L'Agefi - 6 avril 2011
Servan Peca
Pérenniser, relancer, sécuriser, renforcer, innover et développer. L'industrie horlogère et sa tradition ont été verbalisées sous des formes multiples hier au CSEM à Neuchâtel. Lors d'une conférence de presse très courue, Patek Philippe et l'entité locale de l'Institut de microtechnique (IMT), rattaché à l'EPFL depuis 2009, ont annoncé la création d'une chaire de micronanotechnologie financée par la marque genevoise. Sa mission: travailler sur le dimensionnel. L'augmentation du rendement énergétique des mouvements permet de réduire la taille des mécanismes et des composants et d'améliorer la fiabilité et la réserve de marche. Il s'agit également de développer de nouveaux matériaux de haute technologie, à l'image du silicium monocristallin, qui révolutionne l'horlogerie mécanique depuis plusieurs années.

«Le futur du secteur horloger est assuré si la tradition parvient à se mouvoir dans l'innovation», a solennellement promis Patrick Aebisher, président de l'EPFL. «Cette région est capitale pour Patek Philippe, a quant à lui indiqué Philippe Stern, ancien président de l'entreprise passé membre du conseil en 2008, alors qu'il cédait sa fonction à son fils Thierry. Nous y avons déjà beaucoup investi et prévoyons d'autres développements ici». Et le désormais président d'honneur de poursuivre: «Cette chaire va non seulement nous permettre de poursuivre nos recherches appliquées, mais aussi de relancer la recherche fondamentale, qui a été quelque peu négligée ces dernières années».
Voilà déjà une décennie que la marque collabore avec le CSEM, a précisé son CEO Mario El- Khoury, visiblement très satisfait d'un partenariat qui «renforce le site Microcity». Un pôle microtechnique d'importance «au moins européenne» qui regroupera l'EPFL, le CSEM, l'IMT et Neode et qui devrait voir le jour à la rentrée académique de 2013. «Nous avons travaillé jusqu'à tard hier soir pour pouvoir vous annoncer aujourd'hui que toutes les oppositions ont été levées et que la construction pourra débuter dans une dizaine de jours», s'est pour sa part félicité le Conseiller d'Etat Philippe Gnaegi. La future entité est destinée à accueillir douze chaires de microtechnique, contre six aujourd'hui. La septième d'entre elle est officiellement née hier.
La contribution de Patek Philippe servira à financer le poste de professeur, actuellement mis au concours, ainsi que sa future équipe. «Le résultat des recherches n'est pas réservé à Patek Philippe. Il est, comme toujours, soumis au principe de liberté académique, a encore précisé Patrick Aebischer. Mais un lien entre le sponsor et la chaire se créé indéniablement». L'apport financier n'a pas été chiffré, mais il a été concédé «avec passion », selon Philippe Stern. «L'innovation est le garant de notre indépendance». Un statut ô combien fondamental pour une marque souvent considérée comme l'un des grandes références de l'industrie horlogère suisse.
Les grands travaux sont terminés

Servan Peca: Ces dernières années, Patek Philippe a inauguré des sites de production, agrandi son siège et retravaillé son réseau de détaillants. Et maintenant vous financer une chaire de recherche. Que reste-t-il à faire?
Philippe Stern: Je n'ai pas d'autres grandes annonces à vous faire, les grands travaux sont terminés. Il y a toujours des aspects à retravailler, mais ces ajustements sont davantage de l'ordre de la gestion du quotidien.
En quoi consistent-ils?
Le réajustement du réseau de détaillants, qui est passé du nombre de 600 à environ 480, n'est peut-être pas complètement terminé, par exemple. Et nous allons également continuer de travailler sur notre visibilité.
En tant que membre du conseil et président d'honneur, quel est votre nouveau rôle?
Je donne mon avis et oriente le conseil au niveau de la vision stratégique à moyen et long terme. Le day to day est désormais entre les mains de mon fils Thierry et du directeur général Claude Peny.
Doit-on s'attendre, avec la création de cette chaire, à une accélération des innovations techniques chez Patek Philippe?
Comme vous avez pu le voir aujourd'hui, le rythme de nos innovations technologiques est déjà assez régulier, ces dernières années. Il n'y a pas d'explosion de ce rythme à attendre. Disons plutôt des innovations à moyen terme. Pour progresser, nous sommes obligés de poursuivre les améliorations technologiques. Dans ce métier comme dans d'autres, celui qui n'avance ne fait pas que stagner, il recule...
