« Une réalisation monumentale »

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Marc Newson, considéré comme l’un des plus grands designers contemporains, a imaginé trois nouvelles horloges pour Jaeger-LeCoultre : l’Atmos Hybris Artistica Tellurium, l’Atmos Designer 568 et la Memovox Travel Clock. Présentées lors de la Design Week de Milan en avril, en présence du designer, elles ont ensuite donné lieu à une interview exclusive accordée à WorldTempus.

Quelle relation entretenez-vous avec le temps ?

Il existe, selon moi, quelque chose de profondément particulier dans la conception des garde-temps. Ils incarnent une rencontre idéale entre ingénierie et design, capables d’évoquer à la fois le passé et l’avenir dans un même objet. Ils reposent sur un héritage tout en étant tournés vers le futur. L’horloge de voyage, en particulier, peut symboliser cette dualité propre à l’expérience humaine : le besoin de contemplation autant que l’envie d’avancer.

Atmos Hybris Artistica Tellurium © WorldTempus

Qu’appréciez-vous dans les montres et les horloges ?

Je suis fasciné par leur savoir-faire, dont la complexité demeure souvent invisible. Mon intérêt pour les montres, né durant l’enfance et toujours intact aujourd’hui, provient peut-être d’un sentiment d’urgence latent : la conscience du temps qui s’écoule et l’envie de laisser une trace porteuse de sens.

Marc Newson lors de l’événement de lancement à Milan © WorldTempus

Quelle différence y a-t-il entre concevoir une horloge, une montre ou une smartwatch ?

Les caractéristiques techniques de la Memovox, les spécificités de son mouvement ainsi que son alarme mécanique me passionnent depuis des décennies. J’ai toujours admiré cette alliance rationnelle entre esthétique et fonctionnalité, au point d’avoir longtemps rêvé d’en posséder une. Contrairement à un objet numérique, un garde-temps affirme une véritable présence physique tout en dialoguant avec quelque chose d’éphémère. Une horloge de voyage ne se limite pas à mesurer le temps ; elle évoque également le rituel nostalgique du voyage ainsi que ces objets personnels et précieux auxquels nous nous attachons. Elle répond, je pense, au besoin de ressentir physiquement la présence du temps, de pouvoir le porter et le tenir. Ces garde-temps presque talismaniques offrent une alternative à la dimension jetable du temps digitalisé. En célébrant une relation tactile, intime et personnelle au temps, l’horloge de voyage ne se contente pas d’indiquer l’heure : elle accompagne le voyage et contribue à recréer un sentiment d’ancrage.

Memovox Travel Clock © WorldTempus

Vous êtes connu pour ne pas apprécier les lignes droites et très marquées. Pourquoi avoir intégré un triangle affirmé sur cette horloge de voyage ?

J’ai effectivement une attirance naturelle pour les formes adoucies, mais cela ne constitue en rien une règle absolue. Mes choix esthétiques dépendent toujours du projet et de sa finalité. Je m’intéresse avant tout à la fonctionnalité, à la lisibilité, à la matérialité, à la pureté des lignes et à la cohérence de l’ensemble. J’aime cette idée d’une simplicité apparente qui cache une réelle complexité. Pour donner vie à un produit très spécifique, j’utilise donc différentes approches simultanément, sans jamais me limiter à une seule vision esthétique.

Atmos Designer 568 © WorldTempus

L’industrie horlogère s’appuie fortement sur ses icônes. Quel regard portez-vous sur le design horloger contemporain ?

Je préfère me concentrer sur les fondamentaux esthétiques plutôt que sur les tendances du moment. Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas aujourd’hui des créations remarquables ; simplement, ce n’est pas ce qui guide ma réflexion lorsque je développe un nouveau projet. Mes inspirations proviennent toujours d’univers très variés.

Atmos Hybris Artistica Tellurium© WorldTempus

Que représente pour vous le design de l’Atmos 568 ?

Je trouve particulièrement gratifiant de travailler avec des techniques et des technologies susceptibles de disparaître, afin de préserver et valoriser des savoir-faire menacés. La collaboration avec Baccarat, autour des cabinets en cristal massif des Atmos 561 et 568, ainsi qu’avec Serapian pour l’écrin en cuir de l’Atmos Tellurium, en sont de parfaits exemples. Je cherche continuellement à repousser les possibilités offertes par les matériaux, les formes et les procédés, avec la volonté constante de créer des objets à la fois forts et esthétiques. L’artisanat demeure au cœur de cette démarche : ces créations se veulent contemporaines tout en restant profondément liées à leurs origines.

Atmos Artistica Tellurium : quel a été votre principal défi et comment l’avez-vous relevé ?

L’Atmos Tellurium représentait un projet d’une grande complexité. Son poids, son centre de gravité ainsi que le subtil équilibre technique nécessaire à son fonctionnement ne pouvaient être altérés. L’un des défis majeurs concernait notamment le disque lunaire, un élément concave en aluminium sur lequel les données de la surface lunaire sont reproduites avec une précision exceptionnelle grâce à un procédé laser nécessitant plusieurs jours de travail. Sans oublier les constellations majeures du ciel nocturne, serties de centaines de saphirs sphériques… un véritable accomplissement monumental.

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