Le marché italien fut particulièrement porteur pour les horlogers genevois, notamment pour Patek Philippe.


La taille d'une ville comme Genève à qui ne bénéficiait pas des fastes d'une cour royale à au regard de la quantité d'articles horlogers produits, amena les horlogers locaux à rechercher de nouveaux débouchés, condition sine qua non au développement de leurs entreprises. L'on vit ainsi, de par les contingences géopolitiques, se déplacer au cours des siècles les «marchés».
Du XVIIe siècle on retiendra la naissance des relations commerciales avec l'Empire ottoman, du XVIIIe siècle celles avec la Chine et du XIXe siècle celles avec les Amériques. Il est évident que ces contrées lointaines ne doivent pas occulter un commerce très fructueux entretenu avec les pays européens.
Genève était depuis fort longtemps une place de foire, véritable carrefour des Alpes. L'arrivée des réfugiés huguenots, aux XVIe et XVIIe siècles, qui, malgré les vicissitudes de l'histoire, continuèrent d'entretenir des relations étroites avec la France mais aussi l'Italie protestante, notamment Ferrare et Lucques, renforça cet état de fait. Notons que de grandes dynasties d'horlogers genevois comme les Deonna, Fatio, Gando, Lagisse, Miroglio ou Oltramare venaient de la péninsule italique.
Favori des rois
Très tôt Antoine Norbert de Patek (1812-1877), fondateur de la marque éponyme en 1839, vit l'importance de développer des relations commerciales avec l'Italie à marché qui devenait de plus en plus prometteur à avant de partir conquérir ceux du nouveau monde.
Ces efforts ont laissé des traces. A la lecture de son carnet d'adresse, on voit que la manufacture genevoise est ainsi en contact avec différents horlogers et bijoutiers italiens dès 1850. Tout d'abord à Milan puis à Venise en 1852, à Bologne en 1856, à Turin en 1857, à Rome et à Livourne en 1858, à Gènes en 1860, à Florence en 1863 et à Messine en 1868.
Caractéristique de son approche méthodique, on apprend que pour l'Italie de 1865, les droits de douane pour les montres en or sont de 2 francs et pour celles en argent de 1 franc.
Dans ce carnet, est également mentionné le fait qu'à Turin, Musy Père & Fils est «le plus riche» horloger de la région. Cette famille, originaire de Haute-Savoie, établie depuis 1706 dans la capitale piémontaise, est nommée en 1765 Orologiai del re et deviendra au XIXe siècle fournisseur de la Cour. Cette maison devient, vers 1860, l'un des détaillants de Patek Philippe. La firme genevoise fournira plusieurs montres aux armes de la famille de Savoie-Piémont-Sardaigne en désignant leurs boîtiers, dans ses Registres d'Etablissement, de «forme spéciale dite Musy».
On trouvera dans les collections du Patek Philippe Museum quelques unes de ces pièces «royales» et d'autres ayant un rapport direct avec l'Italie des papes. En effet, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la quasi-totalité des monarques de la vieille Europe font appel à Patek Philippe ou à ses détaillants locaux pour se pourvoir en montres à titre personnel ou pour des cadeaux dit «de présentation ».
Ces montres à caractère «historique » émanent de personnages célèbres. Gravées, ciselées, émaillées ou rehaussées de pierreries, elles portent armoiries, initiales, dédicaces ou portraits. Celles de présentation, tout aussi belles, sont généralement commanditées par les souverains en vue d'être offertes à d'importants visiteurs ou d'être données en gage de reconnaissance à des sujets pour actes de bravoure ou de loyauté.
Arnaud Tellier
Patek Philippe Museum
Rue des Vieux-Grenadiers 7
1205 Genève.
Tél. 022 807 09 10.
www.patekmuseum.com
Ma-ve: 14h-17h. Sa: 10h-17h
Fermé les jours fériés.
Visite guidée tous les mercredi à 14h.