Revolution #7 - Mars 2010Nicolas Paratte
Le Tessin, ses lacs, ses palmiers, ses vieilles demeures et son dolce farniente au soleil. La partie italophone de Suisse a désormais sa montre « Made in Ticino ». Ora Swiss Watch Company allie la précision du Nord à la culture du Sud, le tout enveloppé dans un écrin de rêve que son créateur Giorgio Baiardi vous invite à découvrir.

Giorgio Baiardi, 48 ans, concepteur exigeant. © Revolution
Au Tessin, on l'appelle l'exigeant. Le parcours de Giorgio Baiardi, né à Lugano il y a 48 ans, ne peut que confirmer ce trait de caractère. Le géniteur d'Ora a grandi à Neuchâtel, au coeur du berceau de l'horlogerie. Après des études en micro-mécanique, ce fils d'émigrés tessinois rejoint le groupe Swatch dans les années 80 en tant que technicien. Il s'envole ensuite pour les Etats-Unis pour apprendre l'anglais avant de revenir au Tessin où le constructeur de machines-outils Agie Charmilles l'engage en qualité d'ingénieur en développement. « J'ai toujours eu une passion pour ce domaine », explique l'entrepreneur à la tête de Baiardi Industrial Engineering depuis 2003. Dans son bureau « open space » de Minusio, à deux pas de Locarno, il conçoit avec ses collaborateurs des machines destinées au monde industriel, médical et horloger. L'idée de créer sa propre montre ne l'a toutefois jamais quitté. "C'était un truc qui était en moi : j'avais envie de faire cette montre. J'attendais juste le bon moment". Fin 2006, après 20 ans de mûrissement et une analyse de marché plus tard, il décide enfin de se lancer à l'aide de son épouse Corinne Koller Baiardi, 46 ans, avocate à Locarno. Ils fondent Ora Swiss Watch Company, une spin-off de son bureau d'ingénieur qui doit mettre sur pied un prototype. Trois ans plus tard, la Ora n°1 devient réalité, malgré la crise : "Nous avons voulu investir dans ce projet jusqu'au bout", raconte Giorgio Baiardi qui gère le projet de A à Z, épaulé par le designer et art director Marco Mariotta, d'Ascona.Rencontre Nord-SudMontre de caractère, l'Ora n°1 est particulière : son boîtier et son cadran carrés ne font qu'un dans un monobloc en titane. Le cadran est par ailleurs entièrement « sculpté » par électroérosion, un procédé qui utilise des décharges électriques pour obtenir un grain plus ou moins prononcé selon les surfaces. Le premier chronographe mécanique de la marque se veut un produit de haute qualité. Ce garde-temps aux lignes architecturales, "conçu au soleil et sculpté par les étoiles", a notamment séduit Joël Von Allmen, la star neuchâteloise des photographes horlogers qui s'est chargé des prises de vues de la campagne publicitaire. Quelques 50 exemplaires devraient voir le jour cette année, un objectif de base.

Le boîtier et le cadran sont réalisés dans un monobloc en titane. © Revolution
"Il s'agit d'une nouvelle expérience au Tessin", précise Giorgio Baiardi qui a finalement réussi à créer un produit "Swiss Hand made in Ticino". Et c'est une première pour une montre Swiss Made que de naître dans cette contrée : si des éléments proviennent de l'arc jurassien, elle a été développée, produite, assemblée et contrôlée au Tessin. L'ingénieur collabore à cet effet avec un horloger expérimenté du cru. Il est d'autant plus fier, que sous ces cieux cléments, de nombreux assembleurs travaillent depuis des années dans l'ombre des marques helvétiques.

Le boîtier de 41 x 41 mm de l'Ora n°1 est imposant, mais le fait qu'il soit en titane la rend étonnamment légère. © Revolution
Vendre du rêveGiorgio Baiardi ne veut pas seulement vendre une montre, mais une philosophie, du rêve. La marque est présentée dans le « showroom » aménagé au sein du cabinet de sa femme à Locarno, sur la célèbre Piazza Grande qui accueille chaque début août le festival du film de la ville. Actuellement, aucun distributeur ne joue les intermédiaires. Le patron d'Ora préfère ainsi que ses clients viennent au Tessin pour prendre possession de leur montre. Au-delà du produit, c'est tout une région, son savoir-faire et son savoir-vivre, qu'il veut mettre en lumière. Ce qu'il fait en offrant une nuit dans un hôtel de charme tessinois de même qu'un bon repas à tout acquéreur se rendant sur place. "C'est notre façon de distribuer notre produit. Nous avons envie que les gens apprécient ce que l'on aime", explique ce collectionneur de vieilles voitures et de montres des années 50 à 60.
La marque ne veut pas seulement vendre une montre, mais aussi une philosophie, du rêve. © Revolution
Vingt-cinq montres du premier modèle ont déjà été commandées par des amis, amateurs et connaisseurs passionnés, hommes ou femmes, amoureux de l'art et de la culture latine. Toutes uniques et numérotées, elles sont vendues 12'500 francs suisses (env. 8'000 euros). Des demandes affluent en outre de Suisse alémanique, d'Allemagne, d'Italie, de France et des Etats-Unis. Mais Giorgio Baiardi, père d'une fille et d'un garçon de 15 et 12 ans, ne compte pas en rester là. Si aujourd'hui tout est sous-traité auprès de spécialistes, le but est qu'à l'avenir la marque intègre de plus en plus d'éléments propres à une manufacture. Et le modèle carré n'est pas figé : une montre femme, plus sensuelle, est en gestation. Dans l'immédiat, Ora Swiss Watch Company sera présente à Baselworld dans la tente du palace. L'occasion de présenter une nouveauté, la Ora n°2, une montre de plongée complètement différente de sa consoeur.

Le modèle Ora n°1 est également adaptée aux poignets féminins. © Revolution
