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L'interview-vérité de Philippe Stern

Le propriétaire de Patek Philippe dévoile les raisons profondes qui l'ont poussé à créer son propre label, le Poinçon Patek Philippe.

 

13 juin 2009

Fabrice Eschmann – BIPH

Dans l'air depuis quelques mois, la nouvelle est devenue officielle ce printemps: Patek Philippe a décidé de progressivement abandonner le Poinçon de Genève – dont la marque était pourtant le plus important ambassadeur – pour le remplacer par le Poinçon Patek Philippe, label élaboré à l'interne. Quelle fut la réflexion qui a mené à cette décision? Et que reproche la prestigieuse marque au Poinçon de Genève? Philippe Stern, propriétaire de Patek Philippe, répond aux questions de Worldtempus.com.

 

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Quel a été l'élément déclencheur qui vous a amené à créer le Poinçon Patek Philippe?
Cela a été une longue réflexion qui a commencé il y a quatre ans. Nous voulions mieux représenter ce qu'est la qualité Patek Philippe, car elle était mal définie pour nos clients. Nous avons beaucoup communiqué autour du Poinçon de Genève, mais nous voulions aller plus loin. Le Poinçon de Genève définit essentiellement la finition des composants. C'est très bien, mais il ne parle ni de la fiabilité du mouvement, ni de sa précision.

La rumeur prétendait que vous n'aviez pas apprécié l'entrée en 2008 de Cartier dans le club des bénéficiaires du Poinçon de Genève…
Non, cela n'a rien à voir avec Cartier. La simple rédaction de tous les critères de qualité ayant trait au Poinçon Patek Philippe nous a pris deux années. Notre démarche est donc bien antérieure.

La marque Patek Philippe est déjà un gage de qualité en soit. Pourquoi avoir créé en plus un Poinçon Patek Philippe, qui ne fait que répéter ce que la marque garantit déjà?
Vous, comme beaucoup de monde, dites qu'une montre Patek Philippe est d'excellente qualité, et je ne vais pas vous contredire. Mais ce n'est qu'une impression, qui repose sur notre parole. Nous voulions formaliser tout cela. Aujourd'hui, ce sentiment de qualité renvoie directement au Poinçon Patek Philippe et à la rédaction de tous ses critères, qui remplissent plusieurs classeurs.

 

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Le fait que ce label soit autodécerné et autocontrôlé ne lui enlève-t-il pas toute crédibilité?
Nous nous sommes longtemps demandés s'il fallait faire intervenir un consultant externe. Mais nous avons rapidement constaté que les meilleurs experts que nous puissions trouver étaient sous notre toit. Nos critères sont tellement pointus, dans tellement de domaines, que des personnes externes à l'entreprise auraient été rapidement dépassées. Nous avons donc décidé de prendre nos propres responsabilités, en utilisant le contrôle extrêmement sévère qui s'est toujours fait à l'interne. Car nous n'introduisons pas quelque chose de révolutionnaire: nous avons toujours travaillé ainsi.

Avez-vous envisagé d'autres solutions avant de créer votre propre poinçon, qui conduira à terme à l'abandon du Poinçon de Genève?
Oui, évidemment. Nous avons songé à faire évoluer le Poinçon de Genève. Mais nous nous sommes rendu compte qu'il n'y avait pas de volonté politique de faire avancer les choses. Car le Poinçon de Genève a été institué par une loi cantonale. Pour le changer, il faut donc changer la loi…

Que reprochez-vous au Poinçon de Genève?
Nous avons communiqué de longues années avec le Poinçon de Genève et nous ne le renions absolument pas. Cela dit, en apprenant que nous lancions notre label, une de mes connaissances m'a dit: «Alors tu n'as plus à avoir peur du Poinçon de Genève maintenant!» J'ai été obligé de lui dire que le Poinçon de Genève n'avait jamais fait aucun contrôle chez nous. Une fois un mouvement validé par ses instances, c'est fini, il n'y a plus de suivi! S'il y a des dérives, les instances du Poinçon de Genève n'agissent pas, et cela nous dérange.

Et le Poinçon Patek Philippe corrige le tir?
Il est difficile à atteindre, et freine le développement de la marque en termes de quantité. Cela nous convient, et surtout cela convient à notre clientèle. C'est là l'essentiel.

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Le Poinçon Patek Philippe, qu'est-ce?

 


Fabrice Eschmann – BIPH



Le Poinçon de Genève définit en douze points les matériaux, les finitions et la géométrie des composants d'un mouvement, ainsi que sa provenance. Le Poinçon Patek Philippe va plus loin: la manufacture se distingue en effet par sa verticalisation très poussée. Le Poinçon Patek Philippe se veut dès lors le reflet qualitatif de l'ensemble de la montre finie. Le mouvement, mais aussi l'habillage (boîtier, aiguilles, bracelet) sont soumis à des critères très précis. Le choix des métaux précieux, des alliages ainsi que des pierres à sertir figurent en bonne place. La précision de marche et la fiabilité sont également parties intégrantes du label. Enfin, le service après-vente, l'entretien et la restauration de toutes les montres fabriquées par la manufacture depuis sa fondation en 1839 sont garantis.

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Pour veiller au bon fonctionnement des normes écrites du Poinçon Patek Philippe, la marque genevoise l'a doté de deux organes: le Comité du Poinçon Patek Philippe et la Commission de surveillance. Le premier, composé d'une cellule technique et d'une cellule esthétique, fait office de législatif: sa mission est de définir les prescriptions du label, de modifier le règlement en fonction des innovations et de préparer les décisions stratégiques; le second, exécutif, se charge de faire appliquer et de contrôler en permanence les décisions du premier. Ces deux entités sont chapeautées par une instance suprême incarnée par Philippe et Thierry Stern, respectivement président et vice-président de la manufacture, garants du Poinçon Patek Philippe.

 

LES MEMBRES DU CLUB RESTENT FIDÈLES


Fabrice Eschmann – BIPH

 


D'une seule voix, les membres du club Poinçon de Genève (du moins les plus connus, car la liste exhaustive n'est pas communiquée) manifestent plus que jamais leur volonté de soutenir le label d'Etat, Vacheron Constantin profitant même de l'occasion pour s'arroger le titre de marque de référence de l'estampille, jusque-là détenu par Patek Philippe.

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Instauré en 1886 sous forme de loi cantonale, le Poinçon de Genève a sans nul doute contribué à l'amélioration qualitative de l'horlogerie genevoise et à la défense de son caractère jusqu'à nos jours. Pourtant, si l'on en croit le Conseil d'Etat genevois lui-même, le label a mal vieilli. Dans l'exposé des motifs à l'appui de la «Loi relative au Laboratoire d'horlogerie et de microtechnique de Genève», entrée en vigueur ce printemps, il souligne que «l'organisation artisanale actuelle du Poinçon de Genève est devenue obsolète (…). En effet, elle repose essentiellement sur la disponibilité très partielle de deux enseignants dans le cadre de l'Ecole d'Horlogerie. Cela ne répond plus à la demande des milieux industriels, ces derniers souhaitant une ouverture continue du bureau, notamment durant les vacances d'été.»


Du côté des milieux industriels en question, les discours officiels ne laissent pourtant transparaître aucune once de grief. Vacheron Constantin considère que «cette certification historique, indépendante, unique, dans le monde de l'horlogerie est la meilleure référence en termes de garantie de durabilité et de respect de la tradition de la haute horlogerie.» Manufacture Roger Dubuis, de son côté, «croit fortement au Poinçon de Genève et continuera d'estampiller ses mouvements avec ce label.» Quant à Chopard, «étant solidement ancrée à Genève, (la marque) reste fidèle à ce label.» Tout juste conçoit-elle que «dans le futur, il serait souhaitable que la communication autour de cette certification soit dynamisée…»

Nous aurions souhaité donner la parole à Daniel Favre, président de la Commission du Poinçon de Genève. Malgré plusieurs appels, il est resté injoignable.

 

 

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