Denis Hayoun - déclencher le désir

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Basé à Genève, ce photographe autodidacte raconte les montres avec des images. Pour cela, il matérialise des mondes qui serviront de décors à l'action
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WORLDTEMPUS – 22 juillet 2011

Propos recueillis par Louis Nardin

L'interview a lieu le jour où Denis Hayoun fête ses 44 ans, ce jeudi. Il arrive donc dans son studio, Diode, en plein coeur de Genève, deux bouteilles de champagne à la main, direction le frigidaire… Barbe naissante et drue, cheveux noirs plutôt courts et hirsutes, il avance une personnalité plutôt réservée et discrète, qui n'est qu'un semblant. Autodidacte ayant reçu son premier appareil à onze ans, décidé et pragmatique autant que créatif, Denis Hayoun signe des shootings pour les marques les plus prestigieuses de l'horlogerie et réalise aussi des mandats pour des joailliers. Rolex ou De Bethune lui font confiance. Tout comme plusieurs médias dont le supplément luxe du Temps.
A l'image de la complexité d'une montre, la photographie horlogère pose des défis techniques autant qu'elle représente un challenge artistique. Ici, tout n'est qu'est reflets, détails et contrastes. Et tout est vrai dans l'image de base: de la glace aux poissons exotiques, la matière vit. Alors, comment fait-on d'une montre une séductrice dont l'image hameçonnera tant le quidam, que le commanditaire?

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Photographie Horlogère_330832_0

Worldtempus: Quelle est la mission d'un photographe en horlogerie?

Denis Hayoun: Elles sont multiples car tout dépend du support. Des photos-soldats de produits n'ont par exemple rien à voir avec celles destinées à une publicité, ou d'autres intégrées dans un shooting. D'ailleurs, certaines marques ne réalisent pas ces différences. Dans ce cas, j'évite ces mandats car aucune photo ne peut remplir plusieurs rôles à la fois. Ceci dit, j'aspire, grâce à mes images, à faire rêver, à créer du merveilleux. Le but est d'appeler le regard, pas de montrer.

Concrètement, comment procédez-vous?

Je ne prospecte pas car le client doit d'abord ressentir une envie de travailler avec moi. Ce processus est important pour qu'un échange équilibré se créer. Ensuite je cherche à cerner ses envies, à comprendre son univers. Cette seconde étape débouche aussi la création d'un langage commun indispensable pour que mon travail réponde à ses attentes. Lorsqu'un thème ou une approche est décidé, je prends plusieurs jours s'il le faut pour trouver un univers adapté et l'idée générale du shooting. Puis vient la création du décor et la mise en scène avant la prise des photos proprement dites durant laquelle se font des dizaines de clichés. Elles sont ensuite compilées jusqu'à obtenir la version finale.Photographie Horlogère_330832_1
Quelle est la phase la plus déterminante?

Celle de la prise de vue proprement dite. Elle va fournir la matière première indispensable pour le cliché final qui est l'assemblage de nombreuses photos accordées ensemble. Il faut aussi être attentif à ne pas surcharger l'ensemble. «Less is more» dit-on en anglais et c'est absolument le cas. Et c'est certainement le message le plus difficile à faire passer auprès d'un horloger qui a travaillé à tous les détails de sa montre. Le travail du photographe dans ce cas là est de déclencher l'intérêt et l'envie chez le spectateur, qui va alors se renseigner par lui-même pour découvrir le produit dans sa globalité.

Pourquoi procéder de la sorte?
Le secret se trouve dans la lumière et pour faire ressortir les détails que l'on désire il faut jouer avec, le plus souvent en réalisant plusieurs prises de vue avec un éclairage à chaque fois différent. Chacun apporte sa pierre à l'édifice. Le travail de retouche ne sert pas à corriger d'éventuelles imperfections mais bien à conjuguer de la manière la plus cohérente et harmonieuse toutes les prises. C'est comme si on avait concentré un petit film en une seule image, ou les nombreux coups de pinceaux d'un peintre sur sa toile.Photographie Horlogère_330832_2
Pourquoi vous être focalisé sur la photo de montres et de bijoux?
Enfant, je regardais souvent la montre de mon père et elle me fascinait. Plus globalement, j'aime les belles choses, celles qui font rêver et les montres en sont. Leur petitesse, la miniaturisation qu'elle induise les rendent simplement merveilleuses à mes yeux.

Comment trouvez-vous vos idées?
Dans le produit en lui-même. Ou alors lors de mes voyages, que je réalise une fois par an au minimum. Par le travail d'autres photographes et artistes comme Ikue Sagimoto ou Irving Penn.

Les horlogers, des clients difficiles?

Pas forcément. Les grands groupes ont une influence positive car ils ont compris les enjeux dans le fait de réaliser des photos à forte valeur ajoutée. Ils apportent avec eux une culture du luxe qui faisait défaut parfois. On sent un mouvement de professionnalisation, et le web ouvre des perspectives très prometteuses pour créer cet univers idéal, de rêve et de sublimation qu'est le luxe.

http://denishayoun.com/