Tribune de Genève - 10 juin 2010
Gabriel Tortella - "Les propos de Gabriel"

Bien souvent, le temps se charge de remettre gentiment les choses à leur juste place. Ainsi, par exemple, à la suite de ce que j'avais écrit de positif sur Thierry Stern, quand il a pris il y a un an, la présidence de Patek Philippe, j'ai été très critiqué par certains. Or, ce même temps m'a donné raison. C'est la première réflexion qui m'est venue à l'esprit quand je l'ai rencontré à nouveau dernièrement. Nous avons discuté très librement dans son restaurant d'entreprise au milieu de ses collaborateurs venus de tous les départements, apparemment très heureux de travailler dans une telle ambiance. Le déjeuner était simple mais excellent. Bravo les cuisiniers! Et quand l'estomac va...
Bref, je ne vous cache pas que je considère Thierry Stern, qui n'a pas 40 ans, comme le grand espoir de l'horlogerie suisse. Il a vraiment l'étoffe pour diriger cette marque mythique, maintenant qu'il travaille sans le filet paternel, même si celui-ci vient encore régulièrement à la manufacture. Cachant sa profonde connaissance des êtres et des situations sous un doux sourire et un humour très fin, Thierry Stern a su s'imposer en peu de temps. Jamais un mot de travers.
On sent qu'indiscutablement, il aime l'horlogerie. Vous me direz que c'est facile quand on est né dedans. Mais lui, il en a aussi une connaissance profonde. J'ai pu le vérifier à maintes reprises. Thierry Stern possède une assurance tranquille, intérieure, de celle qui fait les grands patrons. Il ne marque jamais la moindre hésitation sur les caractéristiques d'un modèle, sur une date. Jamais la charmante Jasmina Steele, à ses côtés, ne doit intervenir dans la conversation. Elle est vraiment la perle de la communication. Ses connaissances profondes, Thierry Stern, qui est très bien épaulé, je l'ai constaté, par Claude Peny le directeur général, voyage une bonne partie de l'année, dans le monde entier. Il inspecte mine de rien toutes les filiales et les points de vente. Il peut ainsi observer sur place les fluctuations du marché, ce qui vaut, à mon avis, tous les rapports techniques d'entreprise.
Notre rencontre s'est terminée sur une jolie anecdote qu'il m'a racontée avec la grande finesse qui le caractérise. Rentrant à la maison, il propose à son épouse et à ses enfants, de les emmener dans un restaurant chinois. Acquiescement général. Mais ce qu'ils ne savaient pas, c'est que ce repas aurait lieu en Chine même où Thierry Stern devait impérativement se rendre juste pour vingt-quatre heures. Une façon délicate de ne pas se séparer des siens qu'il adore. Je comprends qu'il attend les vacances, une fois toutes ses échéances accomplies, avec une certaine impatience. Pour être au plus près de sa famille qui est un des deux moteurs de sa vie, l'autre étant bien sûr son travail.
Le tandem qui fait rêver
Mardi soir, Pascal Raffy, le CEO de Bovet, et sa ravissante épouse Leila avaient organisé une très belle réception dans leur féerique château de Môtiers. L'occasion de fêter la naissance du «Tourbillon Ottanta». Pascal Raffy avait aussi à ses côtés Paolo Pininfarina, car «Ottanta», cette pure merveille de technologie, a été créée tout spécialement pour les 80 ans de cette marque mythique et qui fait donc des tours de 80 secondes et non de 60.

Quand je pense au chemin parcouru par Pascal Raffy qui, il y a dix ans à peine, prenait en mains les destinées de cette marque mythique et quand je vois comment, en peu de temps finalement, il l'a transformée et l'a portée sur les plus hauts sommets par des réalisations qui sortent du commun, je suis totalement admiratif. Et croyez-moi, ce n'est qu'un début, ce tandem de génie va continuer à nous éblouir… (gt)
CONFIDENTIEL
Beaucoup d'horlogers qui se sont rendus au Show d'horlogerie de Las Vegas sont rentrés heureux, car ils ont pu constater sur le terrain, s'ils avaient encore des doutes, que le marché redémarrait fort. Les Américains se mettent à nouveau à rêver et quoi de plus beau qu'une montre suisse pour y accéder. Je me suis même laissé dire que certains faisaient cet investissement avant même de penser à leur propre maison.
Le Poinçon de Genève a été pendant longtemps la référence absolue. Puis, peu à peu, certaines marques ont créé leurs propres références. C'est le cas de Patek Philippe qui estime que c'est encore mieux en adéquation avec ses modèles. Or, aujourd'hui même, les représentants du COSC, de Neuchâtel, rencontrent les représentants du Poinçon de Genève en vue d'une association éventuelle. Ce serait une excellente chose, vu qu'ils sont complémentaires, le COSC se chargeant de la chronométrie et le Poinçon de Genève des finitions. J'espère que le résultat sera positif, mais Patek Philippe est satisfait du résultat et, de son côté, Vacheron Constantin se fie sur ses qualités pluriséculaires qui équivalent largement tous les poinçons.

