Dévoilée en 2025, Naissance d’une Montre 3 poursuit son développement au rythme de deux garde-temps manufacturés chaque année selon des méthodes de fabrication traditionnelles.
Les premiers exemplaires confirment l’efficacité de l’association entre la transmission fusée-chaîne et le balancier bimétallique, chaque mouvement fait main étant individuellement certifié par le COSC.
Finaliste du Grand Prix d’Horlogerie de Genève 2026 dans la catégorie Exception Mécanique, Naissance d’une Montre 3 s’impose aujourd’hui comme l’une des réalisations les plus ambitieuses et singulières de l’horlogerie contemporaine.
En 2025, à l’occasion du 10ème anniversaire de la Chronométrie Ferdinand Berthoud, la manufacture révélait l’aboutissement du projet Naissance d’une Montre 3 : une série de 11 garde-temps réalisés sans aucune assistance numérique, exclusivement à l’aide de méthodes et d’outils traditionnels, et certifiés « Chronomètre » par un laboratoire indépendant, le COSC.
Après plus de 11'000 heures de travail, le premier exemplaire de ce projet voyait le jour. Animée par un mouvement exclusif associant une fusée-chaîne à un balancier bimétallique, cette pièce unique en acier était adjugée plus d’1,2 million de francs suisses lors d’une vente aux enchères organisée par Phillips à Genève en novembre 2025.
Plus de 80 artisans et spécialistes de la Chronométrie Ferdinand Berthoud et de Chopard ont uni leur savoir-faire pendant cinq années pour donner vie à ce projet unique au monde. Cinq années supplémentaires sont maintenant nécessaires à la réalisation et à la livraison des dix autres garde-temps.
En 2026, les deux premiers exemplaires de cette série ont quitté les ateliers de Fleurier avec des performances chronométriques exceptionnelles. L’association inédite du balancier bimétallique et de la transmission par fusée-chaîne confirme la pertinence de cette approche dans la quête d’une précision accrue. Le bulletin de marche délivré par le COSC pour la pièce unique en acier adjugée aux enchères par Phillips témoigne de ces résultats remarquables.
Ces performances prennent une dimension toute particulière dans le cadre de Naissance d’une Montre 3, dont chaque composant est réalisé à la main selon des méthodes traditionnelles, sans le recours à aucun procédé numérique.
En amont, la fusée-chaîne
Digne héritier de la Montre de poche Astronomique N°3 de Ferdinand Ber thoud, le mouvement de Naissance d’une Montre 3 a été conçu afin d’assurer la chronométrie la plus par faite possible. Il en reprend les codes esthétiques mais sur tout les principes mécaniques fondamentaux : fusée-chaîne, architecture spécifique des ponts, amortisseurs en diamant et organe réglant à balancier bimétallique fendu.
La fusée-chaîne a pour mission de transmettre à l’oscillateur une énergie aussi constante que possible. Pour ce faire, la fusée compense la diminution progressive du couple délivré par le ressort du barillet en augmentant le bras de levier au fur et à mesure que la tension de la chaîne décroît. Lorsque le mouvement est entièrement remonté, la chaîne se trouve totalement enroulée jusqu’au petit diamètre de la fusée et le ressort de barillet délivre sa puissance maximale. À mesure que celui-ci se détend, la chaîne s’enroule progressivement sur le tambour du barillet en passant du petit au grand diamètre de la fusée. La variation du diamètre de la fusée compense alors la diminution du couple au ressort de barillet.
Un dispositif d’arrêtage de type Breguet a été placé au sommet de la fusée afin de n’exploiter que la plage optimale du couple du ressor t de barillet, ni trop élevée, ni trop faible. Finalement, seuls 4 tours du barillet sont exploités, sur un total d'environ 8,5 tours. Cette limitation, associée au principe-même de la fusée-chaîne, permet de fournir à l’échappement une énergie extrêmement régulière et constante.
Par ailleurs, le modèle Naissance d’une Montre 3 dispose d’un ressor t auxiliaire intégré à la fusée, permettant de maintenir la transmission d’énergie jusqu’au balancier-spiral lors du remontage (position 2 de la couronne).
En aval, l’oscillateur et son balancier bimétallique de type « Guillaume »
L’oscillateur constitue le second dispositif à vocation chronométrique de Naissance d’une Montre 3. Il repose sur un balancier bimétallique de type « Guillaume », conçu pour compenser les variations thermiques affectant le spiral en acier.
Constitué de deux demi-serges bimétalliques qui se déforment sous l’effet de la température, ce balancier compense les variations de rigidité du spiral en faisant varier son moment d’inertie. Méticuleusement choisi pour son coefficient de dilatation extrêmement faible, l’Invar, associé au laiton, modifie profondément le comportement thermomécanique du balancier bimétallique afin de compenser l’erreur primaire et de supprimer l’erreur secondaire. (voir en savoir plus)
Avec la mise au point des alliages à élasticité stabilisée utilisés pour la majorité des spiraux modernes, ce type de balancier bimétallique a progressivement cédé la place aux balanciers auto-compensés, entraînant la disparition des savoir-faire associés. Revenir à l’essence même des régulateurs classiques d’il y a cent ans a ainsi nécessité une longue phase de recherche, d’essais et d’apprentissage afin de maîtriser une méthode fabrication traditionnelle fiable et reproductible.
La Chronométrie Ferdinand Berthoud a ainsi littéralement refondé ce savoir-faire perdu, conformément aux objectifs du programme Naissance d’une Montre. Cette démarche s’est toutefois heurtée à d’importantes difficultés techniques, notamment liées à la qualité de la liaison métallurgique le laiton et l’alliage Invar ainsi qu’à des phénomènes de porosité et d’altérations des matériaux.
Une fois cette technique maîtrisée, les équipes ont redécouvert l'importance d'une opération oubliée : le martelage du laiton après la fonte. Cette étape cruciale permet d’augmenter la limite élastique du métal, de garantir la stabilité de ses propriétés thermiques, et de rendre reproductible le comportement du balancier.
Après les défis liés à la fabrication du balancier bimétallique, son réglage constitue une étape tout aussi essentielle de Naissance d’une Montre 3. Contrairement aux organes réglants modernes, dont les caractéristiques thermiques sont prédéterminées au moment de leur fabrication, pour Naissance d’une Montre 3, la responsabilité de régler et d’ajuster le coefficient thermique d’un balancier bimétallique revient à l’horloger lui-même. Obtenu par un subtil équilibre entre la géométrie du balancier, la répar tition de ses masses et les caractéristiques du spiral, ce réglage exige un savoir-faire particulièrement pointu. Des masses mobiles positionnées sur les demi-serges permettent ainsi d’af finer avec précision le coefficient thermique du balancier et de garantir des performances chronométriques optimales dans dif férentes conditions de température.
Afin de valider ses per formances chronométriques, chaque mouvement de Naissance d’une Montre 3 est soumis aux épreuves du Contrôle Of ficiel Suisse des Chronomètres (COSC). Le cer tificat délivré par le COSC au premier exemplaire du projet confirme l’efficacité des deux dispositifs au cœur de la montre : la transmission fusée-chaîne et le balancier bimétallique.
Trois valeurs illustrent par ticulièrement ces per formances :
• La marche journalière moyenne dans les différentes positions est de 0,91 s/j
• La variation de marche par degré Celsius est de 0,01 s/j/°C
• La reprise de marche, c’est-à-dire la capacité de la montre à revenir à son fonctionnement nominal après une per turbation, est de 0,69 s/j
Naissance d’une Montre 3 figure par ailleurs parmi les finalistes du Grand Prix d’Horlogerie de Genève 2026 dans la catégorie Exception Mécanique.
En savoir plus :
La stabilité de la marche en fonction de la température constitue l’un des enjeux fondamentaux de l’horlogerie de précision aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Les horlogers tels que Pierre Le Roy, John Arnold ou encore Ferdinand Berthoud ont travaillé sur des solutions visant à modifier l’inertie du balancier lorsque la température varie afin de maintenir constante la fréquence d’oscillation. C’est dans ce contexte que le balancier bimétallique se développe et s’impose progressivement comme solution de référence. Il permet de corriger ce que l’on désigne aujourd’hui comme l’erreur primaire.
Toutefois, dès 1775, Ferdinand Berthoud constate que cette compensation n’est exacte qu’à deux températures distinctes, choisies lors du réglage, par exemple une température très basse et une température très élevée. Aux températures intermédiaires, la montre tend à avancer, tandis qu’en-deçà de la première température ou au-delà de la seconde, elle retarde. Ce phénomène est aujourd’hui connu sous le nom d’erreur secondaire ou d’anomalie de Dent, étudiée et formalisée au XIXᵉ siècle par l’horloger londonien John Edward Dent.
Il faudra attendre le début du XXe siècle et les travaux de Charles-Édouard Guillaume, natif de Fleurier et lauréat du prix Nobel de physique en 1920, pour qu’une solution soit apportée à ce problème. Il invente et développe le concept de balancier bimétallique dit « intégral » ou « Guillaume », rendu possible par la découver te de nouveaux alliages à très faible dilatation thermique, notamment l’Invar 42. La déformation du balancier en fonction de la température n’est alors plus seulement ajustée pour compenser l’erreur primaire liée au spiral, mais également pour réduire la composante non linéaire responsable de l’erreur secondaire.