
Panerai : la renaissance d'un yacht classique
Panerai enrichit son identité nautique en restaurant Eilean, un yacht classique construit en 1936. L'année de la mise au point du premier prototype des Panerai de plongée. Premières images exclusives du chantier.
A voile ou à moteur, un « yacht classique » est une embarcation de conception traditionnelle, généralement construite en bois et, de ce fait, quasiment toujours refaite à l'identique pour conserver ses lignes originales et ses qualités nautiques.
On parle de yacht « classique » pour ceux qui ont été lancés entre 1950 et 1975. Ceux qui sont antérieurs aux années cinquante sont des yachts « vintage ». Une troisième catégorie, « Spirit of tradition », désigne les yachts anciens qui ont été reconstruits dans des matériaux modernes, mais dans le respect des traditions nautiques (on parle de « nouveaux classiques).
Les amateurs et les collectionneurs se disputent les derniers survivants des grands chantiers du passé, qu'ils reconnaissent au style de leur plan de voilure ou de leurs lignes d'eau. Les bateaux sortis des ateliers des Fife of Fairlie, une famille de constructeurs écossais, sont parmi les plus appréciés des connaisseurs. Fidèle à son engagement nautique, Panerai vient de se lancer dans la reconstruction et la renaissance d'un yacht classique de 22 mètres, signé Fife – un Fifer – et riche d'un beau passé transatlantique (36 traversées au moins). Èilean, construit en 1936 et lancé en 1937, se fait remarquer par l'élégance de ses lignes d'eau, typiques de l'âge d'or du yachting vintage, qui privilégiait l'esthétique sur l'efficacité technique. Il était gréé en ketch bermudien (Marconi), avec deux cabines doubles et un poste pour l'équipage, en plus du carré et de table des cartes. L'intérieur était en acajou, mais il a été ravagé par les termites, alors que d'autres parties en bois du yacht ont elles aussi beaucoup souffert au fil des années. Quasiment abandonné et couvert de rouille, Eilean a été retrouvé aux Caraïbes dans un état quasi-désespéré, mais Angelo Bonati, passionné de voile, mais aussi patron de Panerai (ci-dessus, au centre), a quand même eu un coup de cœur, qui l'a poussé à entreprendre le sauvetage du yacht. Le retour en Europe s'est fait en cargo, jusqu'au chantier de Francesco Del Carlo, à Viareggio, en Italie. Ressusciter Eilean ne sera pas une mince affaire. Les travaux viennent tout juste de commencer et tout est à reconstruire, de la quille au sommet du mât. Tout, sauf l'essentiel : l'âme du yacht, toujours sensible dans le charme de ce qui n'était plus qu'une épave et qui renaît petit à petit à la vie, uniquement avec des matériaux traditionnels. Ainsi, il a fallu commander en Allemagne 5 000 vis de bronze ! Des tonnes de teck au 24 m du mât en pin de Douglas, tout a été restauré dans les mêmes bois qu'au lancement chez Fife, en 1937, en conservant au maximum ce qui est sauvable des éléments subsistants. Eilean voguera de nouveau en 2009, 72 ans après son baptême, mais pas seulement pour le plaisir d'une poignée de privilégiés : du printemps à l'automne, plus de six mois par an, en Méditerranée comme autrefois dans les Caraïbes, on reverra la silhouette du Fifer dans les grandes régates classiques, sous pavillon Panerai, mais aussi comme école de voile vintage. La main de l'artisan horloger pour les montres (Panerai dispose à présent de quatre mouvements « manufacture »). La main de l'homme pour les manœuvres sur Eilean. L'initiative de Panerai affiche une incontestable cohérence et enrichit l'image de la marque, en élargissant son champ d'intervention au-delà de la seule plongée sous-marine et du seul parrainage des compétitions vintage. La cause d'Eilean était belle. L'engagement de Panerai signale une nouvelle tendance des marques du luxe horloger : parrainer un yacht plutôt qu'une course et naviguer sous ses couleurs plutôt que sur les pavillons des bouées de régate. Il y a quelques jours, Jean-Claude Biver (Hublot) baptisait lui aussi son yacht Big Bang. A qui le tour ?
Grégory Pons








