Interview de Gregory Kissling, CEO de Breguet

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Gregory Kissling, CEO de Breguet © Breguet
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Dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire de Breguet, son nouveau dirigeant partage sa vision et ses premiers pas pour donner un nouvel élan à la marque reine du Swatch Group, dont le fondateur avait été nommé horloger de la marine royale.

Vous avez repris les rênes de Breguet l’automne passé, quelles ont été vos priorités ?

En amont de ma prise de fonction officielle, nous avions pu mettre en place une période de transition très bénéfique avec mon prédécesseur, ce qui m’a aussi permis de me plonger très tôt dans l’histoire incroyablement riche de Breguet. Même si j’ai toujours suivi cette marque fascinante, m’immerger totalement dans les trésors de son patrimoine, de ses inventions et de ses produits était à la fois exaltant et nécessaire pour définir une stratégie, autour du 250e anniversaire en priorité. Le vecteur principal des célébrations est d’ailleurs le produit et, avec les équipes, nous avons passé beaucoup de temps à définir une façon différente de les présenter et de communiquer dessus.

Gregory Kissling, CEO de Breguet © Breguet
Gregory Kissling, CEO de Breguet © Breguet

En quoi son statut d’horloger de la marine a influencé l’histoire de Breguet ?

Abraham-Louis Breguet était déjà membre du bureau des longitudes quand ses compétences lui ont valu d’être nommé Horloger de la Marine royale en 1815, assez tardivement somme toute. Il a ainsi réalisé des chronomètres de marine, à l’époque synonymes de survie en mer car c’était l’équivalent de nos GPS. Cet aspect constitue donc un pan de l’histoire important pour la marque, raison pour laquelle Breguet possède une collection baptisée Marine, qui compte des garde-temps incroyables. Prenez par exemple la Marine Tourbillon Equation Marchante 5887, une grande complication qui intègre notamment un quantième perpétuel dans une pièce extrêmement fine et associe plusieurs métiers. Cette collection se distingue par des modèles incroyablement compliqués qui reprennent des valeurs propres à la navigation, impliquant donc que la précision soit très ancrée dans son univers, mais aussi par des modèles sport-chic moins complexes.

La collection Marine sera-t-elle étoffée cette année et quel type de clients attire-t-elle principalement ?

Grâce à la richesse de son patrimoine et à la diversité de ses collections, Breguet n’est pas une marque mono-produit. Elle séduit donc plusieurs types de clientèles. Les personnes en quête de tradition et de classicisme se tournent naturellement vers la collection Classique, dont le cadran guilloché et les compteurs excentrés font référence à l’esthétique même de Breguet. La collection Marine offre une personnalité plus affirmée, mais toujours avec des codes très forts comme les cannelures sur la bande de carrure ou le guillochage. Dans le cadre de nos 250 ans, la collection Marine connaîtra bien évidemment son heure de gloire, en seconde partie d’année.

Guillochage, Tradition Seconde Rétrograde 7035 © Tradition © Breguet
Guillochage © Breguet

Quels acquis de votre expérience chez Omega vous sont aujourd’hui utiles pour Breguet ?

Avant tout la passion du produit. Je me suis occupé de son développement pendant plus de 20 ans, mais également de projets transversaux et de déploiement sur les marchés qui constituent une expérience très utile pour mon rôle actuel. Le dénominateur commun reste la passion horlogère, qui englobe la quête d’innovation, l’envie de repousser les limites et l’exploration des technologies qui n’existent pas dans le giron de l’horlogerie, ou des nouveaux matériaux. Rappelons-nous que Breguet fut parmi les premières marques à introduire le silicium pour le spiral, au début des années 2000, ce qui n’était pas forcément attendu d’une marque traditionnelle. Innover pour le bien des clients et des produits, gagner en fiabilité et en précision, voilà ce qui nous donne envie.

Comment Breguet célèbre son 250e anniversaire ?

Étonnement pas avec une grande complication pour commencer, mais avec une pièce d’apparence simple qui marque son renouveau, la Classique Souscription. Il s’agit du premier des 9 rendez-vous qui marqueront cette année anniversaire, et qui célébreront les inventions majeures de Breguet. La plus emblématique est le tourbillon, mais il avait aussi conçu les premières montres automatiques dites perpétuelles, le spiral Breguet et les aiguilles Breguet, l’amortisseur de choc « pare-chute », la pendule « sympathique » ou le « thermomètrographe » horaire, voire encore la première montre-bracelet en 1810 ou le « chronomètre d’observation », que l’on peut considérer comme l’ancêtre du chronographe moderne, sans oublier la fameuse montre n°160 dite Marie-Antoinette.

Classique Souscription 2025 © Breguet
Classique Souscription 2025 © Breguet

Une pièce en particulier symbolise cet anniversaire, la Classique Souscription 2025, que représente-t-elle pour vous ?

Elle symbolise le renouveau de la marque : elle est à la fois simple et disruptive avec son aiguille unique, tout en comportant beaucoup de détails quand on y consacre plus d’attention qu’au premier abord. Elle représentait beaucoup dans l’histoire d’Abraham-Louis Breguet, et il s’agit de la première montre dont le recto comme le verso s’inspire d’un modèle historique. Son intérêt se trouve également dans sa dualité, dans le fait qu’elle rend hommage à l’héritage tout en incarnant le renouveau avec des codes inédits et un nouvel alliage : les cannelures ont disparu, l’ergonomie des cornes a été renforcée avec une forme cintrée et galbée, la glace chevée inventée par Breguet a refait surface. Certains éléments de cette montre feront office de marqueurs pour la suite. Nous avons porté beaucoup d’attention sur les terminaisons, réalisées à l’ancienne, telles que la signature secrète faite au pantographe ou les finitions très subtiles sur tous les composants. En outre, le nouvel alliage la rend unique.

L’utilisation de nouveaux matériaux émane-t-elle de la demande des collectionneurs et marchés ?

En effet, le nouvel alliage aurifère qui habille la Classique Souscription, l’or Breguet, répond à une certaine attente des collectionneurs de retrouver de l’or jaune dans notre portefeuille, mais nous l’avons souhaité différent. Il s’inspire de celui de la pièce de 1797, et nous avons pu le recréer dans la fonderie de notre partenaire Nivarox, une entreprise du groupe basée dans le canton de Neuchâtel et spécialisée dans la fonte d’alliages précieux.
 

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