Il n'a que 23 ans lorsqu'il débarque chez Cartier. Le début d'une passion toujours intacte qui l'enverra aux quatre coins du monde, y compris à la rencontre de sa future épouse.

«C'est le sang rouge de Cartier qui coule dans mes veines.» A 43 ans, Christophe Massoni, Directeur général de Cartier pour la Suisse, compte déjà 20 ans de maison. Autant dire que la marque est sa deuxième famille, celle qui l'a vu grandir professionnellement, et pour laquelle il a traversé la planète entière.
Au départ, pourtant, rien ne le prédestinait à une carrière internationale. Né à Lyon de parents enseignants, il ne quitte pas sa ville. «Dans la famille, nous étions très sédentaires, à 18 ans, je n'avais encore jamais voyagé.» A l'exception remarquable de ce petit village corse proche de Calvi, point de départ du mythique sentier de grande randonnée, le GR 20, dont son père est originaire. Enfant, il y passe toutes ses vacances. La Corse, Christophe Massoni en a même conservé l'accent lorsqu'il prononce le nom de son village, Calenzana, et en étire les voyelles dans un sourire gourmand.
Le regard éternellement pétillant, un sourire chaleureux aux lèvres, Christophe Massoni évoque avec bonheur l'importance de ses racines. La Corse lui donne le goût des produits, Lyon celui du sport et de la gastronomie. Il travaille même chez Orsi, un chef étoilé, qui lui fait découvrir toutes les facettes du métier. «Le luxe et la gastronomie, c'est pareil, c'est de l'art, et nous touchons les mêmes clients.»
Entre la gestion et le foot
Etudiant, il s'installe à Paris, dans le très bourgeois XVIe arrondissement. Le luxe déjà? Il éclate de rire: «Le XVIe, oui, mais il n'y avait vraiment que l'adresse, nous partagions un 70 mètres carrés à quatre!» Il retrouve son oncle, propriétaire du Procope, le plus vieux bistrot de Paris, niché dans le VIe arrondissement, et qui était alors le lieu de rendez-vous des Corses de la capitale. Il suit les cours de l'Institut Supérieur de Gestion, qui lui fournit l'occasion de ses premiers déplacements: trois mois de stage à Tokyo, six mois aux Etats-Unis. Pour financer sons séjour, il travaille au pair dans une famille américaine, et arrondit ses fins de mois en jouant comme professionnel dans une équipe de football de San Francisco. «J'étais payé 100 ou 200 dollars par match, je jouais milieu de terrain». A-t-il marqué des buts? «Bien sûr, s'exclame-t-il, j'étais un milieu de terrain offensif!»
Puis vient l'heure des obligations militaires qui marqueront le véritable tournant: plutôt que de rejoindre l'armée, Christophe Massoni opte pour la coopération, une option qui s'offre alors aux Français et qui leur permet de travailler à l'étranger pour le compte d'une entreprise nationale. C'est ainsi qu'il débarque à Hong Kong et rejoint Cartier qu'il ne quittera plus. «Cartier, c'est la plus belle marque du monde», résume-t-il de façon définitive. Nous sommes en 1989, à une époque où les plans marketing se faisaient encore à la machine à écrire, se souvient-il presque incrédule.
Il assume rapidement un rôle de représentant de la marque pour toute la région, se déplaçant en Thaïlande, aux Philippines, en Océanie ou en Nouvelle-Zélande: «C'est toute la magie de cette Maison, offrir cette opportunité à un jeune de 25 ans, dans une zone absolument féérique». Son terrain d'action s'élargit encore, il s'occupe des duty free et suit ses clients jusque sur la côte ouest des Etats-Unis.
A la conquête des postes clefs
Au milieu des années 90, il est de retour à Paris, au siège de la société, où il rencontre Bernard Fornas, l'actuel président de Cartier. Il s'envole ensuite pour le Japon où il restera plusieurs années comme directeur commercial. «C'était – et c'est toujours -un marché incroyable, notre plus gros marché, une référence dans le domaine du luxe.» C'est là aussi qu'il rencontre celle qui deviendra son épouse. «Cartier, c'est plus que mon métier, j'y ai aussi construit ma famille!»
Il traverse ensuite la moitié de la planète, se retrouve à Miami et, pendant trois ans, sillonne l'Amérique latine depuis la Floride. Vice-président de la filiale américaine, il reste aux Etats-Unis jusqu'en 2006.
On lui propose alors la direction suisse. «C'était reprendre un marché emblématique, un challenge qui ne peut pas se refuser avec sa manufacture et ses quelque 1'200 employés. C'était aussi une façon de compléter mon expérience, et de boucler la boucle.» Quand on arrive de Miami, «la Suisse c'est avant tout un choc thermique», mais l'homme réapprend le ski qu'il avait oublié depuis dix ans, et apprécie surtout l'énorme diversité culturelle de cette Genève qu'il habite désormais.
Même si le marché suisse est à maturité, il reste des parts de marché à conquérir, et surtout le défi de la haute horlogerie à relever. «Nous n'en sommes qu'au début de l'histoire, nous voulons devenir incontournables dans ce domaine où nous avons encore des marges de croissance très fortes. Aujourd'hui, tout le monde est capable de faire des pièces compliquées, mais nous réalisons les nôtres avec une énorme créativité», s'enthousiasme le patron de Cartier Suisse qui dévoile ses nouveautés au SIHH.
Christophe Massoni est-il arrivé au bout de ses voyages? Heureux dans la patrie de l'horlogerie, il n'est toutefois pas catégorique: «quand on a mon profil, on ne peut jamais vraiment dire qu'on pose ses valises.»
Marco Cattaneo
Tribune des Arts - Janvier 2009 - No 368
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