Le Qatar revivifie ses racines pour bâtir le futur, entre musées inspirés des grandes réalisations religieuses du passé, bibliothèque géante et cité universitaire.
Tribune des Arts - Juillet 2009
Michel Bonel
Capitale du Qatar, cette péninsule de 11 000 kms posée sur le Golfe Persique, indépendante depuis 1971 mais ne faisant pas partie des Emirats Arabes Unis, la ville de Doha, aux 500 000 habitants, se profile comme la nouvelle capitale culturelle. Sans les flamboyances architecturales de mise dans les autres Emirats. Doha, entre prudence et gigantisme, titrait début juin le magazine Jeune Afrique qui estime qu'à l'inverse de la mégalomanie de Dubaï, le pays joue la carte de la pondération. Un pays où deux mondes cohabitent: celui des ouvriers asiatiques et celui des voitures de luxe.
Face à la mer, la Corniche de 7 kms de long, bordée de pelouses et de palmiers, est le rendez-vous obligé de tous les étrangers. Mais un monument flambant neuf attire tous les regards. Celui du Musée d'Art Islamique inauguré le 22 novembre dernier. OEuvre de l'architecte Ieoh Ming Pei, 91 ans, l'auteur de la Pyramide du Louvre et dont on dit que c'est la dernière réalisation, il témoigne à sa façon de l'ambition de Doha de devenir une capitale mondiale de la culture. L'architecte a cherché son inspiration dans les grandes mosquées du passé, de Damas à Cordoue. Mais il a surtout retenu la leçon de merveilleuse simplicité qui se dégage de la fontaine de la mosquée Ibn Touloun, la plus ancienne du Caire, qui remonte au IXe siècle!
Tour du monde islamique
Le bâtiment, devisé à près de 400 millions de dollars, prend l'allure d'une grande ziggourat de cinq étages, coiffée d'un dôme à 55 mètres de hauteur et dont les façades, en calcaire provenant de carrières en France, s'harmonisent par leur teinte miel avec celles du désert. A l'intérieur, quelque 700 objets seulement, sur les 3000 rassemblés en une dizaine d'années, sont présentés dans de vastes espaces dépouillés aux parois de porphyre gris et de bois brésilien, dans une scénographie signée Jean-Michel Wilmotte. L'accent étant mis essentiellement sur les oeuvres dévoilées dans des écrins. Celles-ci proviennent de toutes les aires du monde islamique, de l'Espagne à l'Inde, et de toutes les époques, du VIIe au XIXe siècle. Ce sont des manuscrits, de belles calligraphies, différents objets en céramique, en métal, en verre, en bois, voire en pierres précieuses.
En plus des salles d'exposition, le musée, qui est entouré de 44 000 m2 de jardins, comprend une bibliothèque et un auditorium pour des conférences sur l'histoire et la civilisation. Cette prouesse architecturale se double d'une autre technique, les oeuvres d'art ayant dû être protégées de l'air marin et de l'humidité. C'est ainsi que les murs sont constitués de couches de granit, de brique et de béton superposées sur une épaisseur d'un mètre quarante. Lors de l'inauguration, la presse locale, dont le Gulf Times, a salué cette nouvelle icône du monde islamique. Un musée qui sera avant tout un lieu d'éducation, estime le directeur, Olivier Watson, qui vient du Victoria & Albert Museum de Londres où il a passé un quart de siècle. Et selon son président, Abdulla Al Najar, le Qatar doit devenir la capitale culturelle de tout le Moyen-Orient.
Une bibliothèque calquée sur celle d'Alexandrie
Vivant du gaz, du pétrole dont les réserves sont évaluées à 13,2 milliards de barils, et aussi de la pêche, l'état, par l'entremise de la Fondation du Qatar créée il y a quatorze ans, s'est engagé dans un vaste programme culturel comprenant, entre autres, l'édification de trois autres musées. Le projet phare est une grande bibliothèque nationale, sur le modèle de celle d'Alexandrie. Edifiée sur la corniche, elle se composera de trois tours de 120 mètres de hauteur, offrant 22 000 m2 de surfaces. Confiée à l'architecte Arata Isozaki, elle sera, selon ses termes, un minaret de la connaissance qui contiendra près de deux millions d'ouvrages en arabe et en langues étrangères.
Un museum d'histoire naturelle présentant notamment des fossiles préhistoriques, devrait voir le jour d'ici 2010 dans le même bâtiment. S'y ajoute un musée de la photographie conçu par Santiago Calatrava qui rassemblera, d'ici 2010 également, une collection de 15 000 pièces, dont près de 1600 appareils photographiques et 4500 daguerréotypes. L'édifice doit avoir la forme d'un oeil dont les cils s'ouvrent et se referment pour doser la lumière.
Enfin, l'architecte Jean Nouvel s'attaque déjà à la rénovation et à l'agrandissement du Musée d'histoire nationale du Qatar, autour de six thèmes comme la terre, les origines, l'installation historique, le Qatar et la mer, la vie nomade et les merveilles de la nature.
Antennes de campus américains
Dans un autre domaine, parallèle, Education City prouve que le Qatar mise sur le savoir. Dans cette zone proche de la capitale, ont pris place des antennes de campus américains comme Commonwealth de Virginie, Cornell et son collège médical de Weill, Carnegie Mellon, Georgetown University, Texas A & M, dans des bâtiments dus aux meilleurs architectes. Avec, gravée dans le hall d'une des universités, la phrase du poète Ibn Khaldoun: “ La connaissance est le chemin de l'élévation ”…
L'immobilier n'est pas non plus en reste. La ville va inaugurer, à la fin de cette année, The Pearl. Un grand projet immobilier sur 400 hectares, gagés sur la mer, avec hôtels et restaurants, villas, plages privées, centres commerciaux et de loisirs. A Doha, le développement se veut un tout.
Michel Bonel

Capitale du Qatar, cette péninsule de 11 000 kms posée sur le Golfe Persique, indépendante depuis 1971 mais ne faisant pas partie des Emirats Arabes Unis, la ville de Doha, aux 500 000 habitants, se profile comme la nouvelle capitale culturelle. Sans les flamboyances architecturales de mise dans les autres Emirats. Doha, entre prudence et gigantisme, titrait début juin le magazine Jeune Afrique qui estime qu'à l'inverse de la mégalomanie de Dubaï, le pays joue la carte de la pondération. Un pays où deux mondes cohabitent: celui des ouvriers asiatiques et celui des voitures de luxe.
Face à la mer, la Corniche de 7 kms de long, bordée de pelouses et de palmiers, est le rendez-vous obligé de tous les étrangers. Mais un monument flambant neuf attire tous les regards. Celui du Musée d'Art Islamique inauguré le 22 novembre dernier. OEuvre de l'architecte Ieoh Ming Pei, 91 ans, l'auteur de la Pyramide du Louvre et dont on dit que c'est la dernière réalisation, il témoigne à sa façon de l'ambition de Doha de devenir une capitale mondiale de la culture. L'architecte a cherché son inspiration dans les grandes mosquées du passé, de Damas à Cordoue. Mais il a surtout retenu la leçon de merveilleuse simplicité qui se dégage de la fontaine de la mosquée Ibn Touloun, la plus ancienne du Caire, qui remonte au IXe siècle!
Tour du monde islamique
Le bâtiment, devisé à près de 400 millions de dollars, prend l'allure d'une grande ziggourat de cinq étages, coiffée d'un dôme à 55 mètres de hauteur et dont les façades, en calcaire provenant de carrières en France, s'harmonisent par leur teinte miel avec celles du désert. A l'intérieur, quelque 700 objets seulement, sur les 3000 rassemblés en une dizaine d'années, sont présentés dans de vastes espaces dépouillés aux parois de porphyre gris et de bois brésilien, dans une scénographie signée Jean-Michel Wilmotte. L'accent étant mis essentiellement sur les oeuvres dévoilées dans des écrins. Celles-ci proviennent de toutes les aires du monde islamique, de l'Espagne à l'Inde, et de toutes les époques, du VIIe au XIXe siècle. Ce sont des manuscrits, de belles calligraphies, différents objets en céramique, en métal, en verre, en bois, voire en pierres précieuses.
En plus des salles d'exposition, le musée, qui est entouré de 44 000 m2 de jardins, comprend une bibliothèque et un auditorium pour des conférences sur l'histoire et la civilisation. Cette prouesse architecturale se double d'une autre technique, les oeuvres d'art ayant dû être protégées de l'air marin et de l'humidité. C'est ainsi que les murs sont constitués de couches de granit, de brique et de béton superposées sur une épaisseur d'un mètre quarante. Lors de l'inauguration, la presse locale, dont le Gulf Times, a salué cette nouvelle icône du monde islamique. Un musée qui sera avant tout un lieu d'éducation, estime le directeur, Olivier Watson, qui vient du Victoria & Albert Museum de Londres où il a passé un quart de siècle. Et selon son président, Abdulla Al Najar, le Qatar doit devenir la capitale culturelle de tout le Moyen-Orient.

Une bibliothèque calquée sur celle d'Alexandrie
Vivant du gaz, du pétrole dont les réserves sont évaluées à 13,2 milliards de barils, et aussi de la pêche, l'état, par l'entremise de la Fondation du Qatar créée il y a quatorze ans, s'est engagé dans un vaste programme culturel comprenant, entre autres, l'édification de trois autres musées. Le projet phare est une grande bibliothèque nationale, sur le modèle de celle d'Alexandrie. Edifiée sur la corniche, elle se composera de trois tours de 120 mètres de hauteur, offrant 22 000 m2 de surfaces. Confiée à l'architecte Arata Isozaki, elle sera, selon ses termes, un minaret de la connaissance qui contiendra près de deux millions d'ouvrages en arabe et en langues étrangères.
Un museum d'histoire naturelle présentant notamment des fossiles préhistoriques, devrait voir le jour d'ici 2010 dans le même bâtiment. S'y ajoute un musée de la photographie conçu par Santiago Calatrava qui rassemblera, d'ici 2010 également, une collection de 15 000 pièces, dont près de 1600 appareils photographiques et 4500 daguerréotypes. L'édifice doit avoir la forme d'un oeil dont les cils s'ouvrent et se referment pour doser la lumière.
Enfin, l'architecte Jean Nouvel s'attaque déjà à la rénovation et à l'agrandissement du Musée d'histoire nationale du Qatar, autour de six thèmes comme la terre, les origines, l'installation historique, le Qatar et la mer, la vie nomade et les merveilles de la nature.
Antennes de campus américains
Dans un autre domaine, parallèle, Education City prouve que le Qatar mise sur le savoir. Dans cette zone proche de la capitale, ont pris place des antennes de campus américains comme Commonwealth de Virginie, Cornell et son collège médical de Weill, Carnegie Mellon, Georgetown University, Texas A & M, dans des bâtiments dus aux meilleurs architectes. Avec, gravée dans le hall d'une des universités, la phrase du poète Ibn Khaldoun: “ La connaissance est le chemin de l'élévation ”…
L'immobilier n'est pas non plus en reste. La ville va inaugurer, à la fin de cette année, The Pearl. Un grand projet immobilier sur 400 hectares, gagés sur la mer, avec hôtels et restaurants, villas, plages privées, centres commerciaux et de loisirs. A Doha, le développement se veut un tout.
