Dernière semaine d’octobre, le Havre. Il fallait un brin d’audace pour affronter les frimas d’un automne normand qui, jusque-là, refusait de se plier aux exigences de saison. Un long été indien dessinait presque le mirage d’une Transat Jacques Vabre partant par 22°C, sous un soleil éclatant. Il n’en fut rien. La Normandie a sa réputation. En rade du Havre, les marins s’alignent, prêts à en découdre pour deux semaines de tumulte atlantique. Parmi eux, Alan Roura.
Bateau neuf à 8 millions
Skipper au long cours, il s’embarque à 8 ans pour un tour en bateau en famille. Il remettra le pied à terre 11 ans plus tard, à 19 ans. Son destin est scellé : la mer ou rien. Premier bateau à la mesure de son budget (« presque une épave »), premières transatlantiques, premières courses...et première nécessité pour devenir skipper professionnel : trouver un bateau et beaucoup, beaucoup d’argent.
« Il y a dix ans, faire construire son bateau, c’était 2 millions. Aujourd’hui, le quadruple. Je n’avais pas cette somme, et je ne l’ai toujours pas », explique Alan Roura, aujourd’hui âgé de 30 ans. Il se dirige vers la location d’un IMOCA, navire de course de 60 pieds (18 mètres), acquis par un mécène qui lui louera « aussi longtemps qu’il le faudra ». Reste le budget annuel de fonctionnement : « environ 1,8 million d’euros par an, pour les frais de courses et une équipe de huit personnes à temps plein ». Et là, le sponsoring devient indispensable pour faire tourner la boutique.
Hublot, une évidence
« Mes parents sont de Versoix. La manufacture Hublot, je passais devant tous les matins. Pour moi, c’était une évidence. Mais il a fallu convaincre ». Alan Roura fait le siège de Nyon pendant cinq ans. Les partenariats prennent du temps à se nouer. Hublot reçoit plusieurs dizaines de sollicitations par jour. Elles vont de l’influenceur sans envergure, jusqu’au projet extrêmement abouti d’Alan Roura.
Fin 2021, Ricardo Guadalupe, CEO, accepte le défi. La parole de l’homme est solide : la politique de partenariats de Hublot est ultra sélective mais, une fois enclenchée, elle est aussi l’une des plus puissantes de l’industrie. L’engagement de la marque pour le football est notamment devenu un cas d’école. Mais le cas de la course en mer est différent. Pourquoi ?
Parce que sa visibilité est moindre, comparée au tennis, au football, à la F1. Parce que les courses majeures sont rares – trois ou quatre grandes courses par an, contre un match de foot toutes les semaines. Parce que l’exploit sportif en tant que tel, la course en solitaire, est par nature inaccessible au direct comme au public. Et parce que les marins ne sont pas des stars des plateaux télé, loin s’en faut.
Parrainer pour que vive le sport
Alan Roura le sait. L’homme se plie avec entrain aux sessions photos, aux explications du fonctionnement de sa F1 des mers. Commente en détail ses menus, les aléas climatiques, raconte ses aventures, partage ses préoccupations de jeune papa. Avoir Hublot en sponsor depuis 4 ans est une chance. L’engagement de la marque est total. Il est d’autant plus rare que la mer, hormis quelques projets ponctuels, n’est pas son environnement natif. « Mais Hublot, c’est l’expérience. Ce que nous pouvons faire vivre à nos clients qui font un tour en mer avec Alan Roura est inoubliable », précise la marque.
Hublot fait ainsi le pari d’une pratique exigeante, peu médiatique, reposant sur un marin solitaire. Mais en cela, son engagement auprès d’Alan Roura dépasse le cadre du sponsoring. Elle rappelle que, sans partenariat, certaines disciplines seraient purement et simplement condamnées. La course en solitaire, parmi d’autres, serait rayée de la surface de la Terre. Et de ses océans.