RM 16-02: Au début, vous ne l’aimerez pas. Et puis...

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RM 16-02 Automatic Extraflat © Richard Mille
Richard Mille dévoile une surprenante interprétation de la montre rectangulaire, si rare en design horloger. Un objet complexe qu’il faudra apprivoiser. Mais avec la certitude de pouvoir ensuite apprécier une pièce d’une beauté radicale.

Connaissez-vous le « brutalisme » ? Le terme a fait son apparition récemment dans le lexique horloger. Il s’agit initialement d’un courant d’architecture qui a sévi entre les années 1950 et 1970. Il se distingue par un usage de formes massives, du béton taillé à la serpe, avec des lignes franches et des arêtes vives. Une vision pour le moins singulière de l’architecture, qui n’a pas fait l’unanimité, tant s’en faut. 

Jusqu’à présent, une seule montre s’en est réclamée : la (Re)Matser02 d’Audemars Piguet. Mais il s’agissait de la reproduction quasiment à l’identique d’une pièce historique, dont nous trouvons un exemplaire au musée-atelier de la manufacture du Brassus. Et c’est toute la différence par rapport à la RM 16-02 de Richard Mille, qui, bien que se réclamant du même courant, est une véritable création originale. 

RM 16-02 Automatic Extraflat © Richard Mille
RM 16-02 Automatic Extraplate © Richard Mille

4 mm d’épaisseur, ou l’art d’en faire...un plat

On pourrait interroger le rapprochement affinitaire. Car, en réalité, cette RM 16-02 est beaucoup plus subtile et complexe que les lourdes géométries des bâtiments auxquels elle fait référence. Cette seconde version de la RM 16 est d’ailleurs plus petite de 10% par rapport à la RM 16-01. Elle se contient en un rectangle de 26 x 31 mm, pour seulement 4 mm d’épaisseur. Rien à voir avec le brutalisme pour cette pièce ultramoderne et d’une élégante finesse.

Thème du labyrinthe

Sa composition esthétique est d’une rare complexité. Son idée maîtresse est celle du labyrinthe. Elle se matérialise de deux manières. La première, c’est la structure du mouvement lui-même, ajouré de 67 ouvertures pratiquées dans ses ponts et platines en titane. Ce travail d’usinage est remarquable pour deux raisons. Déjà, pour la subtilité du motif. Ensuite, pour la difficulté de percer avec une telle finesse et en de si nombreuses occasions du titane, matériau particulièrement délicat à travailler, avec la fâcheuse tendance à mettre le feu à l’huile des outils qui tentent de s’y attaquer. On salue la performance technique. 

RM 16-02 Automatic Extraplate © Richard Mille
RM 16-02 Automatic Extraplate © Richard Mille

Au-delà, le motif du labyrinthe se retrouve côté cadran. Il s’agit là d’un habillage inhabituel, car asymétrique. Le tour des heures se concrétise par deux traits qui encadrent les heures et les minutes en une succession de lignes droites brisées à angles droits. De part et d’autre, les index en chiffres romains s’en accommodent comme ils peuvent, sacrifiant ici et là la barre inférieure du 2, la fermeture du 8, avec un 5 qui est même totalement absent, car figuré par le tour d’heure qui le dessine lui-même. 

Parti pris radical et assumé

Est-ce clair, net et lisible au premier coup d’œil ? Non. Mais il n’est de toute manière pas nécessaire à l’œil humain d’avoir des index pour lire l’heure. Richard Mille s’en dispense donc largement, jouant d’évocations, d’ombres et reliefs pour bâtir un design horloger complexe, hypnotique, auquel on résiste en premier lieu (faute d’y trouver ses repères habituels), mais à la beauté duquel on finit par succomber.

RM 16-02 Automatic Extraflat © Richard Mille
RM 16-02 Automatic Extraplate © Richard Mille

Il en va de même pour la géométrie générale de la montre : une boîte en rectangle, avec un mouvement rectangulaire squelette. Peu de collectionneurs sont rompus à ces formes et formats. Mais un bon horloger ne se distingue pas seulement par sa capacité à proposer des pièces consensuelles, mais aussi des créations disruptives, radicales, qui pousse les collectionneurs très loin de leurs sentiers battus. C’est une véritable prise de risque, assumée. Or, autant les tonneaux de Richard Mille sont aujourd’hui entrés dans le paysage horloger commun, autant il va falloir se battre pour apprivoiser cette RM 16-02. Mais l’effort sera à la mesure de la récompense : celle d’une œuvre qui ouvre l’esprit, aiguise le sens critique, explore de nouveaux territoires. Si, au début, on ne portera pas sa RM 16-02 au poignet tous les jours, il y a fort à parier que, par la suite, on ne puisse pas porter autre chose. 

RM 16-02 Automatic Extraflat © Richard Mille
RM 16-02 Automatic Extraplate © Richard Mille
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