En attendant Piazza Affari, Prada impose sa griffe sur un portable
Même les portables s'habillent en Prada. Mais pas n'importe quel portable. Il sera «unique, sophistiqué et élégant», affirme LG Electronics, qui fournit à la célèbre maison milanaise le corps à vêtir. Et où est l'originalité? Puisque Patrizio Bertelli l'a réaffirmé à cette occasion, «comme nous le faisons avec le prêt-à-porter et les accessoires, nous souhaitions réaliser un progrès». Le diable se cache en fait dans «l'interface qui abandonne les claviers traditionnels». Au pays des mille et un «cellulari» et à l'heure du tout griffé, la pub magnifie le portable en accessoire. Et ce modèle devrait défiler en Europe début 2007. Comme Prada pourrait monter sur les podiums de Piazza Affari l'année suivante. En esquissant sa énième version d'une entrée en Bourse, le mari de l'âme créatrice du couple et du groupe, Miuccia Prada, cherche à «garantir les meilleures opportunités de croissance et de développement de la firme pour les années à venir». Que ce projet d'IPO «possible en 2008» se réalise ou pas, le groupe se calque désormais sur le dernier patron dessiné par le CEO, bras financier de la maison. Un plan qui lui a permis de réaliser en 2005 un chiffre d'affaires de 1,33 milliard d'euros (+10%) et un bénéfice net multiplié par cinq à 47 millions.
La réémergence de l'idée d'IPO pourrait aussi être le fruit de la récente prise de participation de 5% de Banca Intesa dans Prada qui procédait alors à une augmentation de capital de 100 millions. Echaudée, Piazza Affari refusait de s'emballer. Des observateurs relevaient toutefois que cette levée de fonds permettrait au couple Bertelli-Prada de financer plus librement l'expansion de leur groupe en forte reprise, mais toujours endetté. Plusieurs banques créditrices, dont Banca Intesa, ont récemment rallongé une ligne de 200 millions à ITMD Investment BV, la holding via laquelle le couple détient Prada, firme fondée en 1913 et évaluée aujourd'hui à 2,75 milliards d'euros. Plus que les portables, bien sûr, ces fonds doivent permettre au groupe, dans un premier temps, de chausser totalement Church's pour mieux marcher à travers un solide réseau de points de vente – eux aussi griffés – vers son cœur de métier, vers ses marques historiques. Cette stratégie de relance redessinée par Patrizio Bertelli – qui a dû décrocher de sa penderie les peu rentables Jil Sander et Helmut Lang – laisse entrevoir «des résultats très satisfaisants, que ce soit au niveau des ventes ou des marges», a-t-il confié à Il sole 24 Ore Ce sexagénaire toscan, fou de voile, au caractère bien trempé n'est pas sans ignorer les effets des vents contraires et autres nuages qui s'amoncellent sur le Made in Italy et ses fleurons, même si la plupart des sociétés de mode ont assaini leur bilan récemment. Un Made in Italy qu'il aimerait voir dépoussiéré. Il n'a ainsi pas hésité à affirmer: «Nous sommes un pays de vieux. Nous sommes à la queue des autres pays.» A Il Sole 24 Ore, il déclarait cet été que «les structures et les procédés industriels de la mode italienne se sont arrêtés dans les années 80». Selon lui, l'Italie n'a pas su s'adapter à l'arrivée des pays émergents. La redistribution géographique des cartes de production ne l'effraie pas. «Aucune société petite ou moyenne ne peut réaliser complètement une chaussure en Italie. Et ceci ne date par d'hier.» Le vrai Made in Italy, selon lui, «c'est le contrôle du savoir-faire» et le vrai risque, «ce ne sont pas les pièces semi-finies faites à l'étranger mais l'exportation du procédé de production». Il parle même de chance à saisir, notamment «si nous faisons bon usage des pays du bassin méditerranéen».
Et en parlant de Méditerranée, avant même les soucis de l'IPO, il y a Valence et la Coupe de l'America. Même si Luna Rossa ne vogue plus sous les seules couleurs de Prada – la touche originale s'appelle, là, Telecom Italia. Outre la voile, Prada rime aussi avec art. Selon le Wall Street Journal, Miuccia se classe 65e des cent personnes les plus influentes dans les galeries. Peut-être qu'en 2008 ou 2009 Patrizio Bertelli figurera, lui, dans le hit-parade des financiers de Piazza Affari, où on reconnaît déjà son originalité.
Anne Gaudard - l'AGEFI