Malgré les 850 m2 de plus que la manufacture Piaget est en train de gagner, croissance oblige, son directeur n'est pas prêt pour autant d'en avoir la tête qui enfle.
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Grâce à Philippe Léopold-Metzger, l'administrateur délégué de Piaget,
la marque disposera bientôt de 55 boutiques dans le monde.
Il semble plus grand que le mètre quatre-vingt-trois qu'il annonce. Sans doute parce qu'il s'était juré, à l'âge de 50 ans, de ne plus dépasser la barre des 80 kilos, se pliant toutes les semaines aux séances de musculation ou de course à pied. Du coup, Philippe Léopold- Metzger, administrateur délégué de Piaget SA, promène une silhouette élancée d'où émane un étrange mélange de rigueur et de sympathie.
Né à New York en 1954, ce binational franco-américain a vécu alternativement sur l'une et l'autre rive de l'Atlantique. «Ma mère tenait absolument à ce que nous ayons deux passeports, pour que nous puissions choisir où nous allions vivre. A l'époque, c'était innovant d'élever ses enfants comme citoyens du monde.»
Après des études en France, un MBA aux Etats-Unis et un premier job chez American Cyanamid, il entre en 1981 dans l'univers du luxe qu'il ne quittera plus. Il rejoint en effet Cartier où il s'occupe des stylos et briquets, «deux produits que nous fabriquions complètement ». L'heure était déjà à l'intégration, à l'image de Piaget qu'il dirige depuis 1999, et qui est une marque très intégrée: «Nous faisons tout chez nous!». Une maison qu'il rejoint pour la première fois en 1992, comme directeur adjoint. Au cours de ce premier passage, qui durera quatre ans, il donne trois impulsions fondamentales, qui accompagnent aujourd'hui encore la stratégie de la marque: la conquête de l'Asie, le lancement des bijoux et celui du retail.
«A l'époque, se souvient-il, nous n'avions qu'un seul magasin, celui de Genève.» Avec les deux ouvertures prévues en ce début 2008, à Las Vegas et près de Los Angeles, Piaget disposera désormais d'un réseau de 55 boutiques. Et poursuivra sur sa lancée au rythme d'une dizaine de nouvelles adresses par an, chacune d'entre elles ayant été personnellement reconnue par Philippe Léopold-Metzger.
Le contact direct avec les gens de son entreprise, le patron de Piaget adore ça. Un goût qu'il a développé aux Etats-Unis, en même temps que sa passion pour le football américain («Les New York Giants ont gagné hier soir», commente-t-il d'un air gourmand). Son bureau est donc complètement vitré, largement ouvert sur le bâtiment. «Aujourd'hui, en faisant 100 mètres, je rencontre la quasi-totalité de mes collaborateurs. Demain, il faudra faire 150 mètres», complète-t-il en désignant le chantier qui s'étale de l'autre côté de sa fenêtre, là où le siège de Piaget va encore grandir; 850 m2 de plus pour accompagner la croissance de la marque.
Piaget, ce kangourou géant
Installé «sur le haut de la pyramide du luxe», Piaget ne parie pas sur le volume, mais sur l'excellence, tablant à la fois sur la créativité de la montre et sur la qualité du mouvement. Cette totale fidélité aux valeurs de la marque est l'une des clés de son succès, l'une des raisons qui en fait un leader sur les marchés asiatiques où triomphe sa «Magic Hour». Sans pour autant verser dans l'arrogance. Philippe Léopold-Metzger imagine plutôt Piaget à l'image des kangourous, en peluche ou en photo, qui ont investi son bureau: «Une marque qui saute les obstacles et a le client dans sa poche», lâche-t-il en forme de boutade.
Et l'avenir s'annonce aussi radieux que les visuels de Pierre et Gilles qui accompagnent la communication de la marque depuis plus de deux ans. «Le luxe existe depuis la nuit des temps, on le rencontre dans toutes les civilisations et à toutes les époques», explique le patron de Piaget qui voit la croissance se poursuivre et souscrit volontiers à la prédiction de Bernard Arnault, patron de LVMH, selon qui le marché du luxe va doubler dans les cinq ans. Non que le luxe se soit réellement démocratisé, mais parce que «la richesse s'est répandue, se répartissant désormais sur presque tous les continents.» Des clients plus riches, qui vivent et consomment plus longtemps, et qui ne craignent plus d'afficher les signes de leur réussite sociale, «même dans les pays calvinistes».
Au cours des vingt-sept années qu'il a passées dans l'industrie du luxe, Philippe Léopold-Metzger a observé un développement presque ininterrompu, à peine terni par quelques millésimes plus fades. Il marque une pause, réfléchit, cite 1990 et 1991, 1997 à cause de la crise asiatique et 2004 avec le SARS. Le reste n'est que croissance, bien souvent à deux chiffres. Piaget maintient donc son cap, offrant au public un éventail de plus de 100 montres et bijoux développés chaque année, avec des volumes très faibles. «Chacun de nos produits est par essence une série limitée. C'est un véritable casse-tête, mais que voulez-vous, sourit-il en guise de conclusion, c'est l'ADN de la marque.»
Marco Cattaneo
Tribune des Arts - No358- Février 2008
