L’Épée 1839 a été sélectionnée au GPHG pour la troisième fois, qu’est-ce que cela apporte à la manufacture d’après vous ?
C’est une bonne chose que le GPHG ait introduit une catégorie Horloge, même si elle n’est présente qu’une année sur deux, c’est porteur pour tous ceux qui en fabriquent encore car cette activité a bien failli disparaître. L’impact est surtout mesurable parmi les fans d’horlogerie, et cela conforte les clients qui nous connaissent déjà dans leur choix. Comme nous participons à de nombreux événements, le public se rend compte que les horloges peuvent prendre la forme de magnifiques objets créatifs. C’est aussi ce à quoi contribue le GPHG.
L’an passé, L’Épée 1839 a rejoint le groupe LVMH, en quoi cela a changé votre façon de travailler ?
En passant d’entrepreneur à salarié, cela n’a pas modifié ma façon de travailler mais de voir les choses, notamment vis-à-vis de la centaine de collaborateurs. Nous sommes les derniers à réaliser ce type d’objets en Suisse : si nous disparaissions, ce serait la fin des horloges mécaniques. Appartenir à un groupe permet de limiter les risques et de bénéficier de son expertise et de son réseau, même si je reste aux commandes (tant que je ne fais pas trop de bêtises !) et que Bernard Arnault m’a demandé de garder mon esprit d’entrepreneur. Les CEO des marques du groupe restent indépendants et ils peuvent solliciter de l’aide, il s’agit plus d’un regroupement de sociétés indépendantes et je pense que c’est ce qui donne sa puissance à LVMH. Nous restons autonomes tout en recevant des commandes supplémentaires d’autres sociétés du groupe. Pour moi, il reste primordial de continuer les collaborations extérieures et de travailler avec d’autres entités qui nous challengent, afin d’alimenter la créativité, d’apprendre de l’extérieur, d’éviter de se scléroser à faire toujours la même chose. C’est aussi pour cette raison que nous fabriquons des pendules pour d’autres marques en-dehors du groupe, ce qu’il encourage d’ailleurs.
Justement, vous avez réalisé une collaboration avec Vacheron Constantin autour de La Quête du Temps, en quoi consistait-elle ?
Il s’agit d’une création hors du commun, initiée par Vacheron Constantin, qui a nécessité 7 années de développement, au cours desquelles nous avons été très étroitement associés à l’ensemble du processus. Nous avons vraiment été considérés comme des partenaires dans la création de cette horloge à automate de plus de 6000 composants qui a été exposée au Louvre, nous avons travaillé mains dans la main pendant des années, à tel point que je me suis lié d’amitié avec leur responsable de projet. J’ai adoré ce défi qui concernait aussi bien le mouvement que l’habillage et, en général, mes équipes se passionnent pour les challenges qui nous permettent de repousser nos limites.
Vous participez depuis début 2025 à la LVMH Watch Week, est- ce un plus ?
La LVMH Watch Week nous a fait découvrir par des médias généralistes internationaux comme le New York Times ou des spécialistes d’autres secteurs que l’horlogerie, ce qui nous a apporté de la notoriété auprès de nouvelles clientèles en quête de beaux objets. Car nos clients se répartissent entre les adeptes d’horlogerie, d’art et de design intérieur. La LVMH Watch Week a donc braqué les projecteurs sur notre petite marque encore inconnue de beaucoup.
Comment voyez-vous 2026 en termes de création ?
Beaucoup plus dynamique qu’en 2025, dans la mesure où nous avions opéré une pause dans les développements, afin de mettre en avant les partenaires et artistes qui personnalisent nos objets. Nous allons continuer à surprendre, c’est bien mon but. Vous découvrirez de nouveaux objets et des pièces très complexes, une par trimestre, ce sera un feu d’artifice !
Quelles seront les autres temps forts de 2026 ?
Notre projet majeur consiste à lancer le nouveau site de production, car nous sommes déjà à l’étroit malgré le deuxième bâtiment que nous venons d’occuper. Nous allons donc réunir toute la production sous un même toit à l’horizon 2027, afin de faciliter la créativité tout en rationnalisant nos méthodes. Il ne s’agit pas d’augmenter de manière significative les capacités de production de l’Épée, qui doit rester confidentielle, mais de pouvoir produire des horloges pour le monde entier, au sein du groupe et en dehors. J’aspire à ce que les horloges redeviennent des produits recherchés par le plus grand nombre.