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Thierry Stern

Vice-président et membre du directoire de Patek Philippe, Thierry Stern appréhende avec une philosophie tranquille et humble son avenir tout tracé de futur directeur.

Vice-président et membre du directoire de Patek Philippe, Thierry Stern appréhende avec une philosophie tranquille et humble son avenir tout tracé de futur directeur. Rencontre.

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Né à Genève en 1970, Thierry Stern incarne la quatrième génération à la tête de Patek Philippe.

 

Dans une salle de réunion de l'illustre manufacture Patek Philippe, à Plan-les-Ouates, le temps poursuit son irrémédiable course. Vingt minutes de retard. Vingt précieuses minutes à soustraire du temps imparti pour la rencontre prévue avec Thierry Stern. Son temps est compté. Dans moins d'une heure, le vice-président et membre du directoire de la maison horlogère devra s'éclipser pour assister à une séance importante.

«Pas si facile de s'engager dans une affaire familiale.»

On se rassure en se disant qu'il est jeune – seulement 37 ans – que son passé professionnel, en tant que fils de Philippe Stern, est aussi droit qu'un trait tiré à la règle et que son avenir est déjà tout tracé. Quarante minutes d'entretien devraient largement suffire à brosser le portrait de cet homme appelé un jour à succéder à son père à la tête de Patek Philippe.Grossière erreur!Etre «fils de» n'est finalement pas si simple. Et Thierry Stern a renoncé depuis longtemps à calquer son pas sur celui du pater familias. Nul doute que l'humilité fait aussi partie de son ADN. «Je ne suis pas le sosie demon père, explique-t-il. J'ai d'autres talents et d'autres faiblesses.» Respiration. La conversation promet de réserver quelques jolies surprises. Petit-fils d'Henri Stern et fils de Philippe, Thierry Stern qui poussa son premier cri à Genève un jour de 1970, incarne aujourd'hui la quatrième génération de la famille à la tête de Patek Philippe. Une histoire déjà écrite à l'avance? L'intéressé affirme le contraire.
«Mon père ne m'a jamais poussé àm'engager dans la voie de l'horlogerie. J'aimais ça, tout simplement. Très jeune, mon éducation a été telle que j'ai rapidement apprécié l'esthétique du produit et la qualité des relations humaines que mon père entretenait dans le milieu. J'avais même du mal à distinguer les membres de la famille des clients de mon père.Mais ce serait mentir que de dire qu'il m'a fait subir un lavage de cerveau pour que je reprenne un jour Patek Philippe. Ce n'est pas si facile de s'engager dans une affaire familiale, la pression est forte. Si on n'aime pas ça, il ne faut pas y aller.»
Par chance, Thierry Stern ne s'est pas fait prier pour mettre ses compétences acquises à l'Ecole de commerce de Genève, complétées par une année intensive à l'Ecole d'horlogerie de Genève, au service de l'entreprise familiale.Mais, contrairement à ce que les apparences pourraient laisser penser, la porte d'entrée de la manufacture ne fut pas si large. Chez les Stern, tout vient à point à qui sait attendre. Autrement dit, chaque chose en son temps. Thierry Stern, tout comme ses prédécesseurs, a donc dû gravir les échelons. Sans doute, certes, plus vite qu'un autre. Mais dans la famille, on n'offre pas de postes à grandes responsabilités sans avoir préalablement fait ses preuves.

Du col blanc à la blouse bleue

La première expérience du futur aspirant à la présidence de Patek Philippe l'emmène en Allemagne où il passe deux ans auprès des détaillants pour acquérir les techniques du commerce de détail et les stratégies qui aboutissent à la vente d'une montre. Il se rend ensuite aux Etats- Unis pour intégrer une filiale de première importance, la Henry SternWatchAgency, où il s'implique dans la vente, la gestion des stocks de bracelets et de composants, le service après vente et les relations commerciales.
«Dans la famille, c'est un passage obligé, souligne-t-il. J'y suis resté deux ans.» Suivra une période instructive où il délaissera le col blanc et endossera la blouse bleue pour apprendre la fabrication de composants, de bracelets et de l'habillement aux Ateliers Réunis SA. Son objectif? «Si vous faites partie des leaders de l'horlogerie, le seul moyen de pouvoir anticiper les problèmes, c'est de savoir de quoi on parle. C'est vital, sinon on risquerait de détruire la marque.» A ce poste, il participera égale également à l'introduction de nouvelles méthodes de production, dont lesmachines sophistiquées CNC à commande numérique, avant d'être nommé pour deux ans au poste de chef de marché du Benelux où il se familiarisera avec des domaines tels que la prévision des ventes et l'ensemble des aspects commerciaux. Il quittera ensuite ce poste pour occuper celui de responsable de la création, rôle qu'il prendra à coeur de 1998 à 2003. Aujourd'hui encore, bien que promu au poste de vice-président, il porte une attention toute particulière à ce domaine. «C'est mon petit côté créatif, lance-t-il dans un sourire. Mais désormais, je n'ai plus à gérer toute la paperasse. Je me concentre sur la création pure des nouveaux produits.»

Thierry Stern dit aujourd'hui briller par sa bonne connaissance du produit et du marché. L'anticipation est son meilleur atout et son goût pour le terrain sa plus grande faiblesse. «J'ai du mal à rester assis toute la journée à mon bureau», concède t- il.

 

Alors, quand il n'est pas occupé à superviser les 24 divisions que compte Patek Philippe, il voyage. Beaucoup. Partout. Il lutte contre le jet-lag, trouve un peu de temps pour s'occuper de ses deux fils et achève de se convaincre que le futur capitaine d'un vaisseau de l'horlogerie tel que Patek Philippe ne peut pas tout savoir. Un grand pas, humble et serein, sur le chemin qui le mène vers un avenir désormais rédigé en lettres d'or.

Marie de Pimodan

Tribune des Arts - No349 - Mars 2007

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