Dix ans, ça se fête ! Et la Fondation de la Haute Horlogerie (FHH) n’a pas manqué l’occasion de les célébrer ces 26 et 27 avril. Lors de la première étape de son « Roadshow » au « we are_club » dans le VIIIe arrondissement de Paris, la FHH a présenté ses activités autour de la connaissance et l’éducation horlogère ainsi que sa certification. Parmi celles-ci, une expérience de réalité augmentée « Watch Icons » - développée en collaboration avec les marques partenaires de la FHH - avec douze œuvres digitales, une exposition de douze garde-temps de marques d’origine française, un atelier de montage et de démontage de mouvements de montre avec des horlogers professionnels, une performance live de l’artiste gouacheuse Estelle Lagarde, des tables thématiques, des conférences, des panels de discussion sur des sujets actuels, et bien sûr, la fameuse soirée quiz, avec des questions extraites de leur formation.
Et pas des moindres, la FHH Academy a dévoilé sa nouvelle formation - le cours Watch Essentials décliné en format vidéo. Adressés à tout public, ces cours didactiques et ludiques et s’apparentent à une formation Masterclass, découpée en épisodes successifs. Les élèves trouveront sur la plateforme des contenus variés tels que des podcasts et des quiz, accessibles à tout moment afin de faciliter l’apprentissage. En vente sur le site de la FHH, la formation sera d’abord disponible uniquement en France, puis en Suisse.
Nous nous sommes entretenus avec Pascal Ravessoud, vice-président de la FHH, à propos de la nouvelle formation en ligne de la FHH Academy, du rôle que la fondation joue dans l’industrie et de comment il est rentré dans l’horlogerie.
Au cas où vous ne l’auriez pas lu, découvrez ici notre interview d’Aurélie Streit, vice-présidente de la FHH et fondatrice de la FHH Academy.
Quel beau lieu pour commencer votre Roadshow !
(Rires) On s'est dit qu'il fallait qu'on soit plutôt dans la qualité, on n'a pas idée de faire une grand-messe avec le plus de gens possible. On voulait que les gens puissent nous découvrir dans de bonnes conditions, propices à l'échange, informelles, parce qu'on veut être très humain dans notre contact, notamment parce que certaines personnes peuvent parfois percevoir l'horlogerie comme un peu lointaine et distante. Certaines personnes vont dans des boutiques et ont l'impression qu’elle n'arrivent pas à poser des questions. Alors, nous essayons vraiment d'être le premier pas vers la connaissance. Pour donner envie, il faut que ce pas soit facile à faire, qu'on puisse aller vers les gens de manière simple et sans chichis, et que l'humain revienne au centre.
Oui, on ressent cela lors de l’aperçu de la formation auquel je viens d’assister. Tout est vraiment expliqué de manière accessible à tous.
C'est ça ! Cela fait 20 ans que je suis dans l'horlogerie et je me rends compte que plein de gens s'y intéressent. Mais, on doit les prendre par la main pour faire le premier pas. C’est le premier pas qui compte, comme dans la vie. Une fois que ce premier pas est fait, les gens ont envie d’en savoir plus et vont continuer ce processus eux-mêmes. Mais c'est vrai surtout sur l'horlogerie : parce que c'est technique, qu’il y a beaucoup d’infos sur un tout petit volume, ça peut être rébarbatif. Les gens ne comprennent pas forcément la valeur, la complexité. Si on arrive à déconstruire cette difficulté au premier pas, les gens ont ensuite envie d'en savoir plus. Combien de fois j'ai fait des formations ou des conférences d'« awakening » (trad. d’initiation) où les gens me disent à la fin « ah, c'est génial, j'ai appris plein de choses, j'ai envie d'en savoir plus » ? Et après, on voit ces mêmes personnes, deux ans plus tard qui ont acheté une montre, ont des bouquins, s’intéressent à l’horlogerie. Notre démarche consiste à briser la glace.
La FHH Academy fête ses 10 ans cette année. Aviez-vous prévu sa croissance et son impact sur l'industrie au cours de la dernière décennie ?
Nous avons pour l'Academy à peu près 70 clients du monde entier, dont beaucoup sont des marques partenaires. Les plus gros players, parmi nos marques partenaires, sont déjà clients. Par contre, on ressent l’appétit du client final pour être formé et certifié - un besoin énorme qu'il n'y avait pas il y a dix ans. Quand on a lancé l'Academy, l'industrie n'était pas du tout au stade d’aujourd’hui : les marques avaient des gros besoins en termes de formation, parce que leurs vendeurs faisaient face à des clients qui en savaient de plus en plus. Maintenant, on a passé cette phase même s’il y a encore des besoins dûs au fait que tout se renouvelle en permanence.
Ce que l’on voit comme croissance, dans les prochains cinq à dix ans, tient au développement du business B2C – les clients finaux qui ont entendu parler de la certification, qui veulent être certifiés et qui nous demandent comment y arriver. Il s’agit d’une demande insistante qu'on a depuis deux ans, post-COVID. On sent que ça change la donne et c’est pour cela qu'on s’occupe de le développer maintenant.
L'un des principaux objectifs du pilier éducatif de la FHH a toujours été de fournir aux consommateurs les bonnes informations afin qu'ils puissent prendre les bonnes décisions d'achat, ce qui fait d’eux un public qualitatif à long terme pour l'horlogerie. Est-il compliqué d'informer les gens sur ces sujets sans nécessairement dire que telle méthode est meilleure que telle autre, que telle marque est meilleure que telle autre ?
La FHH ne rentre pas là-dedans. Nous, on est là pour mettre en avant l'industrie en général, l'incroyable histoire que l'horlogerie a racontée à travers différents exemples. Mais ça ne veut pas dire que parce qu'on choisit un exemple, l'autre est moins bon. Tout est dans le but de tirer la connaissance vers le haut, parce que comme vous le disiez avant, un client mieux éduqué est un meilleur client et un employé mieux éduqué est un meilleur employé. Parfois, il y a des marques qui viennent nous dire qu'elles préféreraient qu'on les mette en avant, comme ci ou ça, par exemple, en termes d'histoire. Mais, on est là pour raconter l'histoire de l’horlogerie de manière générale, de manière neutre, et on ne dira jamais qu’untel est mieux qu’untel. Ce n'est pas notre rôle. Qui nous sommes-nous pour dire ça ?
Par ailleurs, il n’est pas question pour nous de ne mettre en avant que les marques partenaires par rapport aux marques non-partenaires. On ne peut pas ne pas parler de certaines montres parce que ce serait fausser l'information de ne pas les inclure. Il est très important que la FHH soit considérée comme une source de référence. Aujourd'hui, il y a tellement de fake news, d’IA ; il y a 150 000 sites qui parlent d'horlogerie. Il n'y a pas toujours les mêmes informations et les gens ont besoin d'un point de référence. Nous voulons être ce point de référence en étant crédibles, justes, neutres. On ne fait pas ça dans un objectif commercial, on n’a rien à vendre. La Fondation est une fondation à but non lucratif, tout ce qu'on fait, c'est vraiment pour faire augmenter la connaissance. Plus on sera crédible et neutre, et plus notre action aura du sens.
Compte tenu de la trajectoire future de la FHH Academy, quels sont vos objectifs à long terme pour son développement au cours des dix prochaines années ?
Le but à long terme, c’est vraiment de devenir la fondation de toute l'industrie. On aimerait que tous les gros « players » nous fassent confiance et qu'ils soient nos partenaires. Aujourd'hui, on en a 44, mais il y en a beaucoup plus. On aimerait vraiment que tout le monde soit conscient de la valeur qu'on apporte pour toute l'industrie. Si on a ça, on sait que derrière, on développera tout ce qu'il faut pour les aider encore plus. Plus on aura de partenaires, plus on aura de financement pour développer des projets. C'est un peu l’histoire du cercle vertueux. Et bien sûr, nous allons développer le B2C, notamment avec notre nouvelle formation disponible en ligne.
Pouvez-vous partager une anecdote pour illustrer comment la FHH peut faire progresser l'amour et l'intérêt pour l'horlogerie ?
J’ai une anecdote personnelle sur la manière dont je suis rentré dans les montres. Quand j’avais 18 ans, c'était le phénomène Swatch - un truc de fou. C'était encore des montres en plastique, à quartz. À l'époque, l'horlogerie, c'était rien : il n'y avait pas de collectionneurs, rien. On collectionnait un peu les Swatch avec des amis. On allait à Milan, à Paris, voir les lancements. On cherchait les nouvelles Swatch, on s'amusait comme ça. Et à 20 ans, 21 ans, un ami - qui était plus évolué que nous - m'a montré une montre mécanique avec un fond visible. Il a tourné la montre et j'ai pu voir le mouvement. J'étais là (ndlr il imite un visage choqué). A partir de ce jour-là, j'ai été foutu.
La FHH peut initier cette étincelle dans les yeux des gens, qui au début sont incrédules. Après une de nos formations ou conférences, on voit les gens avec un œil allumé, on sent vraiment de la passion. On revoit ces gens plus tard et on se rend compte qu'effectivement, ils sont dans ce hobby, dans cette passion. Ils se sont pris au jeu.
Et cette passion compte parmi celles qui se communiquent. Notre intérêt est justement de la communiquer.