Tribune des Arts - Juillet 2009
Gabriel Tortella
Philippe Stern est, en quelque sorte, le père spirituel du Patek Philippe Museum. Après avoir consacré beaucoup d'énergie et une partie de sa fortune à compléter la collection «Patek Philippe», et même s'il devait prendre sa retraite et laisser la manufacture aux seules mains de son fils, Philippe Stern s'adonnera sans doute à son musée. Continuant à enrichir ce qui est aussi la plus exceptionnelle collection de toute l'histoire de l'horlogerie.

Après plus de 40 ans de recherches, de voyages et d'acquisitions, Philippe Stern décida que sa collection deviendrait musée. Une décision d'ordre éducatif, dans le but d'offrir à d'autres les chefs-d'oeuvre qu'il avait acquis. Un projet semblable en tous points à ceux de mécènes de la démocratie américaine. Plus de 2000 pièces représentant 500 ans d'histoire de la montre, sont actuellement exposées au Patek Philippe Museum, dont des montres, des automates musicaux et des portraits miniatures.
La Henry Graves et autres Calibre 89
La plus importante pièce, la n° 198385, livrée en 1932 à Henry Graves Jr, est restée 87 ans la montre la plus compliquée du monde. Estimée à plus de 30 millions de francs, elle a été exposée au Patek Philippe Museum pour son inauguration jusqu'en juin 2009 et partage, avec la "Marie-Antoinette" de Breguet, le titre de montre la plus importante jamais construite. Dans un diamètre de 74 mm (seulement!), elle cumule un nombre impressionnant de complications et de prouesses techniques comme décrit par Alfred Chappuis dans La Montre suisse, de 1943.

La pièce la plus compliquée, le Calibre 89, réalisé pour le 150e anniversaire de Patek Philippe, est depuis 1989 la montre la plus compliquée du monde, construite à quatre exemplaires de couleurs différentes. Un prototype du Calibre 89 est exposé au Patek Philippe Museum où elle occupe la place d'honneur dans la salle des montres de poche ultra-compliquées. Il a fallu 88mm de diamètre pour pouvoir battre les complications de la Graves, ainsi que neuf ans pour sa réalisation.

Tel est le combat de titans auquel se livraient Packard et Graves qui finançaient en fait ces montres ultra-compliquées. C'est pour faire mieux que son rival, Packard, que Graves commanda sa n° 198385. Packard avait ouvert la marche avec sa première montre la plus compliquée du monde, livrée en 1916, la n° 174129 (66 mm de diamètre) qui est exposée au Smithonian Museum, aux Etats-Unis. Modèle que l'on peut estimer de 5 à 8 millions de francs.
Cela ne lui suffisait pas, il voulait aussi pouvoir observer le mouvement des étoiles dans le ciel, au-dessus de sa résidence. Pour cela il commanda la n° 198023 (54 mm), de diamètre, livrée en 1927, estimée de 2 à 3 millions de francs. Elle est exposée au Patek Philippe Museum dans la salle des montres de poche compliquées aux côtés du Calibre 89.
Ce que Patek fit en 1932 pour Graves, ne fut autre que de rassembler, en une seule montre, les deux ou trois montres les plus compliquées de Packard. Cela demanda cinq ans.

Après les années 1930, les montres-bracelets focalisèrent une grande partie de l'énergie à créer et à produire. Ce fut donc sur celle-ci que se tourna l'application des complications. Patek fut, jusqu'à la fin des années 1970, la seule manufacture à produire en série des montres compliquées telles que les calendriers perpétuels, les répétition minutes, les heures universelles, etc. Ci-contre: deux exemples de montres exceptionnelles, que vous pouvez aussi voir au Patek Philippe Museum, dans la salle consacrée aux montres-bracelets ultra compliquées. La première est la n° 862242, un chronographe avec indication des heures universelles de 1940. La seconde est la n° 198340 de 1939, une répétition minutes avec calendrier perpétuel. On peut estimer la première entre 3 et 5 millions de francs, la deuxième, entre 5 et 8 millions.
