Il fut un temps où la Royal Oak Offshore était simplement connue sous le nom de « The Beast ». Lorsqu’elle a été lancée en 1993, ses proportions surdimensionnées, ses détails en caoutchouc apparents et son attitude résolument sportive envoyaient un message profondément ancré dans son époque. Mais il existe un autre aspect de cette esthétique imposante, féroce et bestiale, et si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, c’est un aspect qui éloigne une part importante des amateurs de montres : elle exprime une masculinité très affirmée et laisse peu, voire pas du tout, de place à la passion féminine pour l’horlogerie.
Je dois admettre avoir passé une grande partie des premières années de ma carrière dans le journalisme horloger, qui approche bientôt les deux décennies, à essayer quelque peu de m’intéresser aux montres plus sportives. À une époque où les diamètres et les épaisseurs n’avaient pas encore été réduits pour atteindre des proportions plus faciles à porter, les montres habillées traditionnelles étaient beaucoup plus accessibles et adaptées aux collectionneuses. Et même si, adolescente, il m’est arrivé de temps à autre de dérober quelques montres de mon père, un homme robuste d’un mètre quatre-vingt-treize (dont une de mes préférées, son indestructible Casio G-Shock entièrement noire), elles engloutissaient inévitablement mon poignet et relevaient davantage d’une déclaration de rébellion que d’un choix de style. Avec le temps et la maturité, les montres-outils sont devenues « quelque chose que mon père porterait » et ne correspondaient plus vraiment à mon style personnel.
C’est pourquoi, ces dernières années, lorsque des horlogers comme Audemars Piguet ont fait preuve d’ouverture d’esprit en réduisant considérablement les dimensions, cela a été une véritable aubaine pour ceux d’entre nous qui ne souhaitent pas forcer les choses avec un imposant morceau d’horlogerie utilitaire de plus de 40 mm. Et en prime, lorsqu’il s’agit des versions plus délicates de la Royal Oak Offshore, cet ADN rebelle reste intact, mais il s’exprime désormais avec une touche plus légère, un profil plus fin et un état d’esprit résolument baigné de soleil.
Le trio de nouvelles Royal Oak Offshore Chronographe Automatique de 37 mm aux accents ultra-estivaux lancé par Audemars Piguet, présenté aux côtés de trois versions de 42 mm aux proportions plus traditionnelles et aux teintes plus discrètes, n’éprouve absolument aucune hésitation quant à son public cible. Évoquant une peau salée, un glamour scintillant et des instants prolongés sous la lumière dorée du coucher de soleil, ces montres restent conçues pour le mouvement et la spontanéité, tout en portant particulièrement bien leurs couleurs féminines.
Pourtant, la plus grande nouveauté se trouve sous le cadran. Faisant ses débuts dans la ligne Offshore de 37 mm, le nouveau Calibre 6401 manufacture d’Audemars Piguet représente une évolution technique majeure pour la collection. Développé pendant cinq ans et remplaçant le Calibre 2385, utilisé depuis longtemps, ce mouvement chronographe intégré à remontage automatique associe une architecture à roue à colonnes à un système d’embrayage vertical, offrant une activation plus fluide et une meilleure réactivité, tout en bénéficiant d’une confortable réserve de marche de 55 heures. Visible pour la première fois à travers un fond de boîte en saphir, il arbore de séduites côtes de Genève, des finitions alternant surfaces polies et satinées, ainsi qu’une masse oscillante aux tons de rhodium foncé en or rose 22 carats.
L’arrivée de ce mouvement a également entraîné une refonte subtile de l’Offshore elle-même. Le boîtier est plus fin que les versions précédentes, tandis qu’une nouvelle lunette incurvée et des protège-poussoirs retravaillés adoucissent la silhouette de la montre sans sacrifier son caractère sportif. Le célèbre cadran Tapisserie a lui aussi évolué, avec des carrés plus grands, des chiffres arabes plus affirmés et une disposition plus épurée et équilibrée grâce au déplacement de l’affichage de la date à six heures. C’est une compagne d’été insouciante qui cache une véritable substance sous sa surface.
Et en ce qui concerne les caractéristiques nouvelles les plus remarquables de ces montres ? Pour ce qui est de la couleur, la mission a été parfaitement comprise. La pièce phare arrive en titane léger avec un cadran turquoise d’une fraîcheur méditerranéenne et un bracelet en caoutchouc assorti, une première pour la famille Offshore de 37 mm. Pour ceux qui recherchent quelque chose de plus doux, un deuxième modèle en titane associe des tons rose bonbon éclatants à une lunette sertie de 32 diamants taille brillant, une rencontre entre l’horlogerie technique et un style glamour ludique. La troisième déclinaison adopte peut-être la note la plus sophistiquée de toutes. Un boîtier en or rose 18 carats encadre un cadran bleu ciel clair et un bracelet en caoutchouc assorti, tandis que des détails sertis de diamants et des accents en or rose apportent de la chaleur à une palette autrement froide.
Cela va sans dire que ces Offshore continuent également de répondre parfaitement à leur cahier des charges d’origine : robustes, audacieuses et prêtes à tout. Les baignades improvisées en bord de mer et les roulades dans le sable se font sans la moindre hésitation, car ces montres-outils mignonnes mais performantes n’ont rien perdu de leur durabilité caractéristique. Leur taille ne dilue ni ne diminue en rien leur ADN ou leur présence ; en fait, leur facilité de port pourrait bien renforcer les deux. La Royal Oak Offshore est peut-être née comme une bête, mais cet été elle a découvert son côté plus doux, et elle pourrait bien gagner quelques nouveaux adeptes avant même l’arrivée de l’automne.