Le secteur a créé 10 000 emplois en cinq ans. Il doit maintenant s'adapter. Jean-Daniel Pasche, président de la FHS, commente.
L'Agefi - 14 avril 2009
Propos recueilis par Bastien Buss
L'horlogerie suisse, malgré Baselworld, se demande toujours à quelle sauce elle sera mangée cette année. Si les Cassandre les plus pessimistes se sont trompées pour le salon horloger, le secteur n'a pas pu entièrement se rassurer. Les résultats dramatiques publiés jeudi par Movado Group, avec un effondrement d'un tiers des ventes au quatrième trimestre (clos à fin janvier), ont encore enfoncé le clou. Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FHS), livre son appréciation de la situation.
L'horlogerie pourrait avoir évité le pire à Baselworld. Votre analyse?
Jean-Daniel Pasche: Effectivement, c'est l'impression générale qui se dégage du salon bâlois. Les marques, réalistes dans leurs prévisions - forcément revues à la baisse -, semblent avoir atteint leurs objectifs. Elles ont été positivement surprises au niveau des commandes. Toujours est-il que 2009 sera une année difficile.
Une commande peut toutefois être annulée…
C'est vrai, mais pourquoi les passer si c'est pour les annuler plus tard?
On dit qu'un mois après le Salon international de la haute horlogerie (SIHH) de Genève (janvier), 50% des commandes sont passées à l'as. Votre avis?
Nous ne disposons pas de ce genre d'informations. Il n'existe pas de statistiques officielles au niveau des commandes et encore moins en ce qui concerne leurs éventuelles annulations.
La grande peur réside aussi au niveau de l'emploi. De nombreuses entreprises réduisent la voilure.
Effectivement, nos membres doivent adapter les effectifs à la marche de leurs affaires. Il faut toutefois préciser que la branche a créé quelque 10.000 emplois ces cinq dernières années, une période incroyable pour l'horlogerie. L'outil de production est clairement formaté pour des années de croissance. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. D'où des besoins d'adaptation. Reste que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Toutes les entreprises ne licencient pas.
Justement, comment expliquer que sur les trois plus grands groupes horlogers suisses, seuls Rolex et Richemont suppriment des emplois, voire licencient, et pas Swatch Group?
Ce n'est pas à la Fédération horlogère de commenter les décisions stratégiques de ses membres. Chaque cas s'avère particulier.
De nombreuses classes de formation ou d'apprentissage ont été ouvertes ces dernières années. Le marasme venu, y a-til aujourd'hui surabondance de l'offre?
Ces initiatives ont été mises en place pour répondre à la demande exponentielle vécue depuis 2003. Au niveau de la formation, il est impératif de travailler sur le long terme. Bientôt, le secteur aura à nouveau besoin de davantage de personnel car le soleil reviendra forcément. Il faut préciser que ces nouveaux arrivants ne débarquent pas tous en même temps sur le marché du travail. Il est donc à même des les absorber et nous ne craignons pas de surabondance à terme. On peut de plus préciser que la crise actuelle n'a en rien réduit l'attractivité de la filière. L'horlogerie attire toujours énormément les jeunes, tant au niveau des métiers techniques que ceux plus académiques.
Le milieu de gamme, toujours le secteur le plus touché?
Cette tendance, déjà observable lors de la forte phase d'expansion, se confirme en période de récession. Cela ne signifie cependant pas que tous les acteurs spécialisés sur ce créneau souffrent.
Vos perspectives pour 2009?
Il nous manque encore les statistiques d'exportations pour le mois de mars. Mais, sur la base des deux premiers mois de l'année, on constate un niveau similaire à 2007. Ce serait bien de finir l'année à ce niveau, soit d'environ 16 milliards de francs d'exportations. Précisons toutefois qu'établir des prévisions fiables s'avère très ardu dans le contexte actuel, caractérisé par le manque de visibilité. Il semble toutefois que le mois de mars ait connu quelques frétillements.
Peut-on dès lors extrapoler que l'emploi va aussi retomber au niveau de 2007, soit une menace pour environ 2000 à 3000 personnes? (les chiffres des effectifs horlogers pour 2008 n'ont pas encore été publiés, ndlr)
Absolument pas. Là aussi, impossible de faire une quelconque prévision. Il faut néanmoins craindre que des emplois soient encore supprimés tant que la reprise n'aura pas sonné.
Propos recueilis par Bastien Buss

L'horlogerie suisse, malgré Baselworld, se demande toujours à quelle sauce elle sera mangée cette année. Si les Cassandre les plus pessimistes se sont trompées pour le salon horloger, le secteur n'a pas pu entièrement se rassurer. Les résultats dramatiques publiés jeudi par Movado Group, avec un effondrement d'un tiers des ventes au quatrième trimestre (clos à fin janvier), ont encore enfoncé le clou. Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FHS), livre son appréciation de la situation.
L'horlogerie pourrait avoir évité le pire à Baselworld. Votre analyse?
Jean-Daniel Pasche: Effectivement, c'est l'impression générale qui se dégage du salon bâlois. Les marques, réalistes dans leurs prévisions - forcément revues à la baisse -, semblent avoir atteint leurs objectifs. Elles ont été positivement surprises au niveau des commandes. Toujours est-il que 2009 sera une année difficile.
Une commande peut toutefois être annulée…
C'est vrai, mais pourquoi les passer si c'est pour les annuler plus tard?
On dit qu'un mois après le Salon international de la haute horlogerie (SIHH) de Genève (janvier), 50% des commandes sont passées à l'as. Votre avis?
Nous ne disposons pas de ce genre d'informations. Il n'existe pas de statistiques officielles au niveau des commandes et encore moins en ce qui concerne leurs éventuelles annulations.
La grande peur réside aussi au niveau de l'emploi. De nombreuses entreprises réduisent la voilure.
Effectivement, nos membres doivent adapter les effectifs à la marche de leurs affaires. Il faut toutefois préciser que la branche a créé quelque 10.000 emplois ces cinq dernières années, une période incroyable pour l'horlogerie. L'outil de production est clairement formaté pour des années de croissance. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. D'où des besoins d'adaptation. Reste que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Toutes les entreprises ne licencient pas.
Justement, comment expliquer que sur les trois plus grands groupes horlogers suisses, seuls Rolex et Richemont suppriment des emplois, voire licencient, et pas Swatch Group?
Ce n'est pas à la Fédération horlogère de commenter les décisions stratégiques de ses membres. Chaque cas s'avère particulier.
De nombreuses classes de formation ou d'apprentissage ont été ouvertes ces dernières années. Le marasme venu, y a-til aujourd'hui surabondance de l'offre?
Ces initiatives ont été mises en place pour répondre à la demande exponentielle vécue depuis 2003. Au niveau de la formation, il est impératif de travailler sur le long terme. Bientôt, le secteur aura à nouveau besoin de davantage de personnel car le soleil reviendra forcément. Il faut préciser que ces nouveaux arrivants ne débarquent pas tous en même temps sur le marché du travail. Il est donc à même des les absorber et nous ne craignons pas de surabondance à terme. On peut de plus préciser que la crise actuelle n'a en rien réduit l'attractivité de la filière. L'horlogerie attire toujours énormément les jeunes, tant au niveau des métiers techniques que ceux plus académiques.
Le milieu de gamme, toujours le secteur le plus touché?
Cette tendance, déjà observable lors de la forte phase d'expansion, se confirme en période de récession. Cela ne signifie cependant pas que tous les acteurs spécialisés sur ce créneau souffrent.
Vos perspectives pour 2009?
Il nous manque encore les statistiques d'exportations pour le mois de mars. Mais, sur la base des deux premiers mois de l'année, on constate un niveau similaire à 2007. Ce serait bien de finir l'année à ce niveau, soit d'environ 16 milliards de francs d'exportations. Précisons toutefois qu'établir des prévisions fiables s'avère très ardu dans le contexte actuel, caractérisé par le manque de visibilité. Il semble toutefois que le mois de mars ait connu quelques frétillements.
Peut-on dès lors extrapoler que l'emploi va aussi retomber au niveau de 2007, soit une menace pour environ 2000 à 3000 personnes? (les chiffres des effectifs horlogers pour 2008 n'ont pas encore été publiés, ndlr)
Absolument pas. Là aussi, impossible de faire une quelconque prévision. Il faut néanmoins craindre que des emplois soient encore supprimés tant que la reprise n'aura pas sonné.
