que les montres qui associent les fonctions répétition et sonnerie se caractérisent par leur singulière rareté.
La première tentative couronnée de succès pour associer une répétition minutes et une sonnerie dans une montre-bracelet est l'oeuvre de philippe dufour, qui a présenté sa Grande et petite sonnerie Répétition minutes en 1992. cette création incarnait alors l'apothéose de la complexité horlogère et musicale. si la sonnerie dufour a connu quelques modifi cations depuis ses débuts, elle demeure un véritable tour de force et continue de représenter un sommet de l'approche classique dans la conception des mécanismes de sonnerie.
Contrairement à la répétition, une montre à grande ou petite sonnerie doit disposer d'un ressort qui ne se remonte pas uniquement à la demande, mais demeure en quelque sorte préarmé afi n de pouvoir sonner automatiquement les heures et les quarts. comme le ressort du mécanisme de la sonnerie doit conserver une réserve suffi sante pour sonner en passant tout au long de la journée, il possède des dimensions notablement plus importantes que le ressort d'une répétition. L'espace supplémentaire requis dans une montre à sonnerie par la présence d'un second barillet constitue encore le défi le plus important que les créateurs horlogers doivent relever dans la conception architecturale du mouvement.

S'il est considéré à juste titre comme le premier horloger à être parvenu à réaliser une telle montre, dufour a rapidement assisté à l'éclosion de réalisations concurrentes au cours des années suivantes. en 1997, audemars piguet, en collaboration avec Renaud & papi, son spécialiste attitré des complications, a présenté sa propre Grande et petite sonnerie Répétition minutes, qui possédait trois marteaux et trois timbres, ce qui lui permettait en outre d'arborer la glorieuse épithète de carillon. si en musicologie un carillon est un ensemble d'au moins 23 cloches accordées capables de jouer des mélodies au moyen d'un clavier relié à des battants, ce terme désigne plus simplement en horlogerie toute montre qui comporte plus de deux timbres.
Ce garde-temps original d'audemars piguet a été suivi par une création encore plus complexe, baptisée du nom de Grande et petite sonnerie Répétition minutes carillon, Réserve de sonnerie et dynamographe, qui a plaisamment fait dire au journaliste horloger carlos perez dans un article paru en 2001 qu'elle était “ aussi connue pour être la montre qui possédait le nom le plus long du monde ”. en dépit de sa nomenclature particulière, la GpsRmcRsd (ah, l'horrible commodité des acronymes !) était une merveille de technique, car elle ne comprenait pas seulement tout le spectre des complications de sonnerie, mais également un dynamographe, à savoir un affi chage du couple réel délivré par le barillet (alors que la réserve de marche indique uniquement la durée du temps de fonctionnement résiduel).

En effet, pour qu'une montre conserve sa précision de marche, une énergie suffisante doit être délivrée afin de maintenir les amplitudes du balancier à l'intérieur d'une plage dans laquelle les erreurs d'équilibre sont minimisées. Un couple trop élevé peut entraîner un “ renversement ” du balancier dont la course devient excessive alors qu'un couple trop faible réduira les amplitudes et amplifiera les erreurs d'équilibre. En outre, la montre possédait également un indicateur de réserve de marche pour le rouage de sonnerie, logiquement appelé réserve de sonnerie.
Si Gérald Genta a été considéré comme persona non grata lors de divers salons horlogers helvétiques pour avoir eu l'audace de présenter une luxueuse montre dédiée à Mickey Mouse, il n'en demeure pas moins un pionnier dans la construction de montres à grandes complications. Présentée en 1994, la Sonnerie Gérald Genta n'était pas seulement une montre à grande et petite sonnerie, elle comportait un carillon Westminster avec quatre timbres et marteaux ainsi qu'un tourbillon régulateur et un mouvement automatique. Aujourd'hui, Gérald Genta produit la Octo Grande et Petite Sonnerie, qui intègre un tourbillon, un mouvement automatique et la répétition des minutes à la demande. La marque soeur Daniel Roth possède aussi dans son assortiment une montre automatique grande et petite sonnerie à répétition minutes, également dotée d'un régulateur tourbillon et d'un carillon Westminster – sans oublier un affichage surdimensionné de la phase de lune. La Grande Sonnerie Phase de Lune de Daniel Roth est sans conteste l'une des plus belles et des plus romantiques montres à indication acoustique de l'heure jamais réalisées. Cependant, le porte-étendard du progrès dans le domaine des montres-bracelets à sonnerie demeure François-Paul Journe, qui s'est proposé de créer une grande et petite sonnerie aux propriétés inégalées de pureté et de volume sonore tout en offrant un confort de port et d'utilisation inédit. Son ambition a donné naissance à une montre qui s'accompagnait de dix brevets. La nouvelle création a satisfait aux exigences de l'horloger dans le domaine de la qualité du son tout en restant relativement plate et agréable à ceindre autour de son poignet. Elle comprend un mécanisme de sécurité qui prévient toute tentative de mise à l'heure pendant le fonctionnement du mécanisme de sonnerie, cause fréquente de graves dommages pour les montres à sonnerie. Son boîtier est en acier inoxydable, un matériau dont les propriétés de transmission du son sont généralement reconnues comme supérieures à celles de l'or ou du platine. Pour leur part, les timbres se présentent sous une forme triangulaire avec une section plate rectangulaire qui leur permet d'être disposés directement sous le cadran plutôt que sur la circonférence du mouvement. La montre de Journe peut être réglée pour fonctionner comme une grande sonnerie, une petite sonnerie ou en mode silence. Et si la réserve de marche descend à moins de 24 heures, le rouage de sonnerie est désactivé pour ne pas épuiser la faible énergie résiduelle disponible.

Les Sonneurs d'Heures d'Ulysse Nardin ont signifié la renaissance de l'une des plus délicieuses variations des montres à sonnerie, les jaquemarts. Sur le cadran de la montre, ces automates frappent les heures sur une cloche à l'aide d'un marteau au moment du déclenchement de la sonnerie au passage ou accomplissent d'autres prouesses athlétiques. Même si les Sonneurs d'Heures ne figurent plus à son catalogue, la manufacture continue de faire revivre la tradition des jaquemarts avec la Triple Jaquemart Répétition Minutes. Aucune complication n'est aussi ancienne dans l'histoire de l'horlogerie mécanique que la sonnerie. Alors que les plus grands maîtres horlogers perfectionnent et redéfinissent cette fonction pour l'adapter à l'âge moderne des grandes complications qui s'adressent aux passionnés d'horlogerie, son avenir s'annonce aussi radieux que son passé fut illustre.

Marque