Un éléphant peut en cacher un autre et malgré des tentatives de camouflage, le bon vieux pachyderme pointe le bout de la trompe.
D'ailleurs, pourquoi ne pas mettre au grand jour le programme socialiste décidé en 2006 ? A l'heure où le monde joue la carte de la compétitivité, Royal, par l'intermédiaire du député socialiste Montebourg son porte-parole (suspendu un mois pour bourde ou blague de potache) menace d'un « blocus », les pays fiscalement attractifs : Suisse - qualifiée de « voisin indélicat » - Luxembourg, Monaco, Lichtenstein…Parce qu'après une première attaque début janvier, Montebourg, donc Ségolène, persiste et signe. Et Montebourg a été mis au piquet par Royal non pas pour ses incompétences en matière économique et fiscale, mais pour sa mauvaise gaffe !
Guerre contre les pays qui fonctionnent
Un blocus étatique rappelle l'interventionnisme des années 1981-1983 de l'ère Mitterrand, avec ses nationalisations à tout crin et le fameux contrôle des changes initié par le Ministre de l'Economie et du Budget Jacques Delors. A l'époque, tout citoyen français souhaitant passer une frontière pour quelque villégiature devenait un criminel en puissance en emportant une somme modique (environ 3000 FF)… Oui, c'était les réponses d'hier, espérons que ce ne soit pas celles de demain.
Sur la liste des pays à semoncer, il conviendrait d'ajouter la Grande-Bretagne, la Belgique, l'Irlande, la Slovaquie, bref, ceux qui jouent la carte de la modernité pour attirer capitaux, compétences, technologies et par là même en faire bénéficier leurs communautés.
Ségolène Royal, qui comme une grande enseigne de supermarchés bien connue, se présente en « mousquetaire de la (re)distribution », engagée « contre la vie chère » propose la sempiternelle « solution fiscale ». Pas celle qui encourage les capitaux et les compétences à s'installer ou à rester en France, celle qui pénalise, harcèle et pousse au départ. Dans un pays surtaxé, surendetté, avec une balance commerciale déficitaire.
La proposition de Hollande de surtaxer les citoyens qui travaillent et gagnent 4000 euros incite bien sûr lesdits « nantis » à lever le pied pour réduire leurs revenus nets et retomber dans une tranche d'imposition plus favorable. Résultat des courses : pas plus de rentrées fiscales, moins de consommation, moins d'argent en banque pour alimenter les rouages de l'économie ou faire face aux réalités de demain. Une hérésie à une époque où les frais de santé vont continuer d'exploser et la retraite par répartition de se désagréger.
L'idée d'un blocus sent le rance et risque de ne pas faire beaucoup d'émules dans l'Europe des 27.
Aussi, la France pourrait-elle brandir seule l'étendard en lambeaux du protectionnisme étatique. En souhaitant ériger un mur autour des dysfonctionnements politiques et économiques au lieu les affronter, Royal et Hollande semblent bien vouloir nous entraîner dans des batailles perdues.
Les dysfonctionnements français et l'exil des compétences : une vieille traditionMerci à Johnny Hallyday d'avoir allumé le feu et mis le feu aux poudres en soulevant la question de nos dysfonctionnements politiques et économiques. Car ils s'inscrivent dans une vieille tradition.
La chasse aux Huguenots, aux industriels aux « riches »…
Arnaud Montebourg, porte-parole gaffeur, a fait un bref rappel historique en indiquant que les Français se sont exilés en Suisse lors de la Révolution de 1789. Ceci est partiellement vrai. Car la Suisse a dans l'histoire régulièrement accueilli et tiré parti des dysfonctionnements français. La France a continuellement chassé - ou incité au départ - ses élites, ses compétences, son savoir faire et bienheureux furent les voisins en accueillant ces groupes pourchassés ou simplement freinés dans leurs ambitions.
Ainsi, sous Louis XIV, la révocation de l'Edit de Nantes de 1685 a poussé à l'exil 300 000 Huguenots (5% de la population) et la France s'est ainsi débarrassé d'un capital humain, intellectuel, industriel et artisanal hautement compétent.
Ces Huguenots qui étaient des moteurs économiques importants, se sont répartis aux quatre coins du monde, ont exercé leurs talents et enrichi à juste titre leurs nouvelles communautés. Les Huguenots expulsés de France ont apporté à la Suisse l'horlogerie et ont eu un rôle fondamental dans la création des banques. En 300 ans, l'horlogerie suisse s'est illustrée de manière remarquable, a relevé les défis de la globalisation. Côté français, les choix politiques et économiques ont abouti à un résultat qu'il est préférable de ne pas commenter.
Louis Philippe et loi sur les brevets
Sous Louis-Philippe, la France souhaitant protéger l'innovation a adopté en 1844 une loi sur la propriété industrielle qui consistait à protéger le produit fini et non pas son processus de fabrication. Idée forte louable à l'origine. Mais au lieu de favoriser la recherche, cette loi faisait en sorte que l'invention était finalement sclérosée et la compétitivité bloquée. L'idée s'est avérée contra productive et s'est encore soldée par une vague de départs d'industriels qualifiés et de capitaux dans toute l'Europe, dont la Suisse. Le développement de l'industrie chimique en Suisse est d'ailleurs à mettre en relation avec cette loi malencontreuse et bon nombre de scientifiques et d'industriels de haut niveau ont dû quitter, au XIXème siècle déjà, la France pour exercer leurs talents en des contrées plus favorables. Les firmes (suisses) performantes comme Ciba et Sandoz ont au XIXème siècle beaucoup bénéficié des mauvaises conditions politico-économiques en France. Et ce n'est que justice !
Politique fiscale inadaptée : perte de 100 milliards d'euros en 10 ans pour la France
Contrairement à la France, la Suisse et bien d'autres pays ont compris que le harcèlement fiscal du contribuable « moyen supérieur » ou du « riche » n'entraînait pas l'enrichissement du pauvre. Le citoyen helvète sait, même s'il ne gagne que 2500 euros par mois, qu'il n'a rien à gagner en bannissant le nanti, car il bénéficie des retombées économiques d'un pays aux rouages bien huilés. Mais aborder le problème de la fiscalité suisse ne relève pas des compétences françaises, chère Madame Royal, et c'est finalement au peuple suisse de déterminer si faire les yeux doux aux riches étrangers est acceptable et lui est bénéfique. Et les comptes ont d'ailleurs été faits : un riche étranger qui s'installe en Suisse apporte un plus économique évalué à environ 50'000 euros par citoyen helvète. La Suisse réfléchit à doubler le forfait fiscal des étrangers. Aucun problème, elle restera compétitive, attractive tant que la France continuera à matraquer ses moteurs économiques. Dommage que la perte financière ne soit pas chiffrée par citoyen français …
Un quart de l'argent placé à Genève est de l'argent français. Les industriels français, exaspérés, s'installent, notamment pour des raisons fiscales en Suisse ou dans des pays de l'Union (Belgique, Grande-Bretagne, Irlande…).
Alors, qu'est-ce qu'on fait ? On construit un mur de Berlin autour de la France ? On ressuscite les techniques bolcheviques pour empêcher la sortie des compétences et des capitaux ? Ou on repense le système fiscal tout en gérant mieux l'argent public ?
Quoi qu'il en soit, une candidate à la présidentielle française n'a aucune pression à exercer ni de leçon à donner aux pays démocratiques qui fonctionnent ! La Suisse, par exemple, a été considérée en 2006 comme le pays le plus compétitif du monde. Cette démocratie directe, excusez du peu, a un taux de chômage qui avoisine les 3%, les salaires les plus élevés d'Europe (avec une proportion de salaire direct étonnamment haute), un taux de croissance à 2,7%, une forte population immigrée intégrée, une université nettement moins dégradée qu'en France. La Suisse procure également du travail à 100 000 frontaliers français (qui ne rechignent pas à travailler plus pour gagner plus) dont la manne fiscale et les retombées économiques ne sont pas négligeables….
La Suisse travaille, 42 heures par semaine et personne ne semble s'en plaindre beaucoup… La retraite pleine (65 ans) est prise à un âge encore finançable par la communauté. A chacun de s'organiser et de prévoir son départ anticipé en fonction de ses projets de vie. Ce sont des choix politiques et économiques que ne pas vivre au dessus de ses moyens et de ne pas laisser à ses enfants des dettes abyssales.
Qu'on se le dise : le problème de la fiscalité française est un problème franco-français qui doit se traiter intra-muros et ce n'est pas aux voisins de la France qui travaillent et qui gèrent mieux leurs finances de payer la casse du vase de Soissons !
Qui va payer quand tous les « nantis » seront partis ?
La France a de grandes dépenses et de grandes singularités.
Travailler moins pour gagner plus est l'une des gageures dont on voit, maintenant les résultats. La moitié des Français gagnent moins de 1500 euros par mois, la durée d'endettement des ménages prend des proportions inacceptables, les jeunes ne peuvent quitter le nid familial pour voler de leurs propres ailes.
Les Français entrent très tard dans la vie active et la quittent très tôt. Travailler 30 ans et toucher l'argent public pendant 40 ne sera plus finançable très longtemps.
D'ailleurs la France investit davantage dans le nombre de ses fonctionnaires que ses voisins (1 pour 6 habitants alors que la moyenne européenne est de 1 pour 10) et ses régimes spéciaux : sympathiques, mais uniques et chers !
La France a des projets humanitaires généreux puisqu'elle souhaite continuer d'accueillir des populations déshéritées sans garantie d'intégration professionnelle et sociale et l'adoption du droit au logement opposable va occasionner des dépenses dont on n'imagine même pas l'ampleur.
Et pour couronner le tout, la France n'est plus un pays exportateur ! (De grâce, ne pas implorer l'euro fort, les autres pays de l'Union n'exportent pas en monnaie de singe).
Alors finalement, qui va payer la note ? Nos enfants ? Oui, bien sûr, ils héritent déjà d'une dette abyssale dont on ne peut être fier. La France a avec la Suède la fiscalité la plus excessive. La différence avec la Suède, c'est que les finances y sont bien gérées, que le déficit budgétaire et la dette fondent... Trouver l'erreur.
Vu l'ampleur des dégâts, il serait temps de réagir correctement et d'adopter des meures économiques sensées. Au lieu d'encourager au départ nos cerveaux, nos industriels, nos « nantis » et les derniers « sponsors » qui nous restent – Johnny Hallyday ne serait-il pas trop longtemps attardé sur la plage ? – ne serait-il pas plus judicieux d'essayer, par une législation moderne et appropriée, de les maintenir sur place, voire de faire revenir les milliers de moteurs économiques qui ont pris le large, habitent en Suisse, en Irlande, en Grande-Bretagne, en Belgique ou ailleurs ? Il faut faire face aux réalités d'aujourd'hui : on ne peut plus continuer de protéger ses incompétences par des mesures protectionnistes. Sinon, il va falloir s'attaquer à des classes de plus en plus moyennes pour sponsoriser les « grands chantiers », Hollande devra s'en prendre aux nantis à « 3000 » puis à « 2000 » puis à « 1500 »….
Dans l'intérêt de tous, pour dynamiser l'économie et créer de l'emploi (ni fictif ni artificiellement subventionné) il serait grand temps d'adopter une politique fiscale cohérente et faire cesser l'hémorragie.